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Le boudoir (Suite)

    Ces divergences malmènent cette amitié pensais-je. Réveillé de mon songe, je remarquai que le metteur en scène choisi, a failli à sa tâche. Je le délaissai pour appeler un autre. Ensorcelé charmeusement dans ce boudoir, je  me replongeai dans mon songe et fit appel à un autre. Aucun n’a voulu répondre, par solidarité avec leur collègue. Je dus réengager l’auteur des navets. Bien qu’il soit un concepteur famélique, il me souffla le conte d’une rencontre, drainée par le hasard, dans une bibliothèque municipale.

    Ce jour, je faisais une recherche sur l’œuvre d’un philosophe Grec. En visitant les rayons, bien classés et numérisés, je mis la main sur le livre «Littérature grecque ». Heureux de ma trouvaille, je regagnai la salle de lecture. Scrutant, je vis un fauteuil vide. Je pris place. Excité et curieux, j’entamai la lecture. Je cherchai les œuvres du syrien Lucien. J’eus la chance de trouver «  Le songe et le coq ». Après un dîner chez le riche Eucrate, le savetier Micycle fit un rêve. C’est un rêve d’or : Eucrate est mort en le laissant, son héritier. Arraché à ce beau rêve par son propre coq, qui voulait seulement que son maître se levât tôt pour travailler afin de gagner sa vie. Micycle jure qu’à l’aube il égorgera le réveille-matin. Mais voilà que ce dernier prit la parole, et dans le meilleur style : car il n’est autre que le philosophe Pythagore, que les mystères de la métempsycose ont envoyé dans la basse-cour de Micycle. Outre son éloquence, Pythagore-le-coq a une plume magique, grâce à laquelle il peut entrer sans être vu. Il démontra sans peine à son maître que le savetier Micycle est le plus heureux des hommes. Mais prends garde de n'être riche qu'en songe et d'avoir faim à ton réveil, lui dit-il

     Dans une lecture de texte à l’école primaire, tout petit, mon imagination puérile, fut charmée par l’histoire du cordonnier, voisin d’un riche boutiquier. Ce dernier jalousait le savetier. Il martelait l’enclume en chantant des airs en bonne humeur. Il l’enviait pour son bonheur. Le riche ne pouvait fermer l’œil de la nuit par crainte d’être volé. Il vint chez lui. Il lui remit une bourse de louis d’or et lui demanda de veiller sur son dépôt, moyennant une récompense. Depuis ce jour le pauvre savetier, ne rencontra plus le sommeil. Il blanchissait ses nuits. Le jour il martelait sans chansonnette. Une semaine passée, il revint chez son riche voisin. Il lui remit sa bourse, lui disant voici ton dépôt et rends moi mon bonheur ! 

    De temps à autres, je relevais la tête  pour répéter à moi-même, ma lecture à voix basse en mimant les lèvres. Je ne fus point seul à le faire. Devant moi en face dans l’autre coté de la grande table de lecture, je vis une fille, belle brune charmante. Un astre du jour. La nuit sans doute une lune rayonnante. Bien qu’elle mette un bandeau sur sa tête pour tenir sa belle chevelure, elle laissa pendre sur son petit front, une mèche de cheveu. Un zeste d’espoir. Elle a des formes épanouies et généreuses. Elle me glissa un regard et me lança un sourire. Des dents soignées éclatantes de blancheur. Je le cultivai, et je me devais de répondre par le même sourire en l’affichant serein et doux  avec un léger mouvement des lèvres. Rubiconde de timidité, la cramoisie teint ses joues sans fards. Elle me lança un baiser sur les bouts des doigts. Je lui retournai un semblable sur les deux mains. Je ne la singeai guère, mais je l’imitai par réciprocité. Durant un moment, je senti qu’elle polarisa mon attention.

    Son charme m‘attira et j’obéissais à mon instinct. Je suis poli et honnête, il me fut impossible  de la charmer dans ce salon. J’eus une idée. Pourquoi ne pas lui écrire un mot sur un papillon. Comme chateaubriand le faisait. Il utilisait la plume d’oie pour écrire aux proches. Pour les lointains, il usait de la plume de corbeau. J’avais un Parker à plume et un stylo à bille. Délaissant ma recherche, je pris mon Parker et je scribouillai à la va vite :

      « Le bonjour te va ma demoiselle. Dans le monde, il existe des centaines de langues, mais le sourire les connaît toutes. Je ne puis continuer ma lecture. Vos sourires m’inondent.

     Je terminai mon mot, que je le lui remis discrètement, sans attirer l’attention. Elle le prit, en affichant un beau sourire. Moi, en attendant sa réaction, je me mis à bras ouverts dans la lecture. Mais en silence j’évoquai le ciel pour qu’elle répondît. De temps à autre je lui jetai un coup d’œil furtif. Elle tira un calepin, arracha un feuillet et écrivit. Elle déchira la page détachée, prit une autre et se mit à réécrire. Je poussai un soupir. C’est gagné me dis-je, l’air fanfaron. Et j’attendis presque cinq longues minutes. Elle déchira deux pages pour réécrire sa réponse. Le temps languit. L’haleine et les baisers du zéphyr me parvinrent. Elle termina son écrit, et glissa vers moi son papillon. Mon cœur qui jadis fut en courte pause, Commença de nouveau à battre si fort, que je craignais que les présents n’entendissent l’onomatopée  boum ! Boum ! 

   Délicatement, je lus sa réponse. Une jolie écriture. Une écriture élégante et appliquée :

  « Merci cher monsieur. J’ai remarqué que vous portez une alliance. Je ne veux point avoir une aventure amoureuse avec un homme déjà en couple. J’évite l’homme lié et déjà pris. Je ne veux pas être complice d’une infidélité. Merci de votre attention. Bon courage. ! Bonne chance ! »

   En terminant la lecture de son billet, je lui adressais un sourire serein en hochant la tête positivement.

   J’ai encore échoué dans cette romance. Maugréant le metteur en scène, je me réveillais délivré d’être le jouet du songe. Je délaissai ma folle et fertile imagination que je suivais. Je ne savais « Qui est  le plus fou des deux ? Le fou, ou le fou qui le suit. G. Lucas »

 

 

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