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  • Et compagnie (14 ème Episode)

     

                

          Au moment où je terminai ma narration, nous arrivâmes devant ma voiture. J’ouvrai la porte de droite et prier Rahima de prendre place.

    -     Merci pour la galanterie Abdou.

    -     Il y a de quoi, dis-je tendrement.

       Je contournais le véhicule pour ouvrir celle de gauche. Je démarrais doucement le moteur de ma fidèle ford. Je pris la direction du quartier où habite Rahima.

    -   Mes compliments ma chère! Je te remercie pour cette belle soirée, dis-je pour rompre le silence.

    -   Abdou, C’est moi qui dois te remercier. Tu m’as remise dans les bras du bonheur. J’ai passé un moment agréable. J’ai ris. Cela fait longtemps que je n’ai pu m’amuser.

    -   J’ignorais que tu t’amusas, dis-je pour l’aguicher. Etait-ce un jeu d’enfant de cachotterie?      

    -  Je me suis amusée, charmée, ravie, je ne le nie pas. Pourquoi penses-tu toujours à l’envers ? Mon langage est simple et mes idées sont claires. Abdou nous sommes au début de notre connaissance. Nous sommes majeurs et vaccinés, je ne vais pas te dire que je t’aime et que je tiens à toi. J’évite le poncif  et la banalité. Je ne noierai jamais le poisson pour te leurrer. Je te demanderai par conséquent de n’avoir aucune suspicion ou arrière pensée. Tu es l’objet de mes pensées depuis notre première rencontre. Je me sens liée à toi.

      -  Je te crois Rahima. Tes pensées secrètes me séduisent. Moi aussi, je tiens à toi et je pense que c’est réciproque. Celui qui découvre plus délicieux que le miel, il n’a qu’à le laper (adage marocain). Tu es mielleuse.

          Elle ne dit mot mais afficha un sourire angélique. Elle appuya sur le bouton du poste radio. J’aimai son geste pour deux raisons. La première c’est que nous eûmes la même pensée. Une pensée siamoise. Et deuxièmement j’allai le faire. Elle me précéda pour presser le bouton et asseoir un air ambiant. Quel dessein avec elle ! C’était la chanson de Jacques Brel « Quand on a que l’amour». Elle accompagnait les paroles avec une voie mélodique telle Juliette Gréco. Nous langions une rocade, parfois je lâchai le volant quelques secondes pour l’applaudir et nous chantions ensemble d’une même voix.

    -  Jacques Brel est mon idole depuis ma tendre jeunesse dit-elle d’une voix de colibri.

       C’était l’émission club jazz d’Ali Hassan. Pour l’éducation musicale, il avait avec brio commenté la valse à mille temps. Sympathique et toujours de bonne humeur, il excella dans l’art   transitionnel. Nous appréciâmes de réentendre les chansons nostalgiques. Ce fut Amsterdam, Ces gens là, Vesoul, Mathilde et Jef. 

    -  Ali Hassan est le doyen des animateurs radio dit-elle. Il fut le premier à présenter Jacques Brel au Maroc.

     

    -   Oui en 1973, enchaînais-je. En tant qu'acteur il joua, en 1981, le rôle de chauffeur d’un camion dans le film «Le Grand Voyage ».

         L’émission continuait avec la belle chanson « Ne me quitte pas » et un lai d’amour nous embauma.

    -   Rahima ne me quitte pas, dis-je pour lui chanter la romance.

    - Je suis à toi pour toujours. Abdou, tel que le stipule la moudawana, il faut que tu prépares les papiers nécessaires pour l’acte de mariage. Une copie de l'acte de naissance, un certificat administratif et le certificat médical. Moi, j’ai l’acte de divorce.

     

        Au moment où elle disait cette recommandation, nous arrivâmes à la rue quatre vingt.

    - Demain, j’entame ces papiers administratifs. Bonne nuit et prends soins de toi.

      Je la saluai par une bise sur les joues, lui souhaitant une bonne nuit.

     

       Le  lendemain, dès potron-minet, je me levai pour me doucher. Après avoir pris mon petit-déjeuner Je rejoignis le bureau. Aux alentours de 10h30 un appel retentit. C’est Rahima au téléphone.

    -  Bonjour Abdou. J’espère que je ne te dérange pas. Je viens de recevoir un appel mon ex belle-fille, la sœur de Mimoune. Il est mort  hier nuit.

    -   Waili !  Que lui est-il arrivé ?

    -  Une crise cardiaque suite à une overdose d’alcool. Il était avec ses amis dans une orgie.

    -  Que Dieu ait son âme, dis-je. L’étoile filante d’hier nuit était un signe précurseur. Mes condoléances attristées Rahima.

    -   Merci, mais je ne sens aucune tristesse, car de son vivant, il ne connaissait point d’amour; hormis l’argent. Je savais hier quand il m’a téléphoné avec sa voix de rogomme, qu’il allait faire une gaffe.

     

       Pour moi, les dès ont roulé. Rahima sera mienne sans concurrence. 

     

  • Et compagnie (10 ème Episode)

     

          Je ne pouvais me rassasier de l’admirer. Mais je notai que nous étions les seuls encore attablés. Les autres clients quittèrent les lieux. Durant le dîner, nous nous n'aperçûmes guère de leur présence. Je fis signe au serveur d'apporter l’addition.

    -    Abdou, parle moi un peu de toi, veux-tu?

    -  Une fois dehors, il fait beau temps, une promenade à pieds nous sera bénéfique et je te parlerai de moi.

    -   Oui, tu as raison !

    - Je réglai la facture. Nous prîmes congé et remerciâmes les responsables de l’accueil et du dîner. Au sortir, la clochette accrochée à la porte tinta encore un drelindin-din. J’affichai un large sourire en disant à Rahima :

    -   Nous nous sommes bien tapés la cloche ma mie ?

    -   Pardon, je n’ai rien compris.

    -   Nous avons bien mangé. Un dîner gargantuesque.   

    -  Oui, un  repas copieux. Je croyais que tu parlais du carillon et des appels à la joie et à la félicité  avec un grand sourire.

         Dehors, il faisait bon. Un clair de lune éclairait la ruelle. Heureusement que Rahima et moi, n’étions nullement des amants de la lune. Présentement nous  sommes ensembles. Rahima est belle comme la nuit. Nous marchâmes comme deux tourtereaux. J’allais prendre sa main pour la guider, mais je renonçai à ce marivaudage. Mon surmoi, tel un gendarme me le défendit. Nous fîmes quelques pas dans un silence religieux.

    -  Abdou me dit-elle, en me montrant du doigt le ciel. Regarde l'étoile filante.

    -  Fais des vœux vers le paradis pour qu’ils soient exaucés..

    - Non, je n'y crois pas. Je ne suis pas superstitieuse non plus. Pour moi, une étoile filante c’est le décès d’un être humain.

    - Possible ! Mais je te déconseille de montrer une étoile filante ou la lune pour éviter à ton index le panaris. Les frais de la manucure sont onéreux ces jours-çi, dis-je pour la taquiner.

    -  Au restaurant, Abdou, tu m’as promis de parler de toi. Je suis curieuse de savoir.

    -  Soit ! Sache Rahima, que mon destin est un des plus modestes. Je suis issu d’une humble famille. Mon père à l’âge adulte, fuyant l’animosité  et la cruauté du caïd de Mejjat dans le souss, vint s’installer dans un petit village non loin de Rabat. Sa fuite ne fut pas une frousse ni une peur de travailler dans la "touiza", mais c'est une rébellion contre la cruauté et l'esclavage de cet homme. Il quitta sa ville Imintanout, laissant derrière lui ses parents, ses frères et sa sœur et les gens du village qui l’aimaient tendrement. Mon père aussi les aimait. Laborieux et dégourdi, il put trouver un travail chez un colon français. Il se maria avec une première femme. Elle était stérile. Il divorça d’elle, pour épouser ma mère. Mon père avait entre autres, un don de musicien, il jouait merveilleusement du guembri.

    -   Ne me dit pas un guembri tortue ? M’interrompit-elle souriante en pensant à notre première rencontre.

    -  Nenni ! Ni guembri tortue ni guembri fait-maison avec un bidon d’huile automobile, gloussais-je avec un semblable sourire.

        Ma narration se poursuivait parfois lors d’un arrêt devant une vitrine. Nous devisâmes quelques fois des produits en ouvrant des parenthèses inattendues dans la discussion. Les passants nous lorgnèrent et convoiter notre sage allure. Nous fîmes l’ignorant.

    - En l’espace de quelques années, il devint polyglotte continuai-je mon récit. Il apprit le dialecte Zemmouri (chelha régionale), le français et aussi l’espagnol. Je fus le plus choyé de mes frères. Tout petit je me permettais de parler le français avec mon père. Il aimait que je lui parlasse dans cette langue. Il était content que sa progéniture excellât dans ce langage. Il faut dire aussi que j’ai fréquenté la medersa. Il fut intransigeant pour que tous ses enfants aillent à l’école. Il nous défendait de l’aider dans ses travaux. Les grandes vacances, nous l’aidâmes tant faire se peut.

        Mon père nous disait, l’avenir c’est le savoir. L’école est la clé d’or pour ouvrir la porte de l’avenir. Mais gardez vous mes enfants de travailler avec le makhzen ou de vous engager dans l’armée. Evitez les arrivistes. Soyez agiles au feu et à la mer ! Ses conseils influèrent sur le surmoi de chacun de nous. Ma mère est une grande dame. Elle tint à aider mon père. Elle se contenta du peu de ressources. Elle était heureuse de mener sa vie en veillant sur nous et en nous protégeant. Nous vivions dans le besoin, mais nous demeurions dans la légitimité.

     

    A suivre.../.

