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  • Et compagnie (Épilogue)

          

       Est-ce la vraie désirée ? Que sais-je ! Nous terminâmes les gourmandises en parlant des modalités. Les propositions de Salima, de jalil et des miennes abondèrent dans le même sens. Il sera mon émissaire auprès de ses parents. Il me tiendra au courant de leurs avis. Salima de son coté, dira son avis favorable et y consent pour un mariage coutumier. Ses parents ne peuvent la contredire, dit-elle confuse de rougeur. Elle est adulte et consciente. Cette rencontre inopinée et ce projet de mariage l’émurent.

    -  Abdou, avec l’autorisation de mon frère, peux-je te dire une réflexion ? 

    -   Oui, dis-je le sens perturbé.

    - Hier nuit, j’ai rêvé que j’enfilai une aiguille et voilà que je rencontre mon homme.

    -  Un rêve véridique (rahmani) qui devient réalité, dis-je avec un sourire d’aise. Dire que moi aussi, j’ai rêvé que je sortais de chez moi, en chemise de nuit. Enfiler une aiguille et porter une chemise de nuit, sont l’annonce d’un mariage précipité.

        Jalil lui tapota l’épaule, en signe d’assentiment lui disant.

    -  Ne mettons pas la charrue devant les bœufs. Rêve ou songe  on le verra bientôt.

        Nous terminâmes de manger. J’appelai le serveur pour payer la note et quittâmes euphoriques le salon. Nous trainâmes un moment dans les ruelles, je laissai mon esprit flâner en rêvant une vie meilleure avec  Salima. Nous errâmes un moment, et décidâmes de nous dire au revoir  avec la promesse de me rendre compte ce soir ou demain.

     

                          Épilogue :

     

         Le lendemain Jalil me contacta, me précisant que mon vœu était positif et que ses parents ne voyaient aucun inconvénient. Les fiançailles eurent lieu deux mois juste après le choix et l’achat des alliances. L’acte de mariage établi le même jour. Salima, dans le cadre du mouvement des enseignants le joignit à sa demande de rapprochement de conjoint. Elle fut mutée à un collège à Salé.

          Nous célébrâmes le mariage en grande pompe le mois d’août. Après trois ans, nous eûmes deux enfants, une fille et garçon. Je n’eus nullement besoin de professeurs pour des heures supplémentaires à nos chéris. L’omnisciente était à la hauteur.  Ainsi, Oum Islam et Abou Abderrahmane vécurent heureux et dans l’allégresse.        

     

         N.B : Toute ressemblance avec des faits et personnages réels est purement fortuite.

     

     

  • Et compagnie (20 ème Episode)

     

       Le chant terminé, le serveur nous amena la commande. Elle opta pour un thé sans sucre, bien qu’elle ait l’air sucré et moi une tasse de café serré, bien que mon cœur fût serré.

    - Tu rossignoles merveilleusement cette chanson, dis-je pour la complimenter. Je note que tu as embellie maintenant. Tu soignes ta ligne.

    -  Merci. Tu me flattes, dit-elle le nez outrecuidant?

       En mon for intérieur, je me disais, la femme qui se voit gazelle, trouve forcement en face d'elle l'homme lion. 

    - Du tout Nejma! Je ne te chante pas la romance pour te plaire, ni pour te raccrocher. Sache que feu mon père et feue ma mère ont peiné pour moi. Ils ont veillé à mon éducation. J’ai grandi dans la droiture. Je ne vais pas me jeter dans les bras de la première gourde venue. 

    - Oui, mais je pense que par ce compliment, tu veux me séduire comme tu le fais avec les autres femmes.

    - Non et non ! Dis-je l’air agacé. Tu es seulement une amie que je respecte. Je suis honoré que tu me considères comme « un homme alpha ».

    - Homme alpha ou mâle alpha, ou homme shampoing ! tes approches sont les mêmes.

