06.12.2009
Mecontemporain suite 14
- Papa, cria Randa lançant un haro ! C’est lui mon agresseur de l’autre jour devant le GAB.
Le père se rua sur le machiavélique, avec impétuosité. Il l’empoigna par le collet et s’en saisit, jusqu’à l’étrangler. Le malotru s’essouffla pour se défendre et ses yeux allaient sortir de la tête.
- Qu’est ce que tu as, lâches moi, dit-il sans voix avec une expression noire.
- Espèce de fripouille, rétorqua l’empoigneur. Tu t’attaques à des filles sans défense.
- Je suis un marin. Enlève ta main, si non tu regretteras cette empoignade.
- Quelle audace et quelle méthode apagogique pour se disculper! Dis-je à Brahim pour lui donner le temps de reprendre son récit.
Après avoir bu une gorgée d’eau, il reprit la narration.
- Oui, dit le père, tu es un pirate et un passe-volant! Arrêtes de Feindre, tu es pris cette fois-ci. Tu feindras devant le poste de police.
- Je me rappelle fort de toi volereau, ajouta Randa. Ton ignoble figure est restée incrustée et indélébile dans ma mémoire. La même tenue d’un mamamouchi pour arnaquer les innocents. C’est moi la victime d’il y a un mois devant la banque. J’ai en main le billet de déposition au commissariat. Selon la loi, une arrestation est précédée d'une plainte portée à la police par un citoyen qui est victime d'une infraction criminelle. Je suis capacitaire en droit.
- Je ne t’ai jamais vue, ce n’est pas moi, avança-t-il. Il voulait pleurer en se débattant pour fuir.
- Et Lina ? Lui dis-je interrompant la parole.
- Durant ce laps de temps, poursuit-il, Lila ébahie par cette scène, ne sut à quel saint se vouer. Doit-elle croire son ami ou l’empoigneur ? Elle pressentit un instant que son ami bluffât pour se défendre. Elle ne savait s‘il était de la marine marchande ou un pêcheur en eau troublée. Elle ne se douta point qu’il fût un imposteur et pourquoi pas un monte-en-l’air. Durant ses ambages, le peccable ne mentait pas, il est pécheur. Elle voulut quitter l’algarade par crainte d’être impliquée dans cette magouille. En son for intérieur, elle remercia le ciel, l’homme et sa fille de la sauver de ce débauché. Elle bénissait ses parents et la chance ce triumvirat qu’ils l’obvient à ce voleur de grand chemin. Elle baissa les yeux pour afficher sa désapprobation, dégoutant son bégum. L’empoigneur l’emmena au poste de police, sous les yeux terrifiés de la foule et de Lina ahuries, de voir l’hydre, ce happe-bourse arrêté.
- Un vrai pagnote. On ne discute pas avec un voleur. On le cambriole (Arthur), dis-je. C’est un sans feu ni lieu et un sans foi ni loi. Et que c’est-il passé après ?
- Je ne sais, je suis parti chez moi.
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20.10.2009
Mécontemporain Episode 13
Le lendemain, je repris le chemin du travail comme de coutume. Je dus trimer sans répit. Notre journal avait lancé un concours pour les jeunes écrivains en herbe. Le sujet consistait à écrire un article sur l’histoire du Maroc ou une histoire vécue de prés.
Le courrier est énorme, car plusieurs prétendants ont participé à ce concours mémorialistes. Ils y avaient des chroniqueurs, des annalistes et aussi des scribouilleurs. Les écrits de deux jeunes lauréats attirèrent mon attention. Souki, fille originaire du sud a un style originel.
Dans son récit vécu, elle narra un fait fortuit survenu l’été dernier lors du transport d’un groupe d’hommes et de femmes vers un village voisin, dans un Mitsubishi. Sur la carrosserie le groupement chantait au son du Taskiwin , une forme particulière de l’ahwash . Une danse accompagnée de flûtes (Ghitaa) et de tambours qui mit en transe les convives au mariage. Les hommes hissaient des drapeaux aux couleurs vives. Les femmes brandissaient des roseaux au bout desquels elles accrochèrent un bouquet de fleurs et de menthe ainsi que des billets de banque de 100(Elqarfi) et de 200 dh(Zriga).
Le véhicule alla à toute vitesse. Le hasard voulu qu’une cigogne, ce jour, n’eut trouvé de proies qu’un serpent, au lieu de musaraignes, vers de terre, poissons, têtards ou grenouilles. En survolant le Mitsubishi, le serpent après une série de tractations, força l’échassier à ouvrir ses mandibules, et à lâcher l’ophidien, un serpent cocu qui vint tomber juste sur le groupe. La liesse et la joie muèrent en panique et affolement. Les femmes crièrent de frayeur et d’effroi. Les hommes sautèrent de par-dessus la carrosserie. Les femmes firent de même « sauve qui peut ». Une invitée en sautant se fracassa le crâne décéda sur le coup.
Le chauffeur pris au dépourvu gara et freina subitement le camion, descendit de la cabine et vint constater les dégâts. Deux corps gisaient non loin à 100 m. Des rescapés vinrent expliquer le mélodrame. Le bilan deux morts et quelques blessés.
Les invités indemnes prirent leurs portables pour aviser les leurs, en évitant lors de leur discussions de dire Mitsubishi. Cette appellation est indécente dans le Souss, (l’accueil de la femme). Ils disaient avec un sourire maquillé « Le grand camion blanc ». Quant au serpent cocu, il fut piétiné par un « courageux » qui le prit par la queue en disant à haute voix : On a tué le serpent qui causa cet accident ! (qatalna Attouebane).
Après la sortie du travail, je me dirigeais vers le café. Je demandais un soda. Quelques minutes, que voici mon ami.
- Bonjour. Cela fait longtemps que tu es là.
- Non. Mais il y a juste cinq minutes
- Cet après midi, je n’ai travaillé. Les élèves ont séché un cours. Je suis passé par là et j ai trouvé un incident que les loubards ont tous vu à midi.
- Quel incident ?
- Une dame qui travaille dans l’assurance en face eut un problème. L’homme qui était avec elle, était recherché pour escroquerie.
- Quelle dame ? Envahi par la peur et la désillusion. Je pensai à ma future dulcinée.
- C’est une femme qui travaille dans cette assurance. Elle s’appelle Lila, une femme de père marocain et de mère tunisienne. Son père lors de son voyage à la Mecque a rencontré une tunisienne à Sfax, tomba en relation avec elle et décida de se marier renonçant au pèlerinage. Ils procréèrent trois enfants, deux filles et un garçon. Lina l’aînée, celle qui travaille en face, fit la connaissance d’un autre marocain natif de Soussa (Tunisie), qui rejoignit le Maroc après l’obtention d’un diplôme de journalisme. Ils célébrèrent un faste mariage à Agadir. Ils résident dans le quartier voisin.