     

  • Et compagnie (9 ème Episode)

          Au moment où, elle termina ces paroles, son portable sonna. Elle le prit et lit l’appelant en faisant une grimace. Elle changea de teint. Je sus qu’elle avait une colère facile et flamboyante. En gesticulant, les deux fins bracelets d’or de son bras droit s’entrechoquèrent et résonnèrent. Elle prit son verre à pied d’eau et bu à petites lampées.

     -  Que veux-tu encore ?  Gronda-t-elle. C’est fini entre nous et ne m’appelle plus. Je ne veux plus te voir. Je veux plus te souffrir. Adieu !

        Elle décrocha le portable, l’éteignant et le jetant dans son sac en déclamant une tirade de mécontentement.

    -  Excuse-moi Abdou, pour cet emportement. Aviné et saoul, il s’excusait de la scène de tout à l’heure. Les dépenses excessives des bacchanales vont l’abîmer. Il est devenu ivrogne, s’il m’était permis, je lui accorderai une couronne de pampre.

    -  Ce n’est grave, dis-je. Ce n’est point la peine d’alambiquer ton esprit inutilement pour un homme qui délaisse sa moitié pour un demi. L’abus du vin le conduira à la bière !

        En mon for intérieur, je fus ravi qu’elle le fasse. Elle m'a touché par l'abandon qu'elle mit dans ses confidences. Elle est belle et charmante et encore intacte. Elle a une bonne situation. C’est la femme tant désirée.

         Le serveur nous rejoignit pour le choix du dessert. Je demandai mocho chocolat qu’elle aimait et le gingembre confis pour moi.

    -  Où étions nous ? dit-elle, en me tirant de ma léthargie.

    -  Là, où tu ne parlais que bilingue.

    - Non, avant je parlai de la Sadaqa (repas de charité). Après cela mon père et ses acolytes du village, établirent leur document de voyage et regagnèrent la France. Parmi ses compagnons, il y a celui qui fit copier-coller.

    -   Ah monsieur fac-similé! 

    -  Bref mon père revint en congé, l’année suivante. En renouvelant son contrat de travail, il demanda le regroupement de famille comme le firent ses camarades. Ainsi, mon frère, ma sœur et moi, nous partîmes avec ma mère rejoindre mon père. Je fis ma scolarité primaire, secondaire à Lille. Après le baccalauréat, je pus m’inscrire à l’IUT dans la même ville. J’eus le diplôme universitaire de technologie (DUT), spécialité Gestion de la Communication Publique. Je ne me sentais pas bien, dans ce coin. Le froid rigoureux et la discrimination me rendirent malade. Les puits de charbon fermèrent les uns après les autres en 1985. Le plan social de fermeture des mines, des préretraites et reconversions furent offertes aux mineurs. Et ceux qui souhaitent repartir au Maroc peuvent bénéficier d’une aide au retour. Mon père en bonne santé saisit cette opportunité. Nous regagnâmes le pays. Il faut dire que de nombreux Marocains revinrent au pays sourds et silicosés.

     

        Elle s’arrêta de parler, en voyant le serveur poser le dessert sur la table. Une pause pour qu’elle reprenne le souffle. Un moment d’arrêt dans cette soirée imprégnée de sa douceur. Elle goûta le mocho chocolat. Elle le délecta avec plaisir. Elle se pourlécha les lèvres et passait sa langue sur les lèvres fines maquillées. C’est exquis, susurra-t-elle.Un sourire d’aise s’afficha sur ses babines. Je souris de connivence. Pendant ce silence, je fus suspendu à ses lèvres. Sans la quitter des yeux,  j’entamai mon dessert sans desserrer les dents.    

     

    -  De retour au douar devenu une ville prospère, grâce aux investissements des émigrés, reprit-elle, mon père m’aida à installer un fond de commerce. Un jour, le fac-similé vint demander ma main pour son fils cadet, Sdi mimoune, ainsi le chérissait-il. Comme il était le grand ami de mon père, j’acceptai ce mariage qui ne dura que deux ans.

     

    - Quelle étrangeté du destin ! Deux années de lune de fiel. Rahima. Le système de sélection mis en place par Mora fut bien rodé pour recruter les mineurs marocains. Si j’étais ce monsieur, je devais choisir une belle femme, charmante et sociable. Qui a une dentition blanche éclatante et bien alignée. Qui a un long cou, une abondante chevelure noire. Une séduisante aux yeux châtains et la poitrine mahousse. Une ravissante à la belle stature. Le Mora ci-devant veut rompre le contrat de deux mois qui le liait avec toi. Je le rejette et le refuse.

     

         Elle rougit. Elle fut la proie d’une frayeur qui émut son esprit. Elle fut saisie d’une crainte qui corrompit le plaisir de cette soirée. Un lourd silence stagna.

    -   Où veux-tu en venir  Abdou? dit-elle la voix mouillée.

     

       Elle n’a pas saisi la portée de mes dires. Ces mots troublèrent ses sens. Cependant, Rahima troubla mon cœur.

     

    - Si Mora recruta des travailleurs, je propose à Rahima que nous travaillons ensemble la main dans la main pour construire ensemble notre avenir et fonder un nid douillet. Je t’offre mon nom si tu le consens.

    - Tu m’as fais peur Wallah, cria-t-elle, en lâchant un ouf de soulagement. Avec plaisir, Je veux être ta complice. Moi aussi, avec toi, j’ai cette chance de trouver la pie au nid continua-t-elle. Elle rapprocha son visage, esquissa un petit sourire en croisant mon regard et me récita trois vers de Raymond Sebond, dit-elle :

    C’est ainsi que dans leur file brune.

    Les fourmis se touchent l’une l’autre du museau.

    Peut-être pour savoir leur voie et leur fortune.

     

    A suivre. /….

  • Et compagnie (7 ème Episode)

     

    -         Que choisissez vous madame ? dit le serveur, en tenant un pense bête à la main.

    -         Mon homme va me choisir le menu, lui dit-elle timidement.

    -    Nous voudrions du sukiyai, dis-je. Je pense que c’est un plat qui se mange à deux. Apportez nous aussi un okonomiyaki, cette crêpe contenant des ingrédients,  nouille,  choux et lard et enfin une bouteille d’eau minérale.

    -    Soit ! C’est noté, répondit-il avec un léger sourire en allant à la cuisine pour lancer la commande. Il sut que je suis un habitué de la gastronomie japonaise de par ma commande.

    -    Abdou, ce plat nous suffira largement. Pourquoi la crêpe et ce gâchis ?

    -    Bonne question, dis-je avec un sourire épanoui. Pourquoi j’ai opté pour ce matefaim, sache qu’okonomi veut dire ‘’ce que vous aimez’’, et yaki c’est cuit. Yaki ? (En dialecte marocain : Tu comprends ?). Il n’y a point de gâchis,  tu es mon invitée ce soir.

    -         Tu me surprends de nouveau Abdou. 

    -         Comment de nouveau ? dis-je l’apostrophant.

    -    Tout à l’heure à la maison, tu m’as parlé des fleurs d’oranger et de la virginité. Sincèrement, c’est une chose que j’ignorais. Mais que font nos concitoyennes pour signifier cela ?

    -         Euh ! dis-je hésitant.

         Elle parlait doucement, de temps à autre, les yeux révulsés retournés vers le haut. Un beau regard blanc. Je bégayai dans mes idées, ne sachant quoi dire. Pour fuir son regard ; j’eus le reflexe de scruter la salle. Il y avait un fanion sur le buffet. C’eût été dru de répondre, mais j’eus l’idée et l’issue échappatoire.

    -    Eh ben nos compatriotes, hissent le drapeau Nippon ! Dis-je la voix amusée.

    -         Méchant ! Me dit-elle le visage radieux.

    -    Rahima, je ne place pas la feuille de vigne dans mes propos comme font les hypocrites. J’use le franc-parler sans détours.

    -    Je le sais. Je te taquine pour te provoquer. Ne me laisse pas te dire, que j’apprécie fortement ton intelligence. J’abhorre les gars naïfs.  

          Le serveur apporta notre commande. Il déposa huit petites assiettes et un plat garni de la crêpe. Je lui dis merci pour le service en ajoutant.

    -         Monsieur, apportez nous deux baguettes pour manger le riz.

    -         Ah ! dit-il en s’exécutant. j’ai oublié les baguettes, murmura-t-il.

    -         Waili ! me dit-elle. Tu manges le riz avec le pain ?        

          Au moment où j’allais répondre à son interrogation, le serveur amena les baguettes de bois que l’on utilise pour manger le riz. Rubiconde de timidité, elle ne dit mot. Je voyais qu’elle riait sous cape. Je servis madame, la première et lui souhaitais un bon appétit. Elle trouva une difficulté à manier les baguettes. Je l’initiais en lui demandant de tenir ferme les deux baguettes comme un crayon. Je lui fis une leçon sur l’origine de la baguette. Son usage améliore la mémoire et que dans le temps, les baguettes en argent devenaient noires au contact avec la nourriture empoisonnée. 

    -         Peux-je faire une réflexion ? lança –t-elle.

    -         Bien sûr que oui. Tu as toute la latitude pour le faire.

    -    En entendant deux baguettes, crédule que je suis, j’ai pensé aux parisiennes.

    -   C’est vraiment drôle. Les autochtones disent le pain ou koumire. Toi tu l’appelles parisienne.

    -         Abdou, le moment est venu de te parler un peu de moi.

    -         Je suis toute ouie, Rahima. Racontes-y.

    -    J’ai quitté le Maroc à l’âge de trois ans, pour aller vivre avec mes parents en France.

    -         Comment cela ? Tu sais, je savais que j’étais devant une femme émancipée. 