    -  Nejma, je t’ai appelé pour nous réconcilier. Je vois que tu places  la barre trop haut. Saches que je n’ai point l’intention de te séduire. Tu es plus jeune que moi. Te rappelles-tu lors de notre weekend à Marrakech, quand je t’ai dit, je serai fidèle à tes cotés jusqu'à ton mariage et qu’à ces paroles tes yeux se mouillèrent? Te rappelles-tu quand je t’ai dit que l’écart d’âge entre nous deux est un handicap et que je te conseille une union avec un gars de ton âge ? Tu me répondis « l’amour n’a pas d’âge».

    -  Oui, mais ta façon de me redire mes propos instillent le doute dans mon esprit.  Je tenais beaucoup à notre amitié puisque pour un certain temps tu fus mon unique confident. Mais depuis lors, j’ai changé mes priorités. Je suis immunisée maintenant.

    - Immunisée ou vaccinée c’est ton droit, objectai-je, enflant la voix. Etre ton confident ou un personnage secondaire ne me dit rien et je n’aspire à rien avec toi. Tu me rabroues là.

    - Arrêtons-nous là s’il te plait Abdou, dit-elle rubiconde, terminons cet entretien. Il est temps que je regagne chez moi. Merci pour le thé.

    - De rien, répondis-je d’un ton sec. D’ailleurs moi aussi, j’ai des affaires à régler.

       Je l’accompagnai au quai de la gare. Sans attendre l’arrivée du train, je la saluai froidement et je quittai la place en lui disant à un de ces jours, lui souhaitant bonne chance. Et de deux, pensai-je. Je rejoignis ma voiture et prit la direction de mon domicile.

       La nuit, je dressai la situation de la journée. Rahima cherche un homme lige et Nejma l’immunisée cherche un confident. Pour chasser ces mauvaises pensées, je me repliai sur ma bibliothèque, pour choisir une œuvre à lire. Je me régalai en lisant le roman « Les carnets secrets d’une insoumise de George Sand». 

        Les jours suivants, apaisé, je ne pensai à aucune fille. Un après-midi, quittant le bureau, vadrouillard, je marchai au gré du hasard dans le quartier Qamra non loin de la gare routière. Je cherchai chez un tapissier deux fauteuils « bergère à oreilles » pour mon salon.  Une rencontre fortuite me croisa avec mon ami, celui qui me conseilla de voir Naima la voyante. Il était accompagné d’une fille.

    - Bonjour Abdou, me lança-t-il. Comment vas-tu depuis notre dernière entrevue ?

    - Bonjour Jalil, bonjour madame, dis-je les saluant, évitant de répondre à sa question.

    - Elle est demoiselle, dit-il avec un sourire. Je te présente ma sœur Salima.

    - Enchanté ! Répliquai-je l’air gêné. J’ignorai que tu eusses une sœur.

    - Salima est ma cadette, dit-il. Elle enseigne le français dans un collège à Bouiblane. Elle vient juste d’arriver, le car a prit du retard.

    - Honoré de faire la connaissance de la vigile de la culture.

       Je cultivai le beau et serein sourire du professeur. Pour ne pas les déranger, je demandais la permission de disposer.

    - Abdou, Salima est fatiguée à cause du long trajet. Elle et moi allons prendre un rafraîchissement. Veux-tu te joindre à nous ?

    - Avec plaisir, dis-je confiant. A condition que ce soit moi, qui règle la note.

       Cette proposition agréa Jalal et sa sœur. Pourquoi pas, dis-je au fond de moi-même. Mon ami Jalil est au courant de mes tribulations. Dans ses regards, je devinais l’invitation au mariage. On ne sait jamais qui on épouse ; le mariage nous l'apprendra, disait Jacques Chardonne. Nous nous dirigeâmes vers un salon de thé et nous attablâmes dans un décor joyeux, raffiné et convivial. Salima prit place la première. Sa manière assise dénote son élégance et son charisme. Jalil et moi priment la nôtre. Le serveur tarda à venir et je pris la décision d’aller le prier de se presser pour prendre notre commande. Je devinai que Jalal allait aborder ma situation sociale avec sa sœur. Je feignis, en temporisant l’appel du serveur occupé auprès d’autres clients, afin de laisser libre latitude à mon ami pour me présenter.