- Eh ben, mon ami tu es mqaddem al houma (employé municipal). Tu connais tout le monde !
- Non, mais c’est que leur fille Jouhaina, orpheline de 5 ans, prend des cours d’intensification le soir chez moi.
- Donc sa mère est veuve !
- Oui, son pauvre mari est décédé il y a presque six mois dans un accident de circulation sur la route côtière entre Tanger et Tétouan. Il était en compagnie d’amis tunisiens. Le chauffeur qui conduisait une voiture de location, avait bu un verre de trop. Et comme on dit le cent appelle le sang, ils périrent les trois dans la catastrophe en percutant un arbre.
- Oui mais quelle est la corrélation entre la veuve et l’incident de ce matin.
- Je vois que tu t’intéresses à ce sujet ? Me dit-il, affichant un léger sourire. Vas-tu faire une chronique des faits divers pour ton journal ?
- Une simple curiosité, rétorquai-je.
- Le corrélatif c’est qu’un homme remarqua la dame il y a peu. Il l’approcha, je ne sais comment elle finit par faiblesse ou par solitude à se plier à son charme. Ainsi chaque soir à sa sortie du travail, il l’attendait devant le siège, pour l’accompagner à la maison.
- Sans doute un flibustier dis-je, sans vouloir lui couper la parole.
- Mais cet homme est un imposteur. C’est un brigand. Un jour il se posta devant le guichet automatique d’une banque attendant sa proie. Voyant et épiant une fille esseulée. Il l’a vit composer son numéro de code après qu’elle introduisit sa carte bancaire, et tira 700 dh flambant neufs. En comptant ses billets le filou s’approchât de sa victime et lui dit :
- Mademoiselle cette somme est à moi.
- Non rouspéta-t-elle c’est mon argent !
- Faites voir. Elle s’exécuta innocemment et le gars lui happa les billets de sa main, les mit dans sa poche et commença à la gronder et à crier à haute voix
- Salope, tu m’as ruinée. A cause de toi, j’ai délaissé ma famille et mes enfants. Tu ne cesses de me harceler.
Emportée par le courroux de cet énergumène, elle ne savait à quel saint se vouer et craignait que les flâneurs qui commençaient à se rassembler ne croient aux mensonges de ce malandrin.
- Fous moi la paix et cesse de me tracasser veux-tu et quitta sa victime.
Elle abomina cet ostrogoth, ce rabat-joie et appréhenda qu’un voisin du quartier n’assistât à ce mélodrame. Elle dédaigna l’ignominie de ce chenapan, sa vilénie humaine et sa crapulerie. Elle resta coite, béate et aphone.
Elle le regardait s’éloigner en le poursuivant des yeux ce ramassis en se remettant au Ciel. Elle voulait décharger son cœur de cette cupidité et de sa malchance devant cette hogra.
Le hasard veut que, Randa, la victime en passant par cette avenue, reconnaisse le goujat, saluant par bise de joue Lila à sa sortie. Elle le désigna à son père en criant.
- Papa cria Randa lançant un haro, c’est lui mon agresseur de l’autre jour devant le GAB.
A suivre...
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31.03.2009
Mécontemporain Episode 11
Momentanément désamorcé, je repris mon ami le livre et m’y plongeai dans la lecture de « La terre » d’Emile Zola, pour ne point rabougrir mes instincts, et aussi pour dissiper mes rêves et ma cécité morale. Une œuvre captivante et entraînante, pour induire en errance mon imagination. Une heure de lecture assidue. A jour failli, j’allai me lever, quand une vieille connaissance me rejoignit à table.
- Ah te voilà !me lança-t-il.
- Et me voilà. Quel bon vent t’amène !
- Ce matin je sentis des démangeaisons de ma lèvre supérieure, me lança-t-il. Je doutais que j’allais rencontrer une très proche personne. Je n’ai nullement songé à toi ! (Chez nous, le picotement de la lèvre est signe d’une rencontre avec un absent distant)
- Dire que moi aussi, toute la matinée, je sentais des chatouillements sur la paume de ma main gauche. Et je me demandais quel gain, vais-je toucher ? Rétorquai-je. Je grinçai les dents.
Mon vieil ami sait que j’eus toujours mon portefeuille continuellement garni. Dans l’embarras d’argent mignon il y a six mois, il vint m’emprunter un montant pour l’achat des caprices et des fantaisies. Depuis lors, je ne le revis guère. Il vendit la ruelle et l’avenue comme disent nos épiciers. Mais j’évitai de le contacter pour demander mon du et la remise de la dette.
Durant un laps de temps, je feignis dire un mot pour ne point ni l’offenser, ni le froisser. Mais je me demandai la raison de son arrivée à ma rencontre. Est-ce le hasard ? C’était la fin du mois, et je fus sure et certain qu’il n’ait le rond. Je me demandai si je serai encore une fois sa victime, un macchabée.
Je fis signe au garçon du café pour lui servir une boisson.
- Bonjour Addi, dit-il au garçon. Je veux bien prendre un cocktail Isla Mona, si votre établissement a du lait frais de noix de coco, dit -il.
- Désolé monsieur Brahim, nous n’avons pas ce lait, répondit le serveur.
- Soit ! Un jus de pomme si vous le permettez.
- Un jus de poire pour moi aussi, dis-je. (Je ne serai une poire ce soir).
Le serveur nous quitta et je dis plaisantant à mon invité.
- Tu es connu dans cet endroit. Dis moi, où as-tu vu encore ce cocktail Isla Mona ? Est-ce dans un roman d’Agatha Christie ?
- De prime abord, je suis client de ce café. J’habite deux ruelles à gauche. J’ai déjà consommé cette délicieuse boisson dans le café Agatha juste à coté. Nous irons le déguster la prochaine fois, si tu le souhaites.
- Incha allah (Si Dieu le veut).
- As-tu lu « Dix petits nègres » D’Agatha ?
- Oui, mais il me semble si j’ai bonne mémoire, l’assassin qui a décidé d’éliminer ses dix petits camarades un par un, en suivant les vers d'une comptine pour enfant. Il s’agit aussi de Mona lisa.
- Le patron, fervent lecteur des séries noires, eut l’idée de concevoir ce délicieux jus. Il a même offert un collier Agatha grain de café à sa seconde femme.
- Au fait, comment vont madame et les enfants ? Dis-je pour détourner la conversation.
- Couci-couça. La semaine dernière l’aînée a attrapé les oreillons, et cette semaine, son cadet eut une entorse de cheville lors d’un match de football des jeux scolaires. Et madame depuis quelques mois souffre de la goutte.
