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OLFACTION !

     Dimanche dernier après avoir terminé mes travaux, j’arrivai tôt à la gare de Bengrir. Le préposé au guichet, m’informa que les places de première classe n’étaient guère disponible et m’offrit une place en seconde classe, cependant, Il me proposa aimablement d’intercéder en ma faveur auprès du contrôleur du train pour une place en première classe. Le remerciant pour son aimable geste, je me dirigeai à la salle d’attente, où je pris place à l’extrémité de l’un des cinq bancs situés au dernier rang.

     Le train tardait à venir. Une attente ennuyeuse me consuma et je tuai l’âne à coups de figues. J’ouvris mon cartable pour mettre la main sur le livre «Littérature sous Louis XV » d’André Lebois. Drôle d’aventure que celle de l’âne de Féron !

« Jacques Féron était obligé d’avoir une bête de somme pour porter le linge de ceux qu’il blanchissait. La femme Féron vint à Paris montée sur cet âne et descendit chez le sieur Nepveux, marchand épicier. Elle lia le baudet par son licou aux barreaux de la boutique et fit emplette de savon et de soude : elle se souvint qu’elle avait besoin de sel. Voulant en acheter, elle pria le sieur Nepveux d’avoir l’œil sur son âne.


     A peine la femme Féron était-elle partie que la femme Leclerc passa, montée sur une ânesse en chaleur. L’attitude de l’âne, attaché après les barreaux de la boutique du sieur Nepveux, fixa l’attention de la bourrique. Un mouvement naturel la fit arrêter. Allongeant les oreilles et ronflant des narines, elle se prit à braire. L’âne, ne voulant pas rester en reste de politesse avec la bourrique, lui répondit sur le même ton et la solution de la conversation asine, fut que l’âne de Féron, à la faveur de cinq ou six coups de tête, parvint à rompre son licou et suivit la femme Leclerc et son ânesse. Au lieu de demander l’aide pour saisir le baudet
elle fut charmée de s’approprier un âne qu’elle trouvait à sa convenance, elle ne s’opposa point à sa poursuite.


     Quoi qu’il en soit, la femme Leclerc, son ânesse et l’âne de Féron firent chemin de compagnie et arrivèrent paisiblement tous trois à la porte du demandeur. La femme Leclerc étant descendue de dessus son ânesse, l’âne de Féron jugea à propos de la remplacer. Alors, la femme Leclerc, on sait trop par quel motif, le frappa à grands coups de bâton.

     La chaleur de l’action passée, la femme Leclerc s’aperçut qu’elle avait été mordue au bras. Alors elle abandonna le dessein qu’elle avait sans doute formé de s’approprier l’âne. Elle s’imagina qu’il lui serait plus avantageux de former une demande en dommages-intérêts contre le maître que de garder le baudet.…. Qui est l’agresseur ? La femme Leclerc. Ce n’est donc qu’à son corps défendant que l’âne se soit vengé.
On va plus loin. La loi parle en faveur de l’âne. Qui l’a engagé à casser son licol ? L’ânesse. Qui des deux s’est mis à braire le premier ? L’ânesse. Qui l’a porté à suivre la jardinière jusqu’aux Gobelins ? L’ânesse. Qui pouvait enfin empêcher ce désordre ? La femme Leclerc. Elle et sa bourrique sont donc les seules coupables. L’âne a été séduit par l’ânesse. C’est donc la femme Leclerc qui
doit les dommages et intérêt
. »

     De temps à autres, je relevais la tête  pour répéter à moi-même, ma lecture à voix basse en mimant les lèvres. Une fois en levant la tête, je constatai qu’une jeune fille vint s’asseoir dans le même rang. Une fille de taille fine qui respire la fraîcheur. Elle laissa la chaise mitoyenne vide. Elle prit son portable, composa un numéro et parla, d’une voix tendre avec son correspondant. Je délaissai ma lecture. Elle relata sa détresse de rejoindre Settat. Elle ajouta qu’il lui manquera et qu’elle ne cessera de penser à son béguin. En tendant l’oreille, je pensai à sa discussion. Parlai-t-elle sereinement ou seulement pour lui faire plaisir ?

     D’habitude, le matin en prenant mon petit déjeuner, je le terminai en prenant un café. Ce jour, en découchant, je ne l’ai pris. J’eus envie de prendre ce nectar et je dus quitter ma place, laissant mon sac et mon cartable pour aller à la cafétéria juste à mes cotés. Je demandai une tasse de café express. Une fois servi, je sortis dehors en suivant les avertissements de l’hôtesse du train, qui ne cessa de nous matraquer par l’annonce« Il est interdit de fumer dans le train et dans les gares » en sus du message affiché sur le paquet «fumer tue ». J’allumai une cigarette, je ne pouvais me priver de ce plaisir. Je savais que la pollution, elle aussi faisait des ravages.

     De temps en temps, je jetai un coup d’œil pour m’assurer de mes affaires. Dehors je constatai qu’au vu des voyageurs d’un train en provenance de la capitale. Les autochtones louaient les taxis. Par contre, les touristes optaient pour les calèches aux couleurs vertes olive. Un moyen écologique pour les occidentaux, alors que les nationaux encourageaient la pollution primaire. Les conducteurs des triporteurs de leur cotés invitaient les hommes et femmes qui traînaient leurs bagages. 

      Je terminai mon bu et ma sortie, remis la tasse au cafetier et rejoignit ma place. Je fus surpris en arrivant. La fille a changé de place en s’approchant de la mienne. Et une belle chatte noire, de poils ras, occupa mon banc. Je souris en regardant le spectacle. Ma voisine d’un geste doucereux, tapa sur son dos gentiment de sa main droite. J’apercevais ses minces doigts et aux ongles parfais, peints à la peinture acrylique. D’un simple geste et minette s’en alla.  

     Cette scène me rappela une étude faite par un psychologue. Dans son cabinet il installa cinq nouvelles chaises. Il s’assit quelques minutes sur celle du milieu. Les femmes qui devaient s’installer sur une chaise, la plupart d’entre elles s’asseyaient là où le psy  s’était assis. Je me suis dis, cette chatte a du flair et la fille l’aurait aussi puisqu’elle s’est déplacée pour me côtoyer. Mais je m’abstins à lui dire ma pensée. Qui sait, elle peut l’interpréter en un harcèlement sexuel !

     Je repris  ma place en remerciant la jeune fille. Je me tus un moment, avant de lui demander sa destination. Elle me répondit qu’elle allait à Settat où elle poursuit ses études de droit à l’université Hassan 1er. Avant elle souhaitait la branche philosophique, mais que celle-ci n’a point de débouchées. Par contre l’option de droit a la de nombreuses opportunités de recrutement, la justice, le journalisme, sans omettre les services du ministère de l’intérieur.

     Je l’écoutai, sans l’interrompre. Elle me demanda ce que je fais dans ce bas monde. Je répondis que je suis retraité de l’enseignement. Au même moment, le chef de gare, vint me rejoindre me disant, qu’il ne voyait aucun inconvénient pour une place de première classe et que le train arrivera dans quelques instants. Je le remerciai, et me tournant vers la jeune fille, prise au dépourvu, je lui disais :

- Je suis désolé, j’aurai aimé vous accompagner durant ce court trajet. Je ne me trouve guère à l’aise dans la deuxième classe.

- Ce n’est pas grave,répliqua-t-elle. A un de ces jours, j’aurai aimé continuer notre discussion, mais la première classe est au complet.

    Je la saluai en lui souhaitant bonne chance. Je suivis le chef de gare……

A suivre.

 

 

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