       Je revins à la table et repris place. Jalal s’interrompit. Je remarquai  une propreté rougeaude sur le visage de Salima. Le serveur nous remit une carte-menu engravée. Salima opta pour une bille de kumquat à la pistache, Jalil pour un pudding chômeur et moi pour un délire de chabichou. Pour accompagner ces délices, nous demandâmes trois tasses de café crème tiré. 

       Le temps d’être servi dura un moment. Je glissai vers la sœur des coups d’œil furtifs, mais dès qu’elle s’en apercevait, je détournai le regard. Il suffisait de la voir pour l’estimer. Ce fut l’occasion d’entretenir une discussion. J’hésitai à aborder un sujet, par crainte de tourner à la dérision devant Salima. Ce n’est point que je ne fus sûr de moi, mais je suis un cheval timide comme l’eut dit la voyante.

    -  Abdou, comment vas-tu avec ton projet, me lança Jalil?

    -  Lequel ? Dis-je avec appréhension. Est-ce celui dont je t’ai parlé la dernière fois? J’ai renoncé à cette affaire. Mon surmoi le préconise.

    - Content, je suis vraiment heureux pour toi.

       Je cherchai à insinuer à mon ami, que j’ai suivi son conseil. Salima suivait avec attention la discussion. Elle n’a dit mot depuis notre rencontre. Elle garda le silence un long moment avant de parler enfin. 

    - Jalil m’a laissé entendre que tu es un de ses grands et fidèles amis. Je suis heureuse de faire ta connaissance.

       Ces mots me rassurèrent peu ou prou. J’en fus ému. Je devais répondre avec sincérité. Son tutoiement me sécurisa. 

    - Salima, sans tarabiscoter, je suis honoré. Je nageai dans un bonheur plat, je ne sais ce que le destin me réserve. Mais cette rencontre semblait de bon augure.

    Et m’adressant à Jalal, je dis :

    -   Mon ami, tu es un cachottier. Tu fus un faux-frère, je veux que tu sois mon beau-frère, si Salima y consent.

         Elle devint toute cramoisie dans son sourire lumineux.

    -  Je ne vois aucune objection, me dit-il. C’est elle qui doit accepter ou non. Mais avant tout, vous devez vous connaitre à fond pour l’union sacrée. Je serais ton défenseur auprès de mes parents, car nous nous connaissons depuis longtemps et je n’ai jamais ouï de mal à ton sujet.

    - Merci Jalil, le talent appelle le talent. J’aurai l’honneur d’être gendre de ton honorable famille. Qu’en dis-tu Salima ? Je voudrai t’offrir mon nom.

        Elle se tut, mais afficha un large sourire. Elle était sans doute gênée par la subite rencontre et la soudaineté de ma proposition de mariage.

    - Je suis émue, dit-elle. Beaucoup de prétendants se sont présentés, mais je n’en ai trouvé aucun à mon goût. Il y a un moment mon frère m’a parlé de toi et généralement je suis ses conseils.

        Le serveur nous servit la commande, et je patientai pour que mes commensaux entament les sucreries. Je scrutai Salima à table. Elle mâcha la bouche presque fermée et évita que la cuillerée ne pénètre entièrement dans sa fine bouche. Elle se tenait droite et ne se tortillait guère sur sa chaise.

     

     

     

  • Et compagnie (19 ème Episode)

     

    - Ah, quel hasard et quel bonheur de te retrouver, dis-je sans voix. Qui s’assemble se ressemble, étoile filante !

    - Dans le Coran, répliqua-t-elle,  Dieu a dit «Nous avons effectivement embelli le ciel le plus proche avec des lampes (des étoiles) dont Nous avons fait des projectiles pour lapider des diables et Nous leur avons préparé le châtiment de la Fournaise » (Sourate Al-Mulk).

        Cette réplique du Coran me mit la puce à l’oreille. Elle n’a jamais cité la parole de Dieu pour la rétorque. J'aime le psalmodier. Ma réflexion fut sans arrière pensée derrière la tête pour cette inamicale remontrance. 

    - Cela fait des mois que je ne t’ai pas vu, dit-elle me voyant l’air irascible. Maintes fois, j’eus une pensée pour toi. La dernière fois, j’étais en mission dans ta ville d’origine. Une nouvelle belle ville ! Je voulais te parler pour te le dire, mais je n’avais plus tes cordonnées. Dans une fâcheuse dispute avec ma sœur, j’ai abîmé la puce, mais j’ai récupéré mon ancien numéro.