- Que Dieu parfait et hâte leurs guérisons. Il te faut un grand courage pour affronter ces incommodités.
- Amen ! Merci mon ami Abdou, Ce n’est pas que cela, ma sœur cadette a demandé le divorce pour discorde (chiqaq), son époux gaspille son gain dans les jeux du hasard. La nouvelle moudawana permet à la femme de divorcer presque sans conditions. Un malheur ne vient jamais seul. Mes parents doivent chercher un autre logement. Pour agrandir une ruelle, les autorités vont démolir toutes les maisons avoisinantes dans la cité.
Je me taisais, n’osant rien ajouter. Je savais que mon débiteur mystifiait et inventait pour cacher ses maux de dettes. Il excellait dans les menteries. Je feignis rire en pensant à un rébarbatif qui disait chaque jour, Que Dieu me fraie une voie (Allah ijib chi triq). Son vœu s’exauça lorsque les services de la municipalité vinrent l’informer, un matin,que sa maison doit être démolie. Le plan d’aménagement du quartier, prévoyait agrandissement de la rue.
- Abdou, tu es mon seul bienfaiteur, ajouta-t-il. Je te dois combien au juste ?
- Voyons tu ne me dois rien, dis-je, en tirant une grande bouffée de ma cibiche. Je devinai son carambouillage. (Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus. La Fontaine)
- Dis moi, Abdou. Un ami, ressortissant à l’étranger, a amené un ordinateur portable Dell D610 presque neuf. Il veut le vendre. Vu son bas prix, j’ai pensé à toi. C’est une occasion qu’il ne faut pas rater.
- Ah ! Je veux bien, mais tu viens en retard. Il y a cinq jours, j’ai acquis un LG papillon. C’est bien dommage, rétorquais-je.
Je méditai une neuvaine de prières pour que les saints m’épargnent de ses filouteries. Mais mon instinct me disait que j’ai besoin de ses services dans ce quartier. Qui sait ?
- Oui, c’est beau dommage. Aujourd’hui est un jour sans, je n’ai pas de chance, murmura-t-il. Je dois rejoindre mes élèves, je donne des cours du soir de rattrapage, dans une école privée. Au revoir Si Abdou !
S’adressant au serveur et faisant semblant de chercher l’argent.
- Je te dois combien Addi ?
- Laisse, Brahim, C’est moi qui règle la consommation. Vas et bon courage. Demain si tu as le temps, je serai à la même place aux environs de 16h.
- Soit, je viendrai incha Allah. Comme aujourd’hui, je passerai avant d’aller au cours.
- D’accord répondis-je.
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20.02.2009
Mécontemporain Episode 10
Je ne bougeai d’un iota. Mon ami Ghrib m’appela, me tira des songes et de ma torpeur. Je fus envahi par le charme de Medina. Nous devînmes regagner ensemble la capitale.
- Puis-je disposer, dis-je, avec le soupçon de tristesse dans la voix, interrompant leur discussion.
- Sans problème Abdou. Mais avant de nous quitter, je vous demanderais de bien vouloir me laisser vos coordonnées, sachez que je voudrais sincérement vous revoir, après les consultations de madame.
- Soit, avec grand plaisir, monsieur…
- En voilà des façons, j’ai présenté ma femme et sa cousine, en omettant de le faire moi-même. Je m’appelle Abderrahim.
- Enchanté Abderrahim
Se tournant vers Medina, il lui demanda de prendre le numéro de mon GSM.
- Je ne suis pas abonné à aucun réseau du pays, me dit-il, et Médina, sera notre parfaite coordinatrice.
J’énonçai mon numéro et Medina le transcrivit, gênée, toute rubiconde dans son léger sourire. Belle jusqu’au trognon, un chou, un cœur.
Nous nous échangeâmes les coordonnées respectives. Je souris poliment, mêmement je fus confus sous l’emprise de la gêne.
- Surtout monsieur Abdou, ne nous mettez pas dans l’oubliance. Consacrez nous un moment, nous sommes honorés de votre connaissance.
- De grâce, Abderrahim, ma disponibilité de sympathie englobera, croyez moi, la fantaisie du temps. J’attends votre signe pour vous revoir.
Je disais cette politesse, sans hypocrisie, en regardant dans les yeux Medina. Je les saluai promptement pour rejoindre mon collègue. Une heureuse aubaine que je quittai, marchant doucement vers mon ami. Je flottais entre l’espérance et la désespérance. Le diable sait pourquoi !
Le lendemain, après l’entrevue avec notre responsable, et la remise du rapport de mission, je me dirigeai comme de coutume, au café Pachalik. Aucune trace de la P.307. J’attendis la sortie en sirotant ma tasse de nectar du café. Je vis une silhouette, l’allure saccadée. C’est elle! Elle ne porte plus la blanche djellaba . Elle vêt un patron en velours bleu royal, qui lui va à merveille. Son coiffage et sa tournure étiquettent sa singulière élégance. Elle chausse des Balmain. Une jolie coquetterie. Elle traversa la rue, en direction de la terrasse où, je pris place. Elle arbora un sourire qui contint un léger soupçon de joie. Un sourire que je pensai pour moi. Elle vint vers un homme qui l’attendait juste devant la terrasse. Elle lui fit un bon visage. Apres une bise de salut, ils quittèrent ma vue, main dans la main. Mes yeux brillèrent comme chardons ardents. Je me meurs. Je n’eus jamais éprouvé de pire.
Une jalousie secrète me creva. Je les regardai de loin, avec un œil d’envie. Adieu veau, vache et mouton! A chacun sa chacune, me dis – je. "Mais ses yeux restaient secs, brûlants de larmes qui ne s'épanchaient pas. Aucune jalousie du reste, ni révolte, ni mouvement de haine. Rien que le vaste sentiment de la douleur qui, envahissant tout son être, se confondait avec lui. Des flammes fulgurantes passaient devant ses yeux (MOSELLY)".
Cependant, de derrière par la tête, la physionomie de son compagnon ne m’inspira point confiance. Il a l’air d’un zigoto. Son snobisme et afféterie lui donnent un air d’arnaqueur. Tout dernièrement l’on me conta l’histoire d’un radin qui un jour passa chez la boucherie pour se payer une livre de viande. Il entendit, un homme respectablement habillé, demander, quatre kilos de viandes, deux kilos de viande hachée, un kilo de saucissons. Dés qu’il quitta la boucherie, le ladre apostropha la bouchère.
- Qui est ce gars ?
