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  • Et compagnie (15 ème Episode)

        Mais avant de préparer les papiers comme l’exhortai Rahima, je suis passé voir un de mes amis les plus proches. Je le mis au courant de mon projet de mariage. De prime abord, me conseilla-t-il « Le mariage est un sac où l'on trouve quatre-vingt-dix-neuf serpents et une aiguille. Qui osera y mettre la main ? ». Penses-y avant de t’embourber, ajouta-t-il. Je te conseille de voir Naima, Une voyante acceptée par le « tout-Rabat ». Elle n’examine ni tarots ni les lignes de la main pour dire l’avenir. Elle dit vrai, crois moi Abdou. Sache aussi que si tu vas en guerre, prie une fois ; si tu vas en mer, prie deux fois ; si tu vas en mariage, prie trois fois dit un adage polonais. Il me souffla le numéro de son cellulaire et son adresse. Le quittant, je le remerciai pour ses conseils. Toute la nuit, je pensai aux recommandations de mon fidèle ami. Je fus dans le désarroi des croyances. La susceptibilité m’avait conquis. 

        L’après-midi, je passai la voir après avoir pris un rendez vous pour une consultation. J’entrai dans son cabinet, après m’avoir annoncé, j’entrais dans un salon. Elle se tenait assise à son bureau en acajou. Une lumière tamisée, laissait paraître à peine sa fine silhouette. Elle répondit à mon salut et me priait de m’asseoir devant sur un fauteuil crapaud. Sur le bureau il y avait un calendrier perpétuel en bois, un porte plume stylo, un globe, un porte carte visite et un sous mains en cuir où une omoplate ovine était placée. Elle me remit l’os en me priant de poser sur coté cœur en disant : Ha qalbi, ha takhmami ( Voilà mon cœur, voilà mes pensées) .  

       J’exécutai sa demande en lui remettant son outil de travail, hormis que je fus tourmenté par un flot de doute de ce qu’elle allait me dire. Mon esprit espiègle tenta de prendre la tangente. Je savais que cette science appelée omoplastoscopie, une technique divinatoire native en Chine pour prédire l’avenir. Les chamans observaient, dans les restes calcinés des sacrifices, les éclats des os, en particulier ceux des omoplates. Ainsi la divination permettait de deviner l’avenir en partant des lignes et des dessins qu’on croit percevoir sur les omoplates des chèvres, des moutons, ou des porcs. En Europe du Moyen-âge, pour pratiquer l’omoplastoscopie, il semble que l'idéal fut d'utiliser l'omoplate droite d'un cochon noir ou d'un mouton noir. Par contre au Moyen-Orient, on dit qu'il faut prendre un mouton ou une chèvre et formuler dans sa tête la question à laquelle on veut obtenir une réponse, avant sa mise à mort. Puis on en fait griller les omoplates, bien que l'on puisse aussi tirer des présages sur l’omoplate avant la cuisson. On examine avec attention les dessins tracés sur l’os car ce sont eux qui annoncent les événements. On utilise cette pratique divinatoire pour faire des pronostics sur des événements généraux tels la sécheresse, la fertilité des moissons, la paix ou la guerre. 

        La diseuse, à titre liminaire m’évoqua, grosso-modo, mon passé et mon présent. Elle relata quelques séquences tirées du vrai.  

    - Mon homme, me dit-elle, la femme que tu aimes est une charmante femme. Elle est maintenant seule et anxieuse . 

       Je l’écoutai perplexe. En effet elle est seule, elle vient de divorcer d’avec feu son mari, pensai-je. Je me demandais comment peut-elle perdre le moral, alors qu’elle est démariée et contente de la désunion.