    - Toujours la même, il faut que tu insinuasses que je devais t’appeler, dis-je avec sourire narquois. Et si on continuait notre discussion devant une boisson si tu ne vois aucun inconvénient?

     - Avec grand plaisir. Je suis libre pour une heure, j’ai une séance de natation juste après.

         Nejma est plus jeune que moi. Mais je sais, qu’elle me voue un grand respect. Et moi de même. Elle a grandie. Elle est devenue belle et charmante. Je l’admirai et l’adorer et j’avais à l’esprit une citation d’un écrivain  « je vis une jeune tige de palmier et en le voyant, je restais saisi d’admiration, car jamais un si bel arbre n’était sorti de la terre, ainsi, femme, je t’admire et suis émerveillé». Mais les conseils de la voyante m’accablèrent. Je fis mine de rien. Est-elle la vraie désirée ? Est-elle la promise ? J’en doute.

        Nous nous décidâmes de choisir, le café le plus près. Nous nous mîmes d’accord pour aller au café de la gare Rabat-ville. Nous longeâmes l’avenue Mohamed V, chemin faisant, nous nous informâmes l’un et l’autre des péripéties des mois passés durant la déchirure. Arrivés à la place Alaouite, nous entrâmes dans la gare. Nous prîmes place dans un coin discret. Avant de prendre place, elle voulut retirer le veston qu’elle portait. Je l’aidai à ôter la veste en velours nicky. J’humai le beau parfum, qui l’embaumait et je découvris qu’elle portait un t-shirt en jersey.

     - Merci, me dit-elle. Toujours galant.

    - Un devoir, répondis-je. Cela fait partie de l’étiquette mondaine.

       Nous nous assîmes et nous abordâmes une conversation sur cette retrouvaille.

    - Quoi de nouveau, Abdou ? M’apostropha-t-elle.

    - Rien de nouveau, dis-je. Le moral est au beau fixe. Je ne me pleins point. Je travaille. Je passe mes weekends merveilleusement. Je lis. J’ai des amis sereins qui me respectent. Là où je vais-je suis le bien reçu.

    - C’est bon, tu m’as toujours fascinée avec ton caractère. Tu brouillonnes encore ? J’ai toujours aimé tes historiettes.

     - Oui, Malgré le travail, je suis encore fidèle à la plume, mais ces derniers jours je paresse.

     - Donc tu n’es ni remué, ni amoureux. Car je sais que si tu cesses d’écrire, c’est que si tu n’es guère sous le joug de l’amour. Ta muse te délaisse.

     Cette remarque choqua ma modestie. Je fis semblant de ne pas entendre cette réflexion critique. C’est moi qui l’ai invitée et je dois la supporter.  

    - Nejma, dis-je, la muse ne m’a jamais délaissé et je ne l’ai jamais congédiée.  Amine Maalouf l’a bien précisé : Peut-être l’écriture n’éveille-t-elle les passions que pour mieux les éteindre, comme à la chasse ces rabatteurs qui débusquent le gibier pour l’exposer aux flèches. Aussi des fois, il m’arrive de traîner et de fuir momentanément l’écriture, je fais des efforts pour courtiser ma muse.

    - Je serais malheureuse de savoir que tes doigts, qui nous font rêver par leur prouesse en écriture s’arrêtent subitement de nous épater. Prends soins de ce lien qui nous lie et ne cesse pas de nous faire rêver.

        Malgré le brouhaha dans le café, ces paroles flatteuses d’une voix de sirène me parvinrent si douces. Je regardai avec admiration le mouvement de ses lèvres légèrement maquillées en rose. Je contemplai cette langue sertie de rubis. Je me dis, elle est charmante. Je demeurai perplexe. J’hésitais. Il en est des comparaisons et des ressemblances comme des pièces d'or; dont Rousseau a dit, que la première était plus difficile à gagner que les mille qui suivent. Mais où est la première ?

     - Silence radio, Abdou ? me lança-t-elle. A quoi penses-tu ?