- Vas… ! Vas…! Vas...!Wallah tu m’as fait rire ! Qui ne connaît pas Taibi Moullerdouze!(Bonhomme proprietaitre d'une R12) C’est un quidam qui ne travaille guère. Son violon d’Ingres c’est de guetter les veuves. Il s’active à dénigrer leurs points faibles, à les charmer et les épouser. Dés qu’il dilapide son avoir, Il délaisse la pauvre et s’en va quérir une autre victime.
En entendant cela, ipso facto l’harpagon dit à la bouchère.
- Donnez moi un kilo de filet de bœuf et un kilo de carré d’agneau.
En remettant ses achats à son conjoint, hébétée elle lui demande :
- Pourquoi as-tu acheté toute cette quantité de viande ?
- Je préfère que ce soit moi qui les consomme et non Taibi Moullerdouze, rétorqua-t-il.
J’espère que je n’ai pas donné libre pensée à la folle du logis, mon imagination ! Il se peut que maîtresse jalousie m’édicte ces lugubres pensées .Pourvu que je me trompasse.
Sur ces entrefaites, une tristesse muette s’empara de moi. Moi qui rêvai, espérai son amitié et son amour. Est-ce mon absence de la scène ces derniers jours, qui causa cette perte ? Tel un soliloque, je me parlai à moi-même. Naguère il m’arriva souvent, de me fâcher pour passer le temps. Cependant, présentement, il ne fallait qu’une goutte pour que le verre déborde, et je fus ce vase plein de larmes. Un vase de tristesse. Mon optimisme me rassura, une de perdue deux de retrouvées. Je ne me découragerai point, j’éviterai la morosité. Je laisse les choses suivre leur cheminement spontané. J’irai sous d’autres cieux. J’oublierai cette mésaventure d’occasion, pour une aventure galante avec une dame fofolle. "Chez elle la passion est un feu follet qui s'éteint subitement après avoir allumé un incendie. MERIMEE"
A suivre......
Salé, le 19.02.09
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03.01.2009
Mécontemporain Episode 9
J’entamai l’explication, et les deux s’attentionnèrent tout ouïe. Ils me regardèrent, tendus, assoiffés d’un intérêt qui l’étonnaient. Je leur expliquai l’utilité du Kombucha. Cette boisson exotique et ancienne provenant de Chine et deux fois millénaire. On l’appelle aussi en Russie, l’extraordinaire boisson de santé. Comme beaucoup d’aliments fermentés et certainement plus que tout autres, le Kombucha rend des services énormes aux malades et à l’humanité toute entière. Pour la préparer la première fois, cette boisson pétillante et fermentée, il faut se procurer un champignon. Il se présente comme un disque de couleur crème, un peu épais, souple, sa texture ressemble à quelque chose de gélifié.
- Waili (parbleu), rien qu’avec le thé vert ! C’est extraordinaire.
Mon voisin tira un stylo et sur un vade-mecum, il nota des bribes de mes indications. De temps à autres, je jetai un coup d’œil à mon ami Ghrib, pour le rassurer d’un clin d’œil.
- On ne peut acheter le champignon kombucha, continuai-je, mais on peut le trouver chez un bénévole qui vous en offrira le champignon. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’à chaque préparation d’une nouvelle boisson, il se forme un nouveau champignon. Au début, le champignon est fin puis au fur et à mesure des utilisations, il grossit, il s’épaissit.
- C’est très intéressant, s’exclama-t-il. Je remercie le ciel qui me permit de vous rencontrer Monsieur. J’ignorais ce remède magistral. Quelles sont les spécificités de cette acescence, si vous le permettez ?
Je continuai mon cours magistral, sans discourir.
- Il a été utilisé à des fins thérapeutiques sous forme de boisson et de gouttes par le Docteur Rudolf Sklenar pendant plus de trente ans. Ce procédé est actif pour diverses maladies du métabolisme, également pour les maladies chroniques. Des résultats positifs ont été obtenus en particulier dans le traitement des cancers à divers stades. Il n'a pas été possible de déterminer des effets secondaires ou ultérieurs indésirables. En consommant la boisson, on remarque une amélioration du métabolisme, la surproduction de graisse et de cholestérol est freinée ou supprimée. Dans les années 60 en Allemagne, cette boisson était très consommée et vivement recommandée comme boisson quotidienne dans les cas de goutte, rhumatisme, troubles hémorroïdaux.
Et tout le long de cette discussion, sa femme écoutait. Elle s’accotait sur l’épaule de son époux. Elle soufflait à son mari les mots non- retenus. Elle se disait, aux grands maux de grands remèdes.
- Mais comment pourrons-nous en avoir Monsieur ? dit-elle, roulant les R d’une voix guturale. Avez-vous les cordonnées du bienfaiteur?
- Oui madame, je vais vous soufflez son email et son site sur internet. Mais avant cela, je vous conseille de faire une recherche sur le net pour lire les utilités de cette boisson, ignorée par le public. C’est facile et c’est gratuit.
- Merci monsieur pour ces initiations, reprit mon voisin. Le hasard fait bien les choses. Mes concitoyens marocains sont toujours aimables et serviables. Grâce à Dieu il existe toujours cette entraide entre nous. Une petite question si vous permettez !
- Oui, dis-je, sans m’empêcher d’acquiescer.
- Vous êtes de quelle ville ?
- De Rabat, pourquoi ?
- Ce n’est loin. Si vous permettez, accepterez vous mon amitié. Durant mon séjour, je voudrai vous revoir. Prendre un dîner ensemble, pourquoi pas.
- Avec grand plaisir. Et je le priai de noter mes repères.
Le haut-parleur annonça l’amorçage de la descente vers l’aéroport de Casablanca. Chacun des passagers, reprit sa place. Et l’atterrissage fut dix minutes après, dans de bonnes conditions. Nous descendîmes et regagnâmes le tapis roulant pour récupérer nos bagages. Mes deux voisins, mon ami Ghrib et moi passâmes les formalités des douanes et sortîmes.
A la sortie, j’aperçus une foule gens dans la salle d’attente. Je savais qu’aucun ne m’attendait. Subito presto, je remarquai une jeune et belle fille élancée, le teint ambré mouvant en notre direction. L’ambre qui marche, pensai-je. Elle tenait un bouquet de fleurs à la main. Une mignonnette portant des oeillets mignardises. Par son teint, elle était à l’accueil de mes voisins. De la famille sans doute. Un bonheur de retrouvaille se dégagea des bises et embrassades avec effusion. Je restai quoi, je ne dis mot.
- Je vous présente, Médina, une cousine de ma femme Agathe. Lauréate de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie, elle poursuit un stage de formation, de longue durée au Maroc.
- Honoré, dis-je avec non sans-gêne. Abdou, agencier, je balbutiai.