    -    Bref, je vais te raconter cette aventure depuis le début, ajouta-t-elle. Mes aïeuls vivaient dans un village, non loin de Tafraout. Feu mon père était pâtre. Il gardait le petit troupeau de ses parents. Un jour une brebis mit bas un agnelet invalide. Ayant pitié de lui, mon père le portait chaque jour sur ses épaules pour brouter à côté de sa mère.  De jour en jour, l’agnelet devint agneau puis bélier. Mon père qui était chétif, à force de l’épauler, fortifiait son corps et devenait costaud.

            A cette époque, poursuit-elle, le protectorat français qui n’a trouvé aucune difficulté à s’installer dans le nord du Maroc, ne put le faire dans le sud. La région du Souss, lui était difficile vu la densité des montagnes rocheuses et surtout, la rébellion des jeunes Soussis qui étaient contre cette colonisation. Non seulement, ils refusaient la soumission mais ils étaient aussi contre l’évangélisation des berbères. Le Souss est le fief de l’Islam. Aucun renégat, n’a été décelé au sein des aborigènes depuis qu’ils ont embrassé cette religion.      

    A suivre./...

     

     

  • Et compagnie (6 ème Episode)

     

            

    -      Allons-y ! Répliquai-je vivement, en me levant.

          Au volant, je remarquai que je conduisais comme un blanc-bec. Sa présence à mes côtés m’influençait. J’allumai la radio, pour rompre le silence. Drôle de coïncidence, c’était une émission consacrée à l’insécurité routière.  Je cherchais une autre station musicale. Une chanson romantique était programmée, « I will always love you  » (Je t'aimerai toujours) de Whitney Houston. Rahima, fredonna sans anicroche les paroles de la chanson. Enfin, elle parla. Il était presque 19h 30, l’heure de l’appel du muezzin pour la prière Al maghreb, le coucher du soleil et au moment où l’astre à mes côtés se réveillait en gazouillant. Un coucher acronyque, pensai- je.

          Remis en confiance, je pus tenir impeccablement la direction, en   l’emmenant sûrement à bon port. Arrivés devant le restaurant, je garai la ‘’ fiesta’’ au parking et gagnâmes l’entrée.   

          Je l’ai précédée pour lui ouvrir l’accès. Le son du carillon accroché en   haut de la porte, annonça notre arrivée. Je sus que le bruit de cette clochette l’enthousiasma. Ebahie, elle écarquilla ses yeux. 

      -  Madame, dis-je. Les sons harmonieux et amicaux d’un     gong ou d’un carillon sont des appels à la joie et à la félicité. Je pus de nouveau lui voler un sourire. 

          Le maître d’hôtel vint à notre rencontre, nous souhaitant la bienvenue.

      -  Welcom, please folow me. 

          Continuellement, la même chaleur de l’accueil. Nous le suivîmes. A l’entrée d’une grande salle, un employé était en faction. D’un clin d’œil bien appuyé, il scruta nos chaussures, et nous pria de les quitter en nous remettant des tongs en bois. En entrant dans la grande salle tapissée, je fis le salut o-jigi au tatami. Rahima, se mit à rire en me voyant l’exécuter. Je ne pus lui dire ma réflexion. Ce dîner sera notre premier beau duel. Une lampe « tokio » éclairait lumineusement un beau paravent à quatre pans, représentant la promenade de Geisha. Des lampes boules en papier multicolore suspendu, guirlandaient le plafond.  Un vase de fleurs bouvardia, ornait des tables basses en pin. Une musique traditionnelle japonaise égayait la salle. Le préposé nous pria de choisir une table. 

       Nous choisîmes une place discrète près du paravent. Un serveur vint nous apporter le menu et des serviettes chaudes pour essuyer les mains. Nous voilà en un laps de temps dans le pays du soleil levant. La carte du menu consistait :   

    -    Okonomiyaki : Un genre de crêpe salée contenant une variété d’ingrédients    (nouille, choux, lard.) 

    -    Okonomi signifie littéralement ce que vous aimez, et yaki grillé. 

    -    Sushi : Tranche de poisson cru mis sur une boulette de riz vinaigré.

    -    Sukiyaki : 1 émincé de bœuf, il a meilleur goût si les tranches de viande sont très minces. Une poignée de nouilles shirataki cuites ou des nouilles simples cuites. 8 champignons shiitake ou champignons de Paris.1 botte de champignons enoki. 0ignon moyen. 1 / 2 chou chinois et 1 yaki-dofu (lait de soja).

                       A suivre ....         

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Et compagnie (5 ème Episode)

        

     

    -    Bien le bonjour monsieur, dis-je aimablement, pour dessiller son regard.

        Rahima demanda la permission de disposer, pour aller préparer le thé, regagna      la cuisine ; nous laissant seuls en tête à tête.

    -   Rahima m’a parlé de toi et n’a cessé de louer et de relater ton généreux     concours, me lança-t-il.

    -  De grâce Si Mimoune, c’est avec grand plaisir, rétorquai-je sèchement.

          Je pensais à son mot « louer ». Mais c’est moi qui dois « louer »  mes services pour sauvegarder ce ménage, ou faut-il louer l’accueil qu’il me fit. Me prend-il pour un butor ? Si j’acceptai ce jeu, ce n’est pas que je fusse un cagot, un arriviste ou un profiteur. Un silence succéda au silence. Je ne pus aborder la relance de la discussion. Bavarder à la manière d’une caillette, ne m’a jamais tenté. Je me dis souvent que le silence vaut de l’or et je laissai à mon commensal le droit de prendre la parole, puisque lui et moi sommes des invités.  

           Il faisait chaud dans le salon. Le climatiseur sans doute, ne pouvait assainir  une fraicheur ambiante. Je le vis tantôt prendre un kleenex pour essuyer la sueur de son front, tantôt tourmenter ses chaussettes et tantôt se gratter la tête. Je devinais son embarras. Rahima revint souriante apportant un superbe plateau en argent et la théière  en inox flamboyante.

    -  Mais pourquoi ce long silence, balbutia-t-elle. En principe, le salon est fait pour converser et deviser continua-t-elle.

     -  Nous attendions le rituel et cérémonial  verre de thé, pour parler, dit Mimoune. Hier je n’ai fermé l’œil de la nuit. Une lombalgie douloureuse me fit souffrir.

    -  Un tour de rein sans doute, dis-je. C’est facile de remédier ce mal. Tu prends une gousse d’ail. Tu l’incises. L’entaille doit être en longueur. Tu l’imbibes d’huile d’olive pour en faire un suppositoire, avant de te coucher.

    -  Non Mimoune ! répliqua Rahima, l’air sournois. C’est l’abus du vin qui menace l’affection rénale. Tu es devenu soiffard ces derniers temps !

    -  Arrêtes veux-tu !hurla-t-il. Tu m’agaces avec  tes moqueries continuelles.  C’est toi qui m’as mis dans tous ces états. Il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Tu ne cesses de me chanter goguettes.  

          Fort irascible, coléreux, de go il quitta le salon sans saluer. La colère le fit rougir. Au sortir, il  claqua fort la porte derrière lui. Rahima et moi restés seuls, nous nous regardâmes surpris. Rassurée de son départ en jetant la vue à travers la fenêtre sur la ruelle. Sereine, elle me dit :

    -  Abdou ne t’inquiète pas. Qu’il aille au diable.

    -  Je me demande pourquoi Mimoune, prend-il la tangente. Tu n’as rien dit de mal. Pourquoi ces balivernes ?

    -  Abdou, l’heure est venue de te dire toute la vérité. J’ai menti en te racontant une version inexacte. Je ne veux nullement m’enfoncer dans le mensonge.

    -  Je suis toute ouïe, dis-je primesautier. 

    -  La sexualité joue un rôle important dans la vie d’un couple. Et être mariée à un homme impuissant est un grand problème.

    -    Oui, l’impuissance sexuelle et disfonctionnement érectile touchent bons nombres d’homme. Mais, je pense que le traitement existe. (J’appréhendai qu’elle parle de Mimoune)

    -   Abdou, cela fait deux ans que nous sommes mariés, et je suis vierge.

    -    Je pensais que tu es lionne, dis-je l’air naïf.

    -    Son pivot naturel est en panne, ajouta-t-elle avec un sourire. J’ai fait tant d’efforts pour qu’il puisse me dévirginer et me féminiser, mais walou(Rien) !

    -    Waili ! (Bah !) dis-je, étonné ! Ce n’est pas possible! Je ne comprends plus rien. Donc l’histoire de géhenne, de boutades, de jalouseté que tu m’as raconté le premier jour, n’était que des simulations. Je m’y perds dans tout cela. Tout ce que tu m’as avancé, n’est que galimatias !

     -    Non, répliqua-t-elle. Mais c’était un mensonge transparent. Je ne suis pas entrain de dorer la pilule pour te convaincre. J’ai souffert en silence. J’ai trente trois ans. Maintes fois, la nuit j’entendais le bruitage du grincement du lit des voisins de l’étage en haut, lors de la lutte des corps et du commerce conjugal. Un frémissement parcourait mon corps, et je me sentais toute agitée. J’étouffais. Je suffoquais. Je haïssais mon sort. Je me disais en mon for-intérieur « Farhathoum » (Ils sont comblés).

        Durant sa narration, j’eus une soudaine absence d’esprit en pensant à Clélie, l’histoire romaine. Clélie et Sulpicie, jeunes amants doivent célébrer leur noce lorsqu’un tremblement de terre les sépare. Mais ce  « tremblement de terre » entre Rahima et Mimoune est d’une autre envergure.

    -   Je devine ta désolation « Mademoiselle». Il faut que je t’offre des fleurs d’oranger, dis-je l’air enjoué.

    -    Pourquoi les fleurs d’oranger ? rétorqua-t-elle stupéfaite.

    -    Des fleurs blanches qu’une fille porte sur la tête le jour de son mariage, pour dire à tout le monde qu’elle est encore pucelle, dis-je affectueusement.