     

        Au même moment une chaîne arabe diffusa une chanson de Rabeh Driassa « Nejma qotbiya » (étoile polaire). Je savais qu’elle aime les chansons de Rabeh. Elle se tut, pour la chantonner. J’aimais cette chanson, mais pour marquer ma désapprobation, j’écoutai ses murmures. Elle fredonnait sans chanter. 

  • Et compagnie (18 ème Episode)

     

        En descendant les escaliers, j’avais un esprit de l’escalier. Je me demandai où me mènera cette allégorie de la conquête amoureuse. En sortant de l’immeuble, par crainte que l'on m'aperçoive dans le coin, je cachai mon visage avec le quotidien que j’avais acheté du kiosque. J’appréhendai qu’il fût beaucoup de monde dans la salle d’attente. Je ne pouvais rester assis sans lire. Si je n’ai une lecture sous les yeux, je me fâchai pour passer le temps. Je me dirigeai vers ma voiture laissée au loin pour brouiller la piste. En ouvrant la portière de ma voiture, mon portable mis dans le profil sons discret, quand je consultai la voyante, vibra. C’était Rahima.

    -  Bonjour Abdou, où es-tu ?

    - Je suis dans le quartier Mellah à la recherche d’un poste radio  chez un brocanteur, dis-je. (Rahima sait que je suis un radiophile et que j’aie une collection d’une quarantaine de postes de collection, ma façade mensongère est légale).

    -  Ah toujours à la brocante et épris des anciens postes TSF. Je serais heureuse d’épouser un Abdou antiquaire.

    - Ah bon et pourquoi ? Dis-je.

    - Bonne question. Quand la femme de l’antiquaire vieillit, Elle est revalorisée par son mari.

    - Je ne te le fais pas dire.

    - Passons au sérieux Abdou, je suis dans l’embarras. La mort subite de Mimoune m’ébranle. Tu sais que je suis encore dans la période de viduité et ce délai ne se termine que dans  vingt neuf jours. De son vivant, je pouvais te rencontrer. Mais par respect à sa mémoire, je ne dois sortir de la maison durant cette période.

    - Oui La providence te poursuit. Moi aussi, je dois patienter jusqu'à ce que cette période  Idda termine, répondis-je l’air grave.

    - Voilà! Il est strictement interdit de demander la main d’une femme durant sa période de viduité.

    - Soit! Rétorquais-je. C’est raisonnable et c’est prescrit par la jurisprudence islamique. Restons en contact via le téléphone.

    - Je te remercie pour ta compréhension Abdou. Tu me manqueras c’est sur. Prends ton temps pour faire les papiers, nous avons le temps. Je ne veux pas que tu me vois habillée en blanc. Le port du deuil m’handicape.

    - Toi aussi, tu me manqueras. Moi aussi, je suis condamné à une éphémère viduité.

    - A plus Abdou et prends soins de toi.

    - Merci, Toi aussi Rahima, bon courage !

      Nous coupâmes la discussion. Tu ne vieilliras point avec moi,pensais-je. Mon esprit rebelle  tendit de facto vers l’autre, que la voyante me conseilla. Influencé, je composai sur le clavier du portable, le numéro de la vraie désirée. Je la priée de me rejoindre si elle était libre. Elle acquiesça ma proposition. Elle venait juste de sortir de son bureau.

      En l’attendant, je marchai. Je me sentis libre de cheminer. Je déambulai devant les magasins en faisant le lèche-vitrine. Vingt minutes passées, elle me rejoignit devant la grande poste.

    - Ah te voilà, mon cher ami, me dit-elle de vive voix.  

     De nouveau je me trouvai en face de Nejma (étoile). Une implacable nostalgie agissante me consumait. Une délicieuse figure virginale. Une fille d’une fraîcheur d’âme. Elle m’afficha un large et serein sourire en ouvrant ses bras. Je fis de même. Et nous nous embrassâmes à tour de bras et nous nous étreignîmes avec toutes les démonstrations de vive amitié. 

    A suivre../...

  • Et compagnie (17 ème Episode)

     

    - Oui, dis-je d’un air ouvert et souriant. Elle est cultivée et intelligente, mais cette fille est déjà liée, pensai-je. 