Je réparai ainsi, l’oubli que j’eusse omis, de me présenter durant le voyage.
- Charmée, Le voyage s’est bien passé, nous apostropha-t-elle avec une gentillesse mignonne.
Elle était vivante, très sympathique. L’éclat étrange et vif de ses yeux me fascina. Des accroches cœurs effilés sur le visage. Des zestes d’espoir pensais-je. Ils caractérisaient la cramoisissure de ses joues teintées de rouge, signe de bonne santé. Elle avait une cocarde autour du cou. Mon satané esprit, me souffla, que le fait d’enrouler le foulard sur le cou, cache les longs baisers coriaces, causant des ecchymoses. Elle portait un parfum envoûtant, possiblement Hypnotic poison. Subitement, pendant qu’ils devisaient, une rêverie me prit. Je songeai baguenauder Médina, dans des allées et venues dans des charmilles, comme une cadine de mon sérail. Je fus toujours attiré par le teint basané d’une femme. Le genre qu’on appelle chez nous « Louiza maqliya » (Amande grillée). Je grillai de curiosité, d’impatience pour la connaître. Accointe-toi avec Médina, abjure tout autre, me disais-je.
Elle mest promise,
Fort heureusement!
Mais quelle entreprise
Que d'être amant
Près d'une promise! P.Verlaine.
Le 03 Janvier 2009
A suivre…/….
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20.12.2008
Mécontemporain épisode 8
Quelques passagers embarquèrent. Parmi eux, un couple qui, après le salut, prit place des burkinabaises à mes cotés. L’homme le teint marocain, par contre son conjoint est une Africaine. Puis l’hôtesse vint constater si les passagers fixèrent leurs ceintures de sécurité. Je fus content qu’elle nous délivre de la parodie d’explication sur l’utilité des commandes de réglage des sièges, de la fermeture et l’ouverture de la ceinture, le système d’aération, les issues de secours et la cachette des gilets de sauvetage. Elle répand la claustrophobie sur les passagers dans le vase clos et exigu de l’avion.
Elle me rappelle, à chaque voyage, la mésaventure d’un marocain. Durant un vol, l’avion fut sujet à des soubresauts en traversant des trous d’air. L’hôtesse passa le sourire aux lèvres, pour superviser les soubresauts émotionnels des passagers, repérer les incommodés et les sécuriser mentalement disant :
- Chkoune dakh (qui est déréglé)
Un homme leva le doigt et elle lui donna un cachet . Elle passa trois fois de suite après les saccadés, s’époumonant, « chkoun dakh » et le même gars levait la main. Au quatrième comprimé, il s’évanouit. En cherchant dans ses documents, elle sut qu’il s’appela « Dakh ».
Quinze minutes de relevées, et l’avion décolla. De mon porte document, je tirai un ancien livre « Contes du Zougoulougoubamba » de Giselle De Goustine, récemment acquis chez un bouquiniste à Niamey. Je souriais en lisant la première page : « Ouendé avait dit aux oiseaux : Vous vivrez en liberté et vous trouverez toujours des graines et des insectes à manger. Vous emporterez seulement vos chants avec vous, et vous serez plus souvent dans l’air que sur le sol ». J’imaginai que tous les passagers sont des oiseaux enfermés dans une cage. A l’arrivée, en descendant sur la passerelle, Il se peut qu’un petit oiseau chantant un coucou, sorte de l’appareil d’un photographe ou paparazzi. Mais je pense qu’il n’y ait une star ou VIP sur ce vol. « Avez-vous déjà été obsédé par un dialogue intérieur que vous ne réussissiez pas à interrompre, comme si votre cerveau refusait de se taire ? Si cela vous arrive encore, essayez simplement de baisser le volume – A.Robbins » Je délaissai mon imagination débordante, quittant ma fantaisie puérile et mis pied à terre, pour reprendre ma lecture.
En entamant ma relecture, mon voisin me lança :
- Comment allez-vous Monsieur ?
- Bien merci, répondis-je par civilité et politesse. Et vous ca va ? De retour au bercail ?
- Oui, j’y vais pour quelques jours. Je réside à Ouagadougou où je tiens un commerce d’artisanat. Mon épouse est souffrante et je dois voire un spécialiste à Casablanca.
- Je lui souhaite un prompt rétablissement. Si ce n’est une indiscrétion, de quoi souffre-t-elle ?
- Elle souffre du syndrome métabolique. Une maladie bizarre. Les spécialistes à Ouagadou ne purent le prescrire, ni le traiter.
- Ah ! Ce n’est grave, si on surveille l’hypertension et le cholestérol.
- Oui, mais il y a le risque cardiovasculaire, tel un infarctus de myocarde.
- Cela tombe bien. Je vais vous conseillez un remède miracle, pour ce syndrome et pour diverses maladies. Au Maroc, à ma connaissance, il y a un seul marocain qui s’adonne à la culture de cette extraordinaire boisson de santé. Elle n’est pas commercialisée et c’est gratuit. Sans tarabiscoter, c'est une réalité.
Encouragé par son petit hochement de tête poli, j’expliquai mes propos. Il m’écouta, l’air ragaillardi. Sa femme revigorée, par cette nouvelle. Sincèrement, je veux par cette boisson fermentée la sustenter, afin qu’elle recouvre la santé et le sourire.
- Je vous saurai reconnaissant de me le dire. J’irai par monts et par vaux le retrouver.
A suivre ...
Salé,le 20 Décembre 2008
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05.10.2008
Mécontemporain épisode 7
Salé, le 05 Octobre 2008
Après une vingtaine de minutes, nous arrivâmes à Diori Hamani International Airport. Le départ était prévu à 2 h 30. Après l’enregistrement des bagages et l’acquisition de nos billets d’accès, Ghrib et moi prîmes congés de nos amis Nigériens. Nous les remerciâmes pour l’accueil chaleureux et le séjour. Ils nous étaient difficiles de leur dire le triste Adieu. Ma pomme d’Adam fut saillante, une mélancolie poignante me serra la gorge.