    -   Merci Abdou ! Sais-tu aussi, que parfois dans mon désarroi, je laissais la fenêtre ouverte en espérant qu’un rôdeur, vienne me violer. La stupidité du manque. Des fois dans la ruelle, je regarde avec soupirs et jalousie les chatons qui suivent nonchalamment leur maman. Tant de fois, je vivais et subissais ce qu’a écrit Karine glorieux : Mademoiselle de Tuillerie dissimule sa tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire à elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui peut dire : j’aurais été une bonne mère » C’est atroce de vivre ainsi. J’aspire à procréer et avoir des bébés roses à la maison.

     -   Il n’est jamais trop tard Rahima, tu es encore jeune, dis-je pour la rassurer.

     -   Abdou le premier jour où je t’ai vu, j’ai remarqué tes larges épaules et la sveltesse de ton allure. En te regardant de près, je sus que tu es bien né et que tu as un grand nez. Ta virilité est apparente.

     -   Compliment touchant m’allant droit au cœur. Tu sais que notre Prophète Mohammed, que le salut soit sur lui a dit «un homme demande à un autre homme d’épouser sa femme puis ensuite de la répudier pour la récupérer. Ces deux hommes sont maudits » Je n’étais pas chaud pour jouer le jeu. Je ne suis pas riche. Je n’ai de biens.

    -   Je ne veux pas de richesses, ni de biens. Je veux seulement un géniteur, affirme- t- elle.

    -   C’est la seule et l’unique qualité que je possède. Veux-tu me prendre pour époux ? Dis-je sereinement. Tu procréeras Inchae Allah !

    -   Avec plaisir, dit-elle réjouie. Je veux bien gouter ton miel et que toi aussi, tu goutes mon miel.

    -   Rahima, j’ai une proposition à te faire, lui dis-je.

          Je notai qu’elle fut préoccupée, en entendant cela. Elle se demanda au fond d’elle-même ce que j’allais dire.

    -    Oui, réagit-elle, le regard soucieux.

    -   Nous passâmes les trois, une heure d’horloge pleine de convulsions et de crispations. Je propose que nous dînions dans un restaurant. Que penses-tu d’aller au Nippon sushi, le restaurant japonais ?

    -   Je ne vois pas d’inconvénient, soupira-t-elle d’aise. Une occasion  de nous présenter sincèrement l’un à l’autre.  A mesure que  nous nous connaitrons, de plus en plus nous assiérons  les bases de notre vie commune et de plus en plus nous éviterons les contrariétés.

    -   Charmé d’accepter mon invitation. L’ordre du  jour et les sujets à   débattre seront utiles.

    -  Ah Nippon sushi, dit-elle souriante. Je n’ai jamais goûté à la gastronomie japonaise. La coutume nippone de quitter ses chaussures pour enfiler des chaussons prêtés par le restaurant afin de  se mettre à table, est pour moi  chose extatique. Accordes moi, cinq minutes pour me changer et me préparer.

            Elle se rendit dans sa chambre à coucher. En cherchant dans sa garde-robe, elle chantonnait la chanson «  fog ghosnek ya limouna » (sur ta branche ô l’oranger !) de Farid El Atrache. Je me suis dit que maille à maille fait-on le haubergeon. J’approchai de mon but. Je voudrai être à la hauteur de ses espérances. Elle mérite une vie meilleure, et mon rôle est d’être à ses côtés en ces moments difficiles. Je voudrai qu’elle retrouve sa joie et son sourire. Mon humble expérience de la vie, lui sera d’une grande utilité. Tout de même, sa façon et sa manière de servir, restent pour moi une énigme.

            L’attente ne fut pas longue. Elle me rejoignit au salon. Elle portait une robe de soirée bustier. Un sublime habit de couleur noir à petites rayures blanches. La robe moulait sa belle silhouette. La belle peau des épaules nues, la chevelure longue en chignon de banane, reflétèrent sa magnificence. Je me dis, Abdou, lève hautement ta tête, tu es bien pris !

    -    Me voilà Abdou, me dit-elle, pleine de coquetterie.

     

     

     

  • Nuit à Marrakech

     

    Elle se surnomme Magi,l’énigme Majida.

     

    Son allure m’excita.Son amour me guida.

     

    Ce nom ne comporte-t-il pas la magie ?

     

    Elle sublime. Je rime cette anthologie !

     

    Si, son nom glorifie, aussi il magnifie.

     

    Son amour fait de moi un vrai Soufi !

     

    L’horoscope dit qu’elle aime l’amour.

     

    Majida, l’adore épicé de l’humour.

     

    Passer une heure avec elle est délice.

     

    Embaumé, j’oublie que je suis complice.

     

    Elle « m’émajida » par charme magique.

     

    Mot doux, élégant puisé du prélogique.

     

    La taquinant, j’appelle ô ma Majda !

     

    Heureuse, jamais elle ne me bouda !

     

    Onze, lit-on, est son chiffre actif.

     

    Nenni ! Son caractère est attractif.

     

     

     

    Salé, le 22 Avril 2012.

     

     

     


  • Fête du sacrifice.

                                                

    Un tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras :

    L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.  La Fontaine

     

                   Milouda est une mégère et acariâtre femme. Elle effarouchait toutes ses voisines de la rue du Paradis où elle vint d’y résider, il y a juste  neuf mois. Elles ne pouvaient la souffrir. Les enfants la détestaient et évitaient de fréquenter sa progéniture. Ils la craignaient .Ils  redoutaient ses réactions parfois odieuses. La commère observait jour et nuit les allées et venues de ses voisins. Rien ne lui échappait. Elle trouvait du plaisir à rester clouée devant la fenêtre, pour épier  les passants. Maintes fois, elle augmentait le volume de sa chaine. Elle élevait le son  à quarante décibels. Continuellement, notamment le matin, sa chanson préférée était « Dour biha achibani » (Entretient la, Ô vieillard !).  Les vieux et hommes mariés sur le tard boudaient le vacarme, la chanson et le thème.    

                    A l’approche de la date fatidique du 10 Dulhijja, jour de la fête du sacrifice, elle était à la fenêtre .Elle vit entrer à la maison contiguë M’barek, homme de couleur respecté par ses prochains. Il portait un agnelet sur ses épaules. Ses petits enfants le harcelaient depuis trois jours. Ils lui demandaient chaque fois, quand apporteras-tu le mouton papa ? Au moment  de franchir le seuil de sa maison, elle eut l’idée de le taquiner à haute voix.

          -       Mbarek al hawli ! lui lançât-elle.

    « Mes vœux pour l’achat du mouton ». Par euphémisme en dialecte marocain  «  M ‘barek le mouton ». Instinctivement, M‘barek rétorqua :

          -       Milouda, la salope !

            Cette réplique toucha en plein fouet Milouda. Elle afficha un jaune sourire avec méchanceté. Malgré cette boutade, elle ne devint rubiconde, mais rougeaude de colère.

             Le matin, Abqader, le conjoint de Milouda, lui a fait savoir que son patron a octroyé une aide substantielle aux employés de la société, pour l’acquisition du mouton. Il ira ce matin, au souk  du mouton du quartier Sidi Moussa. Ce marché est moins fréquenté par les intermédiaires et les  chennaqa (spéculateurs), lui dit-elle.

             Ainsi, dans sa position quotidienne naturelle, elle attendait le retour de son mari avec son emplette. Le temps languissait. Elle espérait et rêver qu’il lui apportât un bélier, que toutes ses voisines envieront. Cette scène est habituelle chez les parvenant.  Choufouni «  m’as-tu vu » est chose courante pour jalouser les jouxtant. En effet Abqader après avoir demandé une autorisation spéciale, a regagné sur sa Mobylette le souk.

            C’était 11h du matin. Il laissa sa motocyclette chez le gardien et entra dans le souk .Ce dernier est plein à craquer. Des  hangars, rangés et bâchés  ont été installés. Il y avait des vendeurs  d’ovins, des gargotiers, des fouaciers qui vendaient du pain complet, de tourte et orge. Des enfants et jeunes adultes  assaillaient les passants on offrant des cordes à deux dirhams. D’aucuns vendaient des verres de Café préparé dans des bouilloires attachés à un barbecue marocain. Le café embaumé par l’odeur de la poussière, laissait dégager un lourd parfum. Aussi les verres de thé étaient servis avec des beignets du marchand mitoyen. Les voitures, triporteurs faisaient un strident bruit. Un tintamarre qui agresse mêmement l’ouïe. L’agglomérat des ces parfums ressemblait à l’odeur d’un port asiatique. Le soleil luit, était africain. Un soleil  d’eau qui, comme l’espèrent ces éleveurs d’ovins, va bientôt  pleuvoir à verse. Leur richesse, c’est la pluie. Les gens en bousculade se frayaient le passage avec  gêne. Un gué propice pour les voleurs à la tire et les pickpockets. Agile, Abqader regardait ces images défiant le tout. Mais il était pressé d’acheter le mouton  et veillait sur son bien en poche. En scrutant les allées, il a fumé presque trois cigarettes sans compter une demandée par un visiteur, qu’il lui donna avec le sourire.

            Enfin, il arriva au dernier hangar. Des moutons de race sardi  de Timahdite y sont exposés. Il entre parmi le troupeau. Il Tâta avec le pan de sa main le dos d’un sardi, pour voir s’il est engraissé. Il ouvrit le museau pour ausculter la dentition, il vit qu'il a deux ans (thney, le plus de trois ans est banni). Il constata que ses deux lobes de l'oreille sont arrondis. Il pressa la queue. Abqader est devenu vétérinaire occasionnel  et fqih .Le mouton est halal est apte à être sacrifié, se dit-il au fond de lui même.  Il prit des deux mains l’ovin par le ventre, le hissa légèrement et le laissant tomber comme un chat sur ses quatre pieds. Presque vingt kilo, constata-t-il. Il demanda le prix à l’éleveur qui tenait à la main n tribard, sorte bâton pastoral en bois de cornier ,qu’il maniait comme un maréchal.