    -  Pourquoi cette humeur bougonne ? me dit-elle.

    - Madame, dis-je l’air rébarbatif, j’ignore de quelle femme vous parlez ? Excusez moi pour le dire, je suis venu pour avoir les intentions d’une autre femme et non pour celle de l’officine.

    - Ah ! dit-elle souriante. Je sais que ton violon d’Ingres, c’est de courir plusieurs lièvres à la fois. Tu as noué une récente liaison avec une autre femme. Cette dernière est maligne. D’un mariage blanc, elle tend à un mariage d’intérêts.

    -  Comment cela madame ? Dis-je, l’humeur soucieuse.

    - Mon homme, Tu es sortable, mais tu ne veux guère une union sortable. Tu es correct et honnête. Tu es convenable, seyant, bien né et timide comme un cheval. Retourne à ta vraie désirée. Parfois des grappes de colère lui pondent au bec. Elle a rompu momentanément, une relation d’amitié douloureuse. Sache que dans la plupart des cas, lorsque c’est la femme qui veut rompre, elle agit avec beaucoup de tact, car dans la majorité des évidences, elle sait qu’une rupture amoureuse brutale peut être source de beaucoup d’ennuis. Pour passer à l’action, elle s’y prend lentement. Elle prépare tout d’abord le terrain en douceur en donnant quelques vagues indications. Elle ne se lance que lorsqu'elle sent que vous avez compris ses messages codés. Si tu remarques qu’elle a des réactions inhabituelles, cela devrait faire tilt dans ta tête. C’est probablement le signe classique le plus subtil : sa vie devient trop intense ; elle n’a pas le temps de répondre au téléphone et même lorsqu'elle le fait c’est pour te dire qu’elle est trop débordée pour pouvoir te parler ou te voir. Certes, cela ne veut pas forcément dire que c’est fini entre vous, mais lorsqu'elle est de moins en moins disponible, c’est qu’il y a anguille sous roche. Elle commence à te faire des cachotteries. Pour un oui ou pour un non elle s’énerve et la discussion vire aux grandes disputes sans une raison véritable, sachant qu’elle mettra tout sur ton dos. Et ce n’est guère le cas de ta vraie désirée.

        Je souris oyant ces mots. Elle dit la vérité. On tombe du coté où l’on penche.

    - Mon homme, dit-elle, le sourire embarrassé. Fuis celle que tu as connue récemment. C’est une fille chipie. Elle ne mérite pas tes sentiments honorables et sincères. Tu as donné une grande importance à une femme déméritant. Sache que tu as laissé en son âme une empreinte indélébile durant ces quelques jours après la fortuite rencontre. Tu as marqué ton passage. Un beau passage de fraternité, d’amour, de joie, de gaieté. Par certain moment, elle fut ta muse. Tu as rimé en son honneur plusieurs poèmes et de nombreux écrits et idées innées qui ne seront guère dans l'oubliance. Oublie-la et évite la compliquée.

       Ce dit ne me plaisait pas en mon âme et conscience. Je suis dans l’embarras du choix. Mais je ne suis actuellement, que dans un passage de manque d’affection. Je ne vais pas payer les violons pour ce passage émotionnel.       

        La diseuse d’aventure parlait, je ne l’écoutai point. Elle s’arrêta un moment pour reprendre la parole. Elle remarqua mon absence momentanée d’esprit et changeât de ton et de sujet.

    - Mon homme, Tu dois aimer une seule et désaimer l’autre. Selon Stendhal, Il y a quatre amours différents: l'amour-passion, celui de la religieuse portugaise Mariana qui de son couvent attend son amant, celui d'Héloïse pour Abélard, celui du capitaine de Vésel, du gendarme de Cento. L'amour-goût, celui qui régnait à Paris vers 1760, et que l'on trouve dans les mémoires et romans de cette époque, dans Crébillon, Lauzun, Duclos, Marmontel, Chamfort, Mme d'Épinay. L'amour-physique, à la chasse, trouver une belle et fraîche paysanne qui fuit dans le bois. Et enfin l'amour de vanité, l'immense majorité des hommes, désire  une femme à la mode, comme on a un joli cheval, comme chose nécessaire au luxe d'un jeune homme. Penses-y et revient me voir. 