Nous montâmes sur la passerelle de l’avion. Cherchant ma place numérotée, j’eus du bol d’avoir à mes cotés deux jeunes dames. Deux charmantes noires comme de l’ébène. Une habillée en jean velours teint tilleul, une surchemise aux finitions soignées. Une chemise taillissime pourprée. Le décolletage carré découvre des seins en poires. Le cou orné par une chainette en or et un rasoir en argent comme fanfreluche. L’effluve de leur parfum caresse l’odorat. Je préfère la femme parfumée, qu’une odeur de sainteté. L'autre dame portait une robe au couleur africaine. Elle n'a aucune caractéristique mouvante, comme la cousine Bette. Mon ami Ghrib prit place à coté, dans l’autre rangée. Je saluai mes voisines avec le sourire. A Ghrib je fis un clin d’œil à la dérobée. Il me sourit l’air complice. Il lut la joie dans mes yeux. Il sut que je ne m’ennuierai guère durant ce vol. A l’heure arrêtée, l’avion décolla et prit son vol. Les passagers virent les hôtesses expliquer les consignes de secours en cas de détresse. Puis ce fut un silence. Je préférai la conspiration du bruit. Dix minutes passèrent et j’eus des démangeaisons pour ne pas encore entamer une discussion avec mes voisines. Je m’y attardai involontairement. Il n’y a pas le feu au lac, patience Abdou me dis-je. J’évitai d’inventer l’eau tiède et toute espièglerie.
J’ouvris mon porte document. Je tirai une revue littéraire. Ce numéro spécial traite de « La farce de Maître Pathelin » Cet avocat véreux, malhonnête et sans cause à défendre, promet à sa femme, dame Guillemette, de renouveler leur garde-robe en lui rapportant du drap sans rien débourser. Il se rend à la foire où il réussit à obtenir, non sans mal, une pièce de drap, en se promettant bien de ne pas la payer, en flattant le drapier Guillaume et en l’invitant à boire. Il eut avec de belles paroles son voisin le drapier qui, de son côté, s'applaudissait de la lui vendre plus qu'elle ne vaut ,découvre, au moment de récolter son dû; l’arnaque. Ce même drapier a un berger, Thibaut, qui le vole et qui a recours à l'avocat pour se défendre en justice contre son maître dans une affaire où il est coupable. L’avocat lui conseille de bêler devant le juge pour qu’il paraisse simple d’esprit. Sur les conseils de Pathelin, le berger gagne son procès en faisant l'imbécile devant ses juges et en répondant à toutes les questions par le bêlement. Mais lorsque Pathelin lui réclame ses honoraires, il n’obtient, à son tour, qu’un « bée ».
Je retins de ma lecture « Il eut avec de belles paroles son voisin ». Je savais que la parole est un acte individuel de volonté et d’intelligence. Le mot chien n’a jamais mordu personne. Je m’adressai à ma proche voisine interrompant leur discussion :
- Sans indiscrétion, vous êtes des Niameyennes ?
- Non d’Ouagadou, des Burkinaises, me répondit-elle, avec un blanc et large sourire. Et vous sans doute Marocain ?
- Enchanté. Oui je le suis, disais-je, le ton facétieux.
Je feintai de rire, en pensant à Burkinabais et « burkinabaise ». Je savais que nous devions faire escale à Ouagadougou.
- Charmée, dit –elle. Nous estimons beaucoup le Maroc !
- Nous aussi madame, nous apprécions votre pays. Nos relations sont excellentes. Personnellement je lis sur le net, les journaux burkinabais et je rends visite, de temps à autre, au portail du Faso-net. J’aime l’humour de Ba Bouanga
- Ah c’est notre Gad Elmaleh ! dit-elle souriante. Mon amie et moi eûmes l’occasion de voir un de ses spectacles « Papa est en haut » au Palais des sports à Paris. Ce qui est marrant chez lui, Gad signifie joie en hébreux. Il répand l’allégresse. Force est de constater cette tolérance notoire au Maroc. Cet esprit de convivialité des religions, des races, des ethnies. Un fait à prendre en considération.
- Compliments très touchant m’allant droit au cœur mademoiselle, répliquais-je fièrement.
A ces propos, je bus du petit lait, satisfait et honoré. Je toisai incontinent sa façon de s’exprimer, dont je n’aie ouï, ces derniers temps. J’admirai son langage, en langue et parole. Honni qui manigance, songeai-je . Je me devais être poli et courtois durant ce court vol. Il fallait éviter d’être persiffleur ou luciférien. La seconde dame entendait, ne parler point. Elle manque d’hardiesse ou elle est d'une timidité intellectuelle, pensai-je.
- Que font mesdames dans ce bas monde, si ce n’est une indiscrétion ?
- Moi, maitresse d’école, dit la proche voisine.
- Ravi que la maitresse décolle en avion, dis-je plaisantant. Elle apprécia le jeu de mot en affichant un sourire avec douceur.
- Je vois que monsieur excelle dans les jeux de mots, me lança-t-elle. Moi aussi j’adore ce jeu temporel et les bobards. Les blagues dans ma mémoire sont alignées les unes après les autres comme des perles d’un chapelet.
- Ah bon ! Contes-y une veux-tu, dis-je. En mon for intérieur je décrochai la timbale en gagnant leur sympathie.
- Soit ! Deux couples se rencontrent chaque samedi soir pour jouer aux dames, aux échecs, aux cartes ou parfois, au scrabble. Un soir éprouvant l’ennui de jouer le même jeu, l’un proposa de changer de divertissement. Tous se mirent d’accord et optèrent pour le jeu du mime. Chacun fera un mimique, et, aux autres de deviner le métier. La première femme se leva. Enleva son chemisier, puis son corset. Prit ses seins des deux mains et dit :
- C’est quoi ce métier ?
Les gars sont restés bouche bée et donnèrent leurs langues au chat.
- Mais ce sont mes deux seins, donc médecin.
A son tour la seconde femme, fit de même. Elle enleva son chemisier et son corset. Elle prit les deux bouts de ses mamelons qu’elle joignit et leur demanda le métier. Aucune réponse.
- Mais c’est les bouts reliés, donc le bourrelier.
Le mari de la première femme prit un lange, entoura le bout de son phallus et demanda à son tour le métier. Pas de réponse.
- Voyons, c’est le bout langer, donc le boulanger.
Ensemble nous rîmes à nous fendre la mâchoire. Les passagers nous scrutèrent cherchant à déceler l’air de cette gaieté.
Au moment où elle termina sa blague, les hauts parleurs annonçaient aux passagers de regagner leur place et de fermer leurs ceintures de sécurité. L’avion devait entamer la descente vers l’aéroport d’Ouagadougou.
- C’est ingénieux dis-je. Belle farce mademoiselle !
- Mon amie s'appelle Gertrude et moi c'est Désirée. As-tu une blague à nous narrer toi aussi, bientôt l’avion va atterrir ?
- Honoré, moi c'est Abdou. Oui, j’ai une en mémoire.
- Charmées. Racontes-y donc !
- Avec grand plaisir ! D’emblée, une jeune fille avertit le garçon avec lequel elle sort pour la première fois :
- Ma mère m’a fait jurer de répondre énergiquement « non » à tout ce que vous me proposeriez.
- Très bien. Verriez-vous une objection à ce que je vous embrasse ?
- Non.