          -       Mille huit cent dirhams, dit-il.

          -       Ton dernier prix ?   demanda Abqader.

          -      C’est le prix fixe. J’ai investi dans ce troupeau ces derniers jours. Le prix de l’orge, du fourrage, le transport de l’oriental ont augmentés. Je n’utilise pas de chmandar (pulpe de betterave) pour les alimenter.

          -        Je le prends à Mille cinq cent, ca te va? dit-il l'air dandin

          -        Non. Mes prix sont étudiés et attractifs !

         -       Oui un prix fou ! En ce montant, je pense que tu n’as pas l’intention de  les vendre. Ne crois pas que nous trouvons l’argent, jeté dans la rue.

         -        Monsieur, je n’ai pas besoin de ces remarques.  S’ils ne sont pas vendus, je les retourne chez moi. Les chevillards feront l’affaire après l’Aid. C’est à la tête des clients. Vous les citadins, vous êtes près de vos sous.Vous n'êtes chiches pour les achats inutiles. Si c’était un bijou capricieux pour un gorgerin, vous déboursez sans mot dire. Au fait les urbains subissent l’ascendance de leur femme.

             Ce cours magistral d’un campagnard dérouta Abqader. En son for intérieur, il lui donnait raison. Mais il ne pouvait faire réplique songeait-il. C’est au dessus de sa bourse.

         -       Eh ben! garde les et garde ton commentaire aussi, rétorqua-t-il et quitta le hangar.

            Il rebroussa chemin en empruntant l’allée du milieu. Son attention est attirée par des badauds attroupés autour d’un vendeur. Il s’y approcha et constata que c’était des moutons de race beldi. Il se faufila parmi  eux et choisit un ovidé. Il l’ausculta comme le précédent et demanda le prix.

          -      Mille cinq cent dirhams, répond l’éleveur.

         -       J’offre mille trois cent et je suis large, dit Abqader en hésitant de timidité.

         -      Tu as l’air  d’un gars béni et de bonne souche. Je te déduis 100 Dh. Et c’est une bonne affaire.

         -       Merci pour ta générosité. Soit encore souple. Feu mon père m’a conseillé de marchander.

         -     Allez prends le, lui dit-il avec un large sourire.  Il se demanda s’il était dupe. Il tira son porte feuille de la poche intérieure de sa veste, après l’avoir déboutonnée. Il lui compta son dû rubis sur ongle. Le vendeur content, tapa dans la main de l’acheteur le congratulant, tels  deux tennismans après le dernier set en lui disant :

         -       Mbarek al hawli 

             Abqader le remercia. Il appela un garçon vendeur des ficelles. Il paya la cordelette qu’il noua sur les cornes et héla un homme au triporteur. Il marchanda le transport. Ils se mettent d’accord sur le prix, monta à coté du conducteur le priant de passer chez le gardien de bicyclettes pour prendre sa moto.

                 Le trajet ne fut pas long. Abqader dirigeait le triporteur. Ils regagnèrent, rue du paradis. Ils s’arrêtèrent devant le domicile, firent descendre le mouton. Au moment où Abqader payait le convoyeur, une camionnette se gara. Samira, l’ennemie jurée de Milouda, emmener à son tour son sacrifice. Les deux moutons pieds à terre. Celui de Samira est un pure sardi, principale race ovine marocaine. De grande taille la tête dégarnie, de couleur  blanche comme la neige avec des tâches noires autour des yeux, du museau et des oreilles. Samira l’avait acheté il y a quatre mois et l’a laissé chez ses parents à bouzniqa. Elle avait financé l’achat de l’alimentation. Milouda ignorait cet investissement ! Samira en regardant l’autre mouton, a souri l’air moqueur par folâtrerie. Elle fit semblant de ne voir sa rivale, vautrée  au soupirail. Elle voulait lancer un youyou de bonheur afin d’enquiquiner la mégère. Elle s’obstina de le faire par respect à Abqader pour ne point le blesser.

                   Milouda était en ce moment à la fenêtre. Elle vit l’énorme différence entre les deux béliers.  Une colère bleue la gagna. Ses rêveries s’estampèrent. Elle sera la risée de la rue du paradis durant toute l’année et subira la moquerie de son entourage. Elle en voulait à son mari. Elle quitta nerveusement son observation statique. Elle voulait pleurer ce jour de colère. Elle refusa d’aller à la rencontre des arrivés.

                 Abqader, sentit le drame en entrant à la maison.  Il attacha le nouveau venu à un pilier, alla se laver les mains et changer ses habits parfumés à l’odeur forte du bétail. En terminant sa toilette, il se demanda où est sa femme.

          -       Femme où es-tu ? dit il, l’air interrogatif.

               Un silence écrasant succède au silence de son épouse. Il alla la chercher dans la cuisine, dans le salon, Elle n’y était pas. Il l’a trouva  allongée au lit dans la chambre des enfants.

        -      Où est le problème ? L’apostropha-t-il. Les béliers sont onéreux cette année, continua-t-il. Ma bourse est plate, elle n’est nullement ronde. Contentons nous de cet acquis, Dieu est grand ! Ce n’est pas notre dernière fête me semble-t-il !

         -       Non à Sidi, répliqua-t-elle, l’air orageux. Il fallait opter pour un grand sardi comme font les Hommes. Débrouilles toi ! Si tu n’as pas de liquidité, les sociétés de crédit à la consommation offrent des promotions à l'occasion de l’Aïd Al-Adha. De différentes formules  de crédit «gratuit» de 3 000 dirhams, sont proposées pour des échéances de remboursement pouvant aller de 6 à 10 mois.

         -      Sidi Ouasidek Rassoulou Allah. Oui, j’ai entendu cette publicité mensongère. Rein que le dossier coûte plus que l’intérêt habituel pour une année.

         -      Je ne veux pas de ce « chat » dit-elle! Tu aurais dû acheter un bouc, moins nocif pour le cholestérol et le sucre que tu m’as fait monter en achetant ce minet.   

         -    Nous n’allons pas nous chamailler ces jours de fête. Je n’y peux rien. Je regagne mon travail, dit-il en sortant.

             Milouda est restée exaspérée, clouée, elle cessait de vivre. Elle songeât, pensa un moment et prit son portable. Elle appela son amie.

         -      Bien le bonjour Fatima, as-tu acheté l’Aid ou pas encore ? demanda –telle.

         -     Le bonjour te va Milouda. Non pas encore, réfuta Fatima! Le « crétin » m’a laissé l’argent et m’a chargé d’aller l’acheter. As-tu vu une femme le faire ?

         -  Mon bougre a acheté un à mille trois cent dirhams, que je ne veux pas, objecta-telle. Il ne suffira pas pour nous.  Nous sommes nombreux. Je pense acheter un sardi et vu que vous n’êtes que deux, je pense qu’il fera ton affaire. Tu m’es chère, je te le laisse à mille dirhams.

         -      Soit ! J’arrive dans 15 mn le prendre. Je serais gagnante avec mon homme, pensait Fatima.

           Fatima enfila sa chic djellaba serrée. Passa devant le miroir. Démêla  légèrement ses cheveux frisés, s’aspergeât du parfum Anaïs Anaïs de Cacharel, prit son sac à main et quitta l’appartement. Dix minutes après, elle sonnait à la porte rue du paradis. Les deux commères exécutèrent leur marché. Assurée d’avoir fait une belle acquisition, elle quitta le lieu, heureuse et contente. Elle demandera à son « crétin » de débourser trois cent dirhams de plus, somme allouée pour l’achat du sacrifice.

               Milouda, débarrassée de ce « chat », retourna dans la chambre des enfants. Elle chercha un oreiller sur le lit de son benjamin. Elle quêtait sa tire lire, où elle thésaurisait des sommes à l’insu de son époux. De l’argent piqué lors des achats, chargés par son mari. Une voleuse telle une pie. Elle prit l’argent enfoui, et passa à la chambre à coucher où elle s’empara d’un bracelet en or massif qui embellissait mignonnement son poignet.Elle le dissimulait dans un coffret à bijou, dans le tiroir de l’armoire.

                    Elle s’habilla modestement et quitta demeure, en direction de la bijouterie du quartier. La joaillerie est sise rue Adam dans une cité populaire. Les habitants vaquaient à leurs travaux. des lourdaux et malotus, sans travail devisaient et palabrer des élections parlementaire devant les épiceries et le salon "Coiffeur de Séville". En ce moment la ruelle est presque déserte. L’état psychique de Milouda, l’empêcha de voir l’environnement. Son seul souci était d’entasser une somme pour aller au souk, s’offrir un beau et grand sardi.

                      Elle savait que le prix de l’once a augmenté ces derniers jours. Après le salamalec de politesse, elle présenta sa vente au bijoutier. Ce dernier le prit, le mit sur une poche de bijou. Apres l’avoir pesée, prit sa calculette, fit un calcul et lui dit.

          -           Deux mille dirhams pour cette pièce madame, dit-il, avec un ton serein.

          -           C’est peu ! Moi, l’an dernier, je l’ai acquis à quatre mille dirhams cash, avança-t- elle. D’autant plus que le prix de l’or, ces temps derniers a augmenté en flèche avec la récession et la crise de l’Euro. 

          -        Qui dit récession, dit inflation madame. Je vais vous dire une chose, nous ne faisons pas un cours d’économie. C’est à prendre ou à laisser.

                    Le bijoutier flaira que cette dame ahurie était dans le besoin. Sa façon d’argumenter la vente prouve quelle est nécessiteuse de fonds et savait que la cause est sans doute le mouton. Milouda, prise au dépourvu ne savait à quel saint se vouer. Elle n’a pas peur de son mari, mais voulait « crever l’œil » de ses voisines. Qu’importe le prix !