    - Promis, rétorquais-je. 

       Après avoir payé ses honoraires, je quittai Naima. 

     

     

     

  • Et compagnie (16 ème Episode)

     

           De qui parle-t-elle de Rahima ou d’une autre femme. J’hésitai à surmonter ce dualisme. De temps à autre la diseuse de la bonne aventure, s’arrêtait un laps de temps pour reprendre sa narration. Je voulais dire à la prédicatrice que tous ce qu’elle disait, fut vague pour moi.

    - Mon homme, cette femme d’office est généreuse, continua-t-elle en poussant un soupir. Proprette et  gentille, elle est belle et son cœur est vide d’embrouillaminis. Bien que des fois elle commence sérieusement à avoir le ras-le-bol de sa situation. Celle-ci l’arrange plus ou moins. Ton arrivée sur son chemin lui a donné l’espoir de survie.      

        En entendant le mot office, je devinai de quelle femme elle parlait. Il s’agissait de  la princesse, dont les initiales de son nom est H.J, et que pour la taquiner  je l’appelai Hygie, l’une des deux filles attribuées à Esculape, dieu de la médecine. Penacée désigne tous les médicaments pour les maladies et Hygie est l’ancêtre de l’hygiène mais aussi protectrice des pharmaciens. Pour l’aguicher je traduisais en arabe sa fonction « protège pharmacien», ‘‘hamiat saidaly’’   en hamiat saida, liya (protectrice de la dame qui me revient). Une fille que j’aie connue il y a presque deux ans et que suite à un futile malentendu, nous nous séparâmes. Elle a une petite fossette au milieu du menton et un grain de beauté sur la lèvre supérieure.

       Généralement la position du grain de beauté donne un aperçu sur la personnalité et un attrait qui confère le charme et la séduction. Celui au coin du cil, est une femme majestueuse. Le mitoyen des paupières est une passionnée. Sur la joue elle est galante, mais d'un caractère superficiel et vaniteux. Sur le nez, c’est une effrontée. Au coin de la bouche, coquette avec l’attire baiser. Sur la basse mâchoire, elle est sensuelle et croquante. En bas des lèvres elle est volage et sur le montent elle est discrète. 

      Les femmes dont la nature ne les a pas gratifiées de grain de beauté  recourent à la mouche, un faux grain de beauté fait de mousseline noire et collé sur le visage. Les mouches sont utilisées pour faire ressortir la blancheur du teint. L'usage des mouches était déjà connu au XVIIème siècle. C'est au XVIIIème siècle qu'elles vont devenir les symboles de la parure. La localisation de la mouche sur le visage possédait une symbolique particulière qui donnait des précisions sur le tempérament et la personnalité de l'utilisatrice à un moment donné. La discrète ou la friponne colle la mouche sous la lèvre. L'assassine ou la passionnée la colle près de l'œil. La galante sur la joue. L'enjouée dans le creux du sourire et la passionnée, sur le haut de l'œil.  

      La pharmacienne, a un « névus » réel sur la lèvre supérieure qui attire constamment mon regard. Je me demandais souvent si elle était gourmande et libertine. Mais je savais qu’elle avait un caractère d’une grande douceur. Elle soignait sa fine ligne. Elle est toujours coquette et s’habille à l’étiquètte moderne. Ce que j’admirais en elle, c’est son attachement à la lecture de Machiavel. Elle me justifiait son engouement en me disant que Nicolas Machiavelli entra de plain-pied dans les grandes compositions littéraires et prit pour ainsi dire possession de son génie. Le Traité du prince, les Discours sur Tite-Live, les Comédies, les Sept livres sur l’art de la guerre, la Vie de Castruccio l’occupèrent en même temps que des œuvres plus légères qui devaient assurer sa renommée dans tous les genres. les œuvres de Platon, Parménide d'Élée, Socrate et Thalès sont ses livres de chevet.

      Errant d’esprit, je faisais semblant d’écouter et pour donner raison à la dame, je hochais la tête en signe d’approbation.