Et de rire ! Nous nous tînmes les côtes de rire. Le bruit du train d’atterrissage ébranla notre bonne humeur. Nos paroles et notre gaieté s’amenuisèrent comme tombent les pétales d’une fleur fatiguée. L’atterrissage ne fut pas trop dur, probablement la séparation le sera aussi. L’avion s’arrêta sur la piste. Je me levais pour laisser le passage à mes voisines.
- Mon dernier mot avant de vous souhaiter bonne continuation, me dit l’éloquente Désirée, vous exercez quoi dans la vie Abdou?
- Journaleux, dis-je avec le sourire. Je dis parfois ce que je pense, mais je ne pense rarement à ce que je dis.
- En voilà la modestie, l’humilité et l’effacement. Ravie de faire votre connaissance journaliste chevronné. On sent chez vous l’odeur des salles de rédaction, termina-t-elle avec un serein sourire.
Avant de leur serrer la main dans la stricte politesse d’Adieu, je lui remis ma carte de visite, qu’elle mit dans son sac. Elles me quittèrent heureuses et contentes. Avant qu’elles ne descendent, elles firent de la main un salut, par civilité je répondis aux salueuses.
A suivre.../...
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08.09.2008
Alphabète (Suite et fin)
- Ton absence, laisse au cœur, une plaie vilaine.
- Vil N !
- Je pars ô bien aimée, pressante l’orange.
- L’O range !
- Ce soir, je rime enfourchant mon pégase.
- Le P gaze !
- Je t’oublierais, au cœur un soigné curage.
- Le Q rage !
- Je couperais le cordon ombilical et hernie.
- L’R nie !
- J’errerais loin, dans le fluide de l’espace.
- L’S passe !
- Je ne prononcerais jusqu’à ton nom, têtue.
- Le T tue !
- Tu regretteras, la fugue de l’esprit vif et lutin.
- L’U tint !
- Aimes donc, ce petit monde et ses verrues.
- Le V rue !
- Ceux aux cœurs en stuc, double vêtement.
- Le W te ment !
- T’offriront-ils, bouquet magnolia ou d’ixia ?
- L’X scia !
- Regardez ! Je me refuge au sein d’une hie grecque.
- A hie ? L’I grec du mystère !
- Je lui rimerais en français, des vers en grec et latin.
- Je plaisantais, reste auprès de moi, ô mon badin !
Salé, le 08.09.08
23:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.08.2008
Alphabete
- Abdou : Mignonnette, embaumée à la lavande aspic.
- Elle : L’As pique !
- Timide et coquette, évites dame, cette bégueule.
- Le B gueule !
- Je rêve de toi pour nourrir mon gracieux sérail.
- Le C raille !
- Mon désir n’est péché, ton charme le dégèle.
- Le D gèle !
- Ta splendeur, ton caractère m’est une école.
- L’Eh colle !
- Mon amitié, ma fidélité ne te sont éphémères.
- L’F est mère !
- Tout bonnement, tu es une fée, une génie.
- Le G nie !
- Tu me fascines sphinx à buste femme tel hacheron.
- L’H rond !
- Ton attirance, un aimant, m’est une heureuse issue.
- L’I sue !
- Tes contes et récits nullement de la giberne.
- Le J berne !
- Tu plonges, tu esquives, habile tel un canard.
- Le K narre !
- De soupir en délire,m’ affection et élan illimité.
- L’I limité !
- Je suis tenace, têtu et bouché à l’émeri.
- L’M rit !
A suivre
22:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
20.08.2008
Mécontemporain épisode 6
Le jour suivant, je pris mon petit – déjeuner, fis le change et pris la direction de la sortie. Le bon petit hasard fit que Corrine sortît au même moment. Après un salut amical, elle me lança :
- Bonjour Abdou. Vous allez où à cette heure- ci ?
- Je vais au marché Antala,dis-je lui adressant un sourire. Je sais qu’hier vous me conseillassiez d’y aller pour la croix d’Agadez.
- En effet, je vais dans cette direction. Peux-je vous y amener ?
- Très volontiers, si cela ne vous dérange point Madame, dis-je. Je vous saurai reconnaissant.
Nous nous dirigeâmes au parking. Elle ouvrit la porte de sa Picanto couleur vert esthétique. Je pris place à ses cotés. Elle portait un tailleur vert pâle. Je regardai discrètement sa poitrine moulée dans un bustier. Son parfum m’embauma de nouveau. Elle alluma son Pionner. La douce musique latino-américaine, sans doute « Blessed » chanté par Christina Aguilera, déchira le silence. Elle conduisait lentement et sûrement. De jolis bras tenaient ferme, le volant. Un beau bracelet esclave en argent ornait son bras gauche. Moi, je restais les bras ballants devant sa gentillesse, sa beauté et son charme. Je savais qu'en ce moment, mon cœur comme d’habitude, va aux femmes charmantes. Corinne l’est. (Madame et souveraine,que mon coeur a de la peine. Le génie à son tour embrase toute chose; il vous rend sa lumière, et vous êtes la rose.G.Nerval) Mais je me tus, cherchant mes mots. Je devais parler pour voiler mon agitation intérieure, bien que je m’abandonnasse à des rêveries. Un long silence, mais je devais être poli et courtois pour ne point abuser de sa gentillesse. Corinne, elle, pratiqua un silence prudent.(Nous nous perdions exprès,et,pour nous retrouver...Nous restions des moments,sans paroles, à rêver.Lamartine)
- Corinne, tu sais que je pars ce soir, via Ouagadougou ? Dis-je pour relancer une discussion.
- Oui, je le sais. J’espère que le séjour fut agréable.
- Oui, madame, un séjour bienheureux. Nous ne nous plaignîmes guère, Les autochtones furent aimables et gentils. Notre femme- hôtesse fut aussi à la hauteur de son hospitalité et renom. Il fait beau y vivre dans ce pays.
- Un devoir monsieur, répondit-elle, avec un large sourire.
- Il me semble que vous êtes heureuse, Corinne, dans ce pays !
- Ma passion réside dans tous ce qui m’intéresse. Seule ma fille compte pour moi. Son avenir et son devenir m’incombent. C’est dur d’être femme dans ce bled. J’évite de me remarier. Les hommes m’ont fait souffrir et c’est certainement pour cela que je me suis endurcie et que je ne m'ouvre pas facilement. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ma vie. Mais sachez que je suis une femme sensible qui a beaucoup pleuré et qui laisse encore couler des larmes.
- Je vous comprends madame. C’est sage comme décision, notamment pour l’éducation de votre fille. Vous êtes ce qu’on appelle madame couveuse. Balzac a dit « Vos femmes les plus nobles sont ainsi devenues d'estimables couveuses ». Bonne chance mère courage.