                     Pour ne pas perdre le temps, elle acquiesça au montant offert. L’orfèvre lui demanda sa carte d’identité pour éviter le recèle. Juste après avoir reçu son argent, elle quitta précipitamment la bijouterie.  Elle longea rue Adam, et pour héler un taxi, elle dût traverser la rue «  le chat qui pêche ». Consciente elle emprunta le passage clouté. Le feu était au rouge pour les véhicules, au vert pour les piétons. Elle se décidait à franchir le passage et au moment où elle ne s’attendait pas, une vespa vint à grande vitesse. Le conducteur tenait le guidonnage. Son compagnon assis derrière sur selle passager, au passage tendit sa main, tint le sac à main de Milouda et tira de toutes ses forces aidé par l’effet de la vitesse. Il put happer au vol son sac. Elle poussa un grand cri de détresse. Au voleur ! Au secours !clamait-elle. Les lascars prirent la poudre d’escampette, laissant derrière eux une victime affolée, terrorisée, apeurée et traumatisée.

                      Elle a perdu tout son gain, ses papiers et documents. Elle allait perdre connaissance, mais sa dignité l’empêcha de le faire. Elle se ressaisit. C’est la faute de mon béguin, s’il avait acheté un sardi, rien ne m’arrivait, grommela- t-elle à voix basse.  Heureusement que le portable qu’elle tenait de la main droite est sauvé. D’habitude, elle mettait dans le sac. Elle appela son mari le priant de la rejoindre le plus tôt possible en lui indiquant l’adresse. Elle n’a plus le sous.

                   Tracassé par cet appel, Abqader informa son maitre des travaux manuels de l appel en urgence de sa femme. Le chef des travaux lui accorda l’autorisation de disposer. Contraint et pressé, il prit sa motobécane et démarra en prestesse. Angoissé et troublé il ne pensait qu’à rejoindre sa Milouda. En voulant prendre une ruelle perpendiculaire, il ne vit une voiture arriver. La voiture le percuta en plein fouet. Plus de peur que de mal, il est sorti indemne avec des estafilades. Le conducteur eut pitié de la victime. L’état physique et son allure font pitiés. Ses habits usagés délabrés. L’éducation sociale et civique du chauffeur lui édicta de prendre en charge l’hospitalisation de Abqader dans la meilleur clinique de la ville. En sus, il lui accorda un subside non négligeable pour fêter  l’Aid.

                      Abqader, loua ce bienfaiteur  et remercia le Ciel et  jura en son for intérieur de ne dire mot à son épouse !

     

    Salé, le 08 Novembre 2011(11 Dulhijja 1432) 

     

  • Remontrance

     Il était une fois une fille qui me hantait.

     Je restais abasourdi, ainsi je m'anuitais.

     Cloitré dans blanc silence, je chuchotais,

     Je veux l'approcher aussi la mignoter,

     Usant des minauderies, pour la câliner,

    Tresser des vers, mots pour l'embobiner.6

     Elle me dit souvent, je suis une folle.

    Oui, elle m'a contaminé, je m'affole.

    Tu me rends fou d'amour ma drôle.

    -J'aime être ainsi, soif de gaieté folle.

    -Lors des vingt derniers jours Siham ;

    L'on s'est connu, chère belle madame.12

    Joyeuse dame, ton amitié renoue.

    Soyons bon, serein et aimons-nous !

    Réponds-moi ma chère, ta ritournelle,

    "Oki". Grand Dieu, tu es ma prunelle !

    L'insensée m'a contaminé, suis insensé.

    Moi un sensé, rêvait de toi une sensée.18

    Mais ton concept me laisse halluciné.

    Exilé, abattu, éloigné et aussi déraciné.

    Je m'en vais quérir une autre amitié.

    Loin de toi, pensant à ton inimitié.

    Tu boudes en ce ramadan mes vers.

    Ces satires sont douces, non sévères.24

    Siller dans mon esprit, et mon cœur,

    Telles des feuilles d'eau et rai-de-cœur.

    -Je ne rechigne pas tes vers me dis-tu.

    Je les chante aux sons du turlututu.

    Sur cet air, je danse vêtu d'un tutu !

    La danse des œufs, ni vice, ni vertu.30

    Je suis fière de toi, tu n'es un hotu.

    En ton sein, je me suis si rabattue !

    Ce soir, un vil triste envahisseur

    M'éprend au départ de ma sœur.

    Me submerge, et parfois m'afflige,

    En mon for intérieur, me désoblige.36 

    -S'il te plait ma mie, cela m'attriste.

    Quoi te dire, aussi je suis triste !

    Heureux de te voir au promenoir

    Déceler et acheter un bissac-noir.

    Iras-tu Siham camper à la pignada ?

    Songes-tu aller bientôt au Canada ?42

    - Nenni mon grand, quelle question !

    Je ne veux délaisser mon bastion.

    Je ne peux quitter notre maison,

    Hors de l'eau comme un poisson !

    Je me meurs dehors tel polisson.

    - Serine moi " Suis qu'un être" mie.48

    T'entendre rimer mot et polysémie. 

    Je veux, minette, sonder la thymie.

    Chantes moi, ndor, Farid, Karam,

    Oum kaltoum, Zaghbi ou Ajram.

    Naima Samih, Doukali ou Dalida,

    Abdelhalim ou Mohamed Réda .54 

    Aussi pour ne plus m’énamourer ;

    Quel remède, Siham, pour sevrer ?

    Le breuvage salutaire sera : souricide.

    Mais pourquoi optes-tu au « suicide » ?

    Soit! Je prendrai les poils de la souri ;

    Brûlés dans l'encensoir sera le gri-gri.60

    Pour attirer l'amabilité d'une crue houry.

    Mes avances ne sont pas des charivaris !

    Arrête ton tohu-bohu, mon cher Abdou.

    Tes douces paroles, des roudoudous !

    Sois calme, fiable, plaisant et naturel.

    Aucune femme, intellectuelle soit-elle ; 66

    Ne te délaissera pour chercher ailleurs,

    Un homme si doué, si gentil écrivailleur.

    Galant homme du monde, et rimailleur.

    Intrépide, si aimable et bon charmeur ! 

    Tu es l’aiguille d'or enfouie dans le tas,

    De paille ; que moi ravie, ait détecta !72 

    Abdou, je ne sais cette fanfaronnade.

    Un peu d'humilité sans rodomontade.

    Où est ta modestie, qu'hier tu prônas ?

    Ton discours et vanteries irritent Sanae

    Ma meilleure amie, la sainte madone ;

    De ces hâbleries, esbroufes te détrône.78

    -Je boude les réflexions de ta chère amie,

    Je ne veux à priori, m'être une ennemie.

    -Abdou, je me sens si fatiguée ce jour,

    Assise, lasse, dans le bonheur-du-jour,

    Je lis goulûment le roman «L’alchimiste ».

    J'oublie les tracas, en étant optimiste !84 

    Embaume-moi, ma mie de cette ardeur.

    Partage ce don avec Abdou l'accrocheur.

    Je ne sais point sortir de ma bouderie,

    Ce jour, j'étale pour toi ma gronderie.

    A demi-voix, je murmure des reproches.

    Abdou n'est plus accrocheur, décroche !90

    Tu m'épates Abdou, drôle de caractère.

    Pardi, contre notre amitié tu déblatères !

    Ta nature, ton esprit, c'est vrai diffèrent.

    Je t'estime et ces qualités m'enjôlèrent.

    Parbleu, Siham ! Abdou aussi est enjoué 

    Ne cherchera autre femme pour rejouer !96  

    Laisse moi rire, Abdou, toi mon homme.

    Tu m'épates, mon poète avec ces nomes,

    Ta romance, tes belles paroles charment,

    Percent le cœur qui geint, à fendre l'âme. 100 

    Salé, le 30 août 2011 à 02 h de relevée .

        L’idée de tresser ce satire est née il y a trois mois. Certes, bien  que poétereau, j’ai opté pour une rime parfois riche, parfois suffisante. Je n’ai point négligé les rimes masculines et féminines. Il reste beaucoup à faire pour exceller. J’omettais parfois certains éléments syntaxiques (ellipse) pour rimer. Assurément, je suis impressionné par Bellaye,Supervielle, Qu Yuan, Peniculo et Collin. Mon vœu serait de rythmer 100 poèmes Inchae Allah.  (Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer. Sappho)

  • ONIRISME

                 Hier nuit, je rêvai que je fus batelier qui poussait sa jonque dans l’océan. Il faisait mauvais temps. La mer était agitée. La météo avait raison. Le flux et le reflux des vagues étaient fulgurants . Le flot grossit et mon esquif échoue sur une île déserte. Lors de cet échouement, je n’avais pas de provisions et je m’aventurai des heures à chercher la nourriture et de l’eau pour ma survie. J’eus soif. Après une longue recherche avec minutie, je découvris une oasis, une cascade d’eau où je m’abreuvai. Ainsi je suis resté seul depuis le deuxième jour de ramadan. Je jeûnai ! Mon visage devint maigre et crie famine. Courage pensai-je. (Lorsque je sors de chez moi, je compte toujours sur un événement qui boulversera ma vie. Bové).

         L’après-midi sur la grève de la mer, doué d’un charisme poétique , je lisai l’Alchimiste. De temps à autres, je levai les yeux , je contemplai l’océan. Le soleil courbait vers l’horizon. Quantes fois , je regardais le soleil couché. Aujourd’hui il ressemble à une pomme rougeâtre. Et je me demandai où est Eve pour m’offrir une pomme api. Mais la tentation d’Adam et Eve et pour éviter de penser à Satan, j’abdiquai à ne pas cogiter. Je délirai. Je renonçai à réfléchir. Si Eve fit sortir Adam du paradis, cet îlot ne l’est point. Ah si Eve m’était contée! Une histoire me venait en mémoire.

         Il fut un ressortissant marocain qui trima dans les mines en France quatre décennies. Retraité il avait l’intention de ragagner sa terre natale. Mais il décède dans son pays d’accueil. Dans l’au-delà, Saint Gabriel, l’emmène au paradis. Son nom n’y figure pas.

         Transféré  en enfer, son nom n’existe nullement. Aussi il reste inconnu au sommier d’archives du purgatoire. Le Saint Gabriel le chasse ne sachant où le loger. Il erre pendant des années et arrive un jour devant Adam et Eve. Le voyant, celle-ci lui dit : Ah ! Donc toi aussi tu as mangé la pomme !

         Durant mon songe je vis à l’horizon une embarcation paraître au large. Celle-ci se dirigeait vers le rivage de la terre ferme. Je sautai de joie. Moi le naufragé, j’allai être rescapé. Moi l’isolé dans l’oubli, je vais ressusciter et  survivre. Ma stupeur était grande quand je vis que c’était une femme. Une dame qui gouvernait le voilier.Un cotre. Un gréement de fortune. Sur le grand voile  était inscrit en bleu «Béchard ».

          Descendue à terre, après le salut, je lui souhaitai la bienvenue dans mon« île ». Je manquai d’affection durant ce naufrage.

        De taille moyenne, svelte et athlétique, elle a une allure accorte et la démarche assurée. Elle porte une casquette « kenny season bleu » qui laissait apparaître de  derrière une chevelure noire. Un petit nez droit supporte  ses lunettes D&G pour la protection contre les rais du soleil. Elle arbore un sourire qui pénètre le cœur.

       -  Merci, répondit-elle. J’ai trouvé une bouteille à la mer où il est précisé un SOS et le lieu d’un naufragé, ajouta-t-elle, la voix flûtée. J’ai accouru  pour vous secourir !

       -   Je te suis reconnaissant, dis-je en bonimenteur,la tutoyant pour la complimenter. Durant mon séjour dans la solitude dans cette île, j’ai appris tant de choses de la vie.

        Chemin faisant, je la guidai vers ma hutte. Une hutteau constituée de toiles et de poutres. Deux tabourets meublaient l’ajoupa. Bien qu’étant seul, j’optimisai mon sort. Mon destin. Ma destinée.

         - Oké! Je me propose de passer la nuit ici. Et demain après une grasse matinée, nous quitterons l’île. Je rêvais depuis belle lurette  de passer une nuit, dans une île. Une aventure desirée  dans ce calme et cette sérénité.

         -  Avec plaisir, je répondai. J’avais appétence. En mon fort intérieur je répétai cette ritournelle appétence. Je ne pouvais le lui dire.

         -   Au juste, j’ai apporté quelques médicaments de secours et des victuailles pour nourriture. Dans les provisions il y a aussi des melaouis, des chocolats et yoghourts !

         -   Merci, tu es pointilleuse. Je veux te dire ma dame, une chose avant d’entrer dans cette case. Je suis heureux de trouver encore parmi mes concitoyennes des femmes courageuses. Etant seul dans cette île déserte, qui est en ce moment ma proprièté, il est interdit d’y entrer aux hypocrites, ligots, cagots, gens de justice et usuriers. Seules sont admises les dames de haut parage, fleurs de beauté, à céleste visage. Bienvenue Dame. Je divaguai!

         -  Je ne suis de cette première catégorie là. Je suis déléguée médicale, et je suis venue pour vous secourir. Loin de vous nuire. Je vois que vous vous portez agréablement bien.

         - Merci   Dieu, vous m’avez envoyé une jolie nurse, dis-je pensant à haute voix.

        Son visage devint rubicond de timidité. Elle sourit à ces propos. La lune dans le ciel, nous souriait, mais le coup de canon de l’aube, me tira de ce beau et fabuleux rêve. J’ai raté mon shour. J’avais soif. Je me réveillais en sursaut de ce songe chimérique, chagriné par ce coup de canon qui m’évada de cette vision. De ce rêve!

        Tu vas passer une longue journée de jeûne sans le shour, me dis-je!Tu mérites ce supplice. Cela t’apprendra à ne pas manger goulûment le soir pour éviter des cauchemars .    

     

    Salé, le 22 Août 2011(21 Ramadan 1432)

     

     

     

  • Rose et verdure

                   

    Tout petit, j'aimais lire le chaperon rouge.

    Tout petit, dans ma pensée ce rêve bouge.

    Tout grand, adulte la recherche et réclame.

    Je la décèle dans le charme de Siham.

    A un triste, elle parfume l'air amical.

    Produit soins, telle visiteuse médicale.

    Sublimé, conquis, charmé, je rime ces vers.

    Epithalame tressé pour l'habillée en vert.

    Elle pénètre dans le secret du cœur désert.

    Hier, élégante, elle vêt  robe poitrine rose.

    Je pensais, tant lui offrir bouquet de roses.

     

  • Courtisan

     

    Ta parodie fantasmagorique,

    Tes paroles, mots magiques,

    Ta démarche, l'air rythmique,

    Te rend agréable, sympathique,

    Charme les sages et sadiques.

    Excite ma curiosité poétique.

    Sache, ne suis élève éristique,

    D'école mégare philosophique.

    Mon respect, ma chair est inique!

  • Loin du Sanatorium (fin)

     

     

    Tes fourberies, j’y cédais assez.

    Tes tartuferies, l’âme est blessée.

    Sache ô sorcière, ô vraie Circé.

    Ô tireuse de cartes, ô froissée !

    A tes moult alibis ! M’affaisser ?

    Nenni, je ne suis émoussé !

    A tes chicaneries ! M’abaisser ?

    Nenni, des salades dépassées !

    A tes auto accusations faussées ?

    J’évite aux baratins, de penser.

    J’obvie à mon cœur, transpercée.

    Oublier malheur, pour n’en pincer

    Telle mère, que père a délaissé.

    Je te renie ! D’Hui tu es divorcée !

     

    Salé, le 09.09.10

  • Loin du Sanatorium

     C'était jadis, c'est du passé, 
     Des mensonges, si condensés,
     Des paroles, mots insensés,
     Des fables, bien damassées.
     Des écrits vite écrivassés.
     De l'hypocrisie si tressée,
     Qui durant m'eut stressé
     Qui pendant m'eut blessé.
     Dieu merci, m’est débarrassé !
     Seigneur je fus embarrassé !

     Mon coeur de battre a cessé,
     Liens,  chaînes les a cassés.
     Je suis libre, ailes abaissées, 
     Dame, depuis, tu es licenciée!
     Usagée, maux à classer. 
     Mes mots, vers rimassés,
     Ton souvenir, image effacés;
     Jeté aux amas, au fratassier.

     Portrait de photo fracassée,

     Eclats éparpillés, nul ramassés.

     Ma haine relaie la voix haussée,
     Et avant aussi de m'éclipser
     Sache qu'elle te maudissait.
     Pour tes avances jacassées,
     Telle cette pie délaissée.
     Et, je n'oserai t'offenser

     Aussi, je garde le tacet !

     

      A suivre.../...

     

       Salé, le 30 Août 2010 à 14h30 de relevée

  • Mécontemparain Episode 16 Suite et fin

     


     

    Je quittai la friperie et ces histoires abracadabrantes, bouleversé, et l'esprit confus. Je regagnai ma demeure, ma solitude. Je retrouvai mon ami le livre, ma consolation pour m'évader virtuellement de ce monde. Car dans la lecture, je retrouve le plaisir personnel et cérébral. La joie m'enivre au moment où, je plonge dans la lecture d'une œuvre. Je ne cache pas que j'abhorre rester devant la télé, si ce n'est pour voir le T.J. En fait, en pensant à mes enfants, tous assis devant l'écran, je deviens un homme irascible et triste. Le soir aux environs de vingt deux heures, l'on m'appelle pour me signifier, que je suis désigné pour aller au festival culturel d'Assilha.

     

    J'eus l'occasion de lire une histoire sur Pépin le bref lors d'un forum à Con «  Pépin épousa Berthe au Grand Pied, qu'il avait connue sur un forum de noms à la con.  Ils eurent un fils, qu'ils hésitèrent à nommer Huile (fils de Pépin, fils de Raisin), mais ils l'appelèrent Charles ». J'envisageais moi aussi de rencontrer Berthe au petit pied. J'ai remarqué que les estivantes, suivant la mode, portaient toutes des spartiates. Elles avaient les pieds libres. Des petits pieds en l'air. Les cheveux aussi en l'air. De sacrées fieffées libertines inabordables. De belles femmes qui me rappellent une lecture:

    Les trente points qui constituent la beauté de la femme sont: Trois choses blanches: La peau, les dents et les mains. Trois noires: Les yeux, les sourcils et les paupières. Trois rouges: Les lèvres, les joues et les ongles. Trois longues: Le corps, les cheveux et les mains. Trois courtes: les dents, les oreilles et les pieds. Trois larges: La poitrine, le front et l'entre- sourcils. Trois étroites: La bouche, la ceinture et le con. Trois grosses: Le bras, la cuisse et le mollet. Trois déliées: Les doigts, les cheveux et les lèvres. Trois petites: Les seins, le nez et la tête.

    Malgré cela, ce fut intéressant. Les Zailachyas (femmes de cette ville) sont aimables, gentilles et hospitalières. Ce fut ma première visite continue et prolongée. Ses plages sont propres et saines, drues d'un monde venu de toutes les régions voisines. Les us et coutumes des autochtones, sont imprégnés d'ibériques coutumes. Elles sont joyeuses et gaies. Elles aiment la vie et la musique. Il y a parmi la frange, des intellectuelles et des poétesses. J'ai remarqué que la femme elle aussi tresse les iambes et les vers, sans oublier les chanteuses de la musique andalouse. C'est du beau, du sublime et de l'exquis.