Après dix minutes, nous voilà arrivés au marché. Je descendis de la voiture et prit congé d’elle. En démarrant elle m’adressa :
- C’est là ! Entrez à gauche vous trouverez les bijoutiers et bonne chance. Au juste ; vous n’allez pas trop tarder là. J’en ai pour 1 heure et demie pour retourner. Si vous êtes là, je vous ramène à la cité.
- Bien merci, sans aucun doute. J’y serais là pour vous attendre, dis-je.
Nous nous quittâmes ravis l’un et l’autre. A l’entrée, je fus abordé par un homme de couleur, tenant un sac en plastique sombre.
- Papa achètes çà s’il vous plait!
Il ouvrit le sac, le scrutant, ce sont des pommes de terre.
- Oui, mais monsieur, ma famille est au Maroc, dis-je abalobé.
- Oui, emmenez donc cela pour la famille.
J’évitai de sourire, pour ne point blesser ses sentiments. Il fut dans les patates.Le Maroc ne manque pas de tubercules. Je tirai de ma poche un billet de 1.000 CFA, que je lui remettais.
- Merci patron, me dit-il, me délaissant, l’air content.
J’entrai dans ce grand marché, l’un des plus intéressant de l’Afrique de l’ouest. Des étalages des tissus magnifiques , des objets en cuir, des bijoux, des couvertures djermas, et bien des choses impossibles. Je cherchais une boutique de bijoux. Les marchands m’invitèrent à visiter leur étalage. Je feignis ne pas entendre. Je pus trouver une boutique et ma croix d’Agadez que j’achetasse après un petit marchandage sur le prix. Pour ma sœur, résidante en Belgique, j’achetai un Iferouane, un penditif semblable à la croix d’Agadez. Par une hospitalité légendaire, le marchand, me proposa un verre de thé. Il me restait un peu de temps encore et j’acceptai l’offre modestement. Car depuis mon arrivée, je n’ai bu ce breuvage national. Il sut que je suis marocain. Il me relata le beau geste de notre Roi à Maradi.
- SM le Roi Mohamed VI s’est rendu, le 18 juillet 2005, au Niger dans le cadre d’une isite humanitaire dit-il fièrement. Lors de ce voyage Royal, le Souverain, ajouta-t-il, a visité l’hôpital installé le 9 juillet 2005 par l’armée marocaine à Maradi, à 550 Km au sud-est de Niamey.
- Un exemple de solidarité sud-sud, répondis-je. J’ai remarqué, que le Niger est en progrès constant. Le Nigérien est homme travailleur.
- Oui, n’y gère rien ! répondit-il, l’air sournois.
- C’est vous qui le dites. Vous excellez dans les jeux de mots monsieur. Moi je dirai, le bijoutier pare les cous, le maître d’armes pare les coups et la couturière parle et coud.
- Génial ! Vous m’étonnez monsieur. Merci pour Niamey et son bijoutier.
- Mais sincèrement, j’ai constaté la ville propre, la verdure est présente dans tous les recoins de Niamey.
- En effet, mais il y a des secteurs négligés. J’ai eu l’occasion de visiter votre beau pays. Je suis un des tijanes. J’ai vu Casa, Rabat et Fès bien sur. Des villes propres et sécurisées. Je notais l’absence du racisme. Les africains sont les leurs. Mais sans tarabiscoter, vous avez aussi un jeune et grand Roi qui veille à la prospérité et la pérennité du Maroc. Je lis les reportages des journalistes sur Laayoune et le Sahara. Sans vous lancer de lauriers, c’est grandiose et phénoménal ce que le Maroc érige dans sa région. Que Le Très Haut protège votre Souverain, Amen.
- Amen ! Dis-je. Un collègue journaliste africain, m’a dit récemment : Ah si vous pouviez nous prêtez votre Roi, seulement une année !
- Il n’a pas tord de le demander ! Votre pays s’investi en Afrique, c’est de bon augure. Plusieurs pays de la région s’imprègnent sur le modèle marocain. Vous avez beaucoup d'envieux et jaloux, mais qu'importe, les chiens aboient et la caravane passe.
- Dites moi, les journaux sont-ils quotidiens à Niamey ?
- Oui, ils paraissent chaque jour, sauf le dimanche.
- Ah, ce jour ils paressent !
- Vous m’avez eu là, monsieur est toujours plaisant.
Je consultai discrètement ma montre, c’était l’heure. Je demandai la permission de partir. Je remerciai mon hôte, pour le verre de thé et le débat. Je lui serrai la main. Elle fut molle et moite. La discussion l’aurait agité d’un vif sentiment. Je regagnai la sortie, en passant prés des étalages où tous les objets inimaginables sont exposés. Des postes radio, des appareils photos, des cassettes, des clefs, outils et ustensiles jonchaient sur les devantures des boutiques.
Une fois dehors, j’attendis cinq minutes et je vis la Picanto. Corinne s’arrêta juste devant, pour m’ouvrir la porte droite.
- Woo (Bonjour) dis-je plaisantant.
- Poo ! U sewo. (bonjour, ça va)
- Sewo! Corinne.
- Compliment Monsieur, Je vois que vous apprissiez, vite les convenances du salut. Avez-vous trouvé ce que vous cherchassiez ?
- Oui, je suis subjugué et charmé par ce marché. J’ai pu acquérir deux colliers. Merci pour votre aide variée.
Lors du retour un courant aimable siégea. Telle l’onde entre les dauphins. J’évitais toujours, de profiter de sa complaisance et indulgence. Par contre nous nous promîmes de rester en contact en échangeant nos coordonnées respectives. Elle m’informa que dans deux mois,qu’elle visitera le Maroc. Par nostalgie, sa fille doit revoir son père à Casablanca. Je la priai de m’informer du jour de leur arrivée par courriel.
Nous arrivâmes à la cité, peu après. En descendant, Corinne me dit, d’une voix douce et onctueuse :
- Cher monsieur, c’est le moment de vous dire mon au revoir. Je vous souhaite tous les deux un bon retour. Transmettez mes amitiés à votre ami.
- Merci, Corinne de cette affectueuse amitié, marmonnai-je avec enthousiasme. J’attends de vos nouvelles une fois au pays.
- Inchallah, dit-elle, la voix sucrée. Soyez prêts à l'heure pour ne point rater l'avion.
- Qui trop embrasse manque le train, dis-je avec un leger sourire. Je n'oppresserai aucune!
Nous nous saluâmes par bise sur les joues. Je restai calme et serein. Le soir, je rangeai ma valise. Gharib et moi partîmes à l’aéroport tard dans la nuit.
Salé, le 20 Août 2008
12:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