    Les deux premières semaines furent féeriques. Je suis tombé amoureux de cette cité touristique. Comme Tayeb Saleh était tombé amoureux de "Zayla" une trentaine d'années avant son décès. Un amour auquel il est resté fidèle jusqu'à son dernier souffle.
    "Je me suis fortement lié à Assilah et à ses habitants. C'est le seul endroit où tout le monde vient me saluer dans cette ville, je renoue avec mon enfance", écrit un jour le romancier dans une lettre adressée au journaliste Talha Jibril que ce dernier a révélé lors du colloque organisé à la mémoire de Tayeb Saleh, dans le cadre du 32eme forum culturel d'Assilah. Il aimait se baigner et plonger plusieurs fois et  s'ébattre dans la piscine de l'hôtel Al Khayma, et en émergeant il regardait nostalgiquement les deux palmiers surplombant la piscine. Il pensait à un endroit du village sur le Nil au soudan. Les intervenants, lors de cette conférence à titre d'hommage posthume, ont valorisé son œuvre universel « La saison de migration vers le Nord».

    Aussi, un après-midi, j'assistais au Palais de la Culture d'Assilah, à un défilé de djellabas et de caftans. Les mannequins qui logeaient dans le même hôtel où je résidais, me stupéfièrent. La maquilleuse les a embellies par un coup de baguette. Encore plus belles que lors du petit-déjeuner. Elles devinrent des fées. Un podium où se mêlaient couleurs, tissus et haute couture. La styliste marocaine a concilié, avec succès les différentes nuances des couleurs. Rose fuchsia, rose indien, rouge brique, mauve et vert sont les couleurs dominantes des caftans.

    En quittant ce défilé admirant les charmantes dames, j'oubliais d'aimer, de penser à une femme à qui je vouais un amour platonique. Bien des fois, pour fuir ce sentiment, je me réfugiais dans la dive bouteille. Quantes fois, je fus coupé du monde sans réseau. Je rêvais admirant la lune, l'étoile du sud ou l'étoile polaire. Je perdais le nord. Mais cette nuit, je songeais à la chanson de Hammou hafid ''mnine nabtadie al hikaya" .Je me consolais m'assagissant. Tu n'as pas encore trouvé ta partenaire pour commencer cette histoire romantique me-disais-je. En étant loin, nous nous sommes promis de regarder la lune  à une heure précise. Ainsi nos pensées se croiseront, s'embrasseront sur l'astre. Et nulle femme ne pourra jouer admirablement ce rôle. Rares sont les femmes ces derniers jours qui égayent la vie. Je m'assouplissais, je m'apprivoisais. Je me contentais. Je suis content de ne retrouver mon idéale pour ne pas la reperdre. J'attends toujours ma mienne femme. Mais la vie doit continuer. Abdou, tu n'es pas le premier. Ni le dernier de cette séparation et déchirure. Patience tu retrouveras ton adorée. Il fallait que je me la coule douce, pour garder le moral et pour plaire. Je revenais sur terre. Je ne pensais guère. Je reprends mes esprits, mon énergies, mon cœur, mes sentiments que je semais à tous vent et redéfinir le concept de l'amitié.

    Une nuit, en prenant une tasse de café, instant choisi pour actualiser mes mémoires. Je vis devant moi un homme du moyen orient. Il avait l'allure d'un émir. Sa démarche et sa façon de cheminer, lui donnaient l'air d'un important personnage. Emoustillé et aviné, il plongeait sa main dans une sacoche Eastpak et distribuait des billets verts aux employés du Motel en leur disant :

    - Chouftek, maa chouftek (je ne t'ai vu ! Non je ne t'ai pas encore vu) et leur donnait le billet.

    Tout le personnel s'accourait pour bénéficier de ce don du ciel. Un fin malin rusé, après avoir prit le subside, enleva sa casquette et revenait de nouveau à la charge.

    - Chouftek ! chouftek ! Mais non , maa chouftek et lui donna un autre billet avec un sourire.

    Les rires de sympathie et les prières pour le mécène fusaient dans le salon. Je pensais à ce fqih, qui après avoir dirigé la prière un soir d'hiver, devait faire l'auto-stop pour rejoindre son domicile. Nul homme des prières, en voiture ne s'arrêta pour le prendre. Le hasard voulait qu'un automobiliste en état d'ébriété avancée, freine juste devant lui et l'emmène à sa destination. Le fqih remercia le conducteur. A la descente du fqih, il lui dit :

    - Si lafqih, ouvre le coffre et prend un poulet pour tes enfants.

    Heureux d'arriver et content de la donation il lui dit :

    - Merci Monsieur! Que Le Très haut, t'éternise dans ce comportement.

    A Assilah pour contenter mon envie, je déambulais dans les ruelles. J'ai constaté qu'il fait bon y vivre. Des gens modestes. Humbles et modestes. Le churro avec de grands verres de thé à la menthe fusaient partout singulièrement chez les attablés sur les terrasses des cafés qui jonchent le trottoir de la grande artère Hassan II. J'ai dégusté ses figues si douces et sucrées. J'ai aussi apprécié ses raisins muscat. Elles émanent de la bourgade. Les habitants veillent jusqu'à une heure tardive. Mes idées vagabondaient et parfois les journées sont mi-figue, mi-raisin. Si les marchands de Corinthe qui transportaient les raisins secs y ajoutaient des figues, ceux d'Assilah offrent des fruits frais.

    Les boutiques sont fermées et n'ouvrent leurs portes qu'à onze heures. Il n'est permis de faire des achats d'articles d'Espagne de tout gabarit que le soir. Un soir quotidiennement frais pour savourer un bol de bissara, ou déguster une glace, ou siroter un soda ou un jus d'orange à la paille. J'errais dans les ruelles de la ville bleue. Je regardais avec lyrisme les portes d'habitats. Des  couleurs bleuâtres, azurées. Les murs des petites ruelles badigeonnés, peints. Multissimocolore. Les artistes venus d'autres continents ont dessiné des fresques. Des bijoux accrochés aux murs. Mes songes m'emmenaient souvent, rêvant et méditatif dans d'autres lieux d'autres cieux. Lointains dans le ciel. Et c'est là, que je me rendais compte, l'artiste est fécond, la femme l'est aussi. J'aime l'art et aussi Eve.


    De retour dans ma chambre, dans le vétuste hôtel, au lit, je pensais; je pensais. Des réflexions me hantaient, lorsque j'éteignais la lumière et dans le noir, j'entendais la musique symphonique du Beethoven ou « l'air de chasse » de Mozart . Je voulais quitter ce monde cette vie en solitaire, délaisser et déliasser les bribes de ma mémoire. La formater, pour revenir à la rescousse comme ce prisonnier qui veut s'évader de l'amour. Je voulais briser ses chaines. J'avais une joie, un emballement dans ma tristesse. Je bloquais mes idées noires dans ma pensée. Mais pour aider mon esprit à passer le temps, j'inventais des historiettes et romancer des contes.

    Le lendemain, je me rendis au Centre Hassan II. Mohammed Al Kaabi, l'un des grands poètes des Émirats Arabes Unis, rima ses églogues et rythma ses poèmes. Il déclama un retentissant récital de poésie lors de cette soirée de poésie traditionnelle émirienne. Absorbé par l'orateur, je sentis deux douces et petites mains me fermer les yeux. Les yeux fermés, je sentis un parfum familier. Je ne voulu guère imaginer ma fille. Je me retournai doucement, en enlevant ces petites mains, qui me privèrent de la vue, mais qui m'ouvrirent la mémoire. C'était ma fille, mon ange que je regardai, l'œil attendri. Je fus saisi d'une tendresse poignante. Comme j'occupai la dernière rangée, il me fus aisé de sauter de joie. Je n'avais plus de yeux pour pleurer de joie. Je n'avais plus de larmes pour pleurer ma solitude. Je pris ma séraphine par la taille, la soulevant, la hissant prés de mon cœur, lui disant :

    - Mon bébé, tu me manques !

    - Non papa, je ne rate jamais ma cible, rétorqua-t-elle avec un sourire innocent.

    J'étais fier de cette réflexion. Tel père, telle fille me disai-je. Mais je me demandai, était-elle seule ? En scrutant les présents dans la salle, mon regard se posa sur ma femme. Asmae est là! Jolie et pimpante. Vêtue élégamment avec recherche. Une rose souriante. J'eus l'heur de les voir. Prenant la main de ma fille, je me dirigeai vers elle, ma princesse suivit mes pas. Une fois près d'elle, nous nous donnâmes le bisou habituel et serein. Ma barbe de trois jours, irrita ses joues. Maintes fois, elle bouda mes piques de poils. Je prêtai à sourire, souvent je lui dis « j'aime la femme à poils ». Asmae eut « un sourire dans sa barbe ». Lors de notre première rencontre, je lui demandais son nom.Asmae me dit-elle. Je répndais: Je ne veux qu'un seul nom, lui volant le sourire(Asmae en arabe veut dire plusieurs noms).

    Je vais peut-être vous faire sourire, mais mon ignorance était telle que je me suis longtemps représenté le sexe féminin, non pas dans le sens    vertical, mais dans le sens horizontal, comme la bouche.H.Bazin.


    - Bienvenue à Assilha ma voulue chérie, dis-je, la voix affectueuse.

    - Merci Abdou. Hier, j'ai rencontré Anouar dans une bibliothèque, et m'a informé que tu es dans cette charmante ville. Le soir je me suis connectée sur le net, pour voir le programme de cette journée. Féru de la poésie, j'étais sure et certaine que tu n'allais pas rater ladite conférence. Les enfants accueillirent la nouvelle de venir te voir, A grande joie.

    - Merci Asmae pour ce déplacement et devoir, j'en avais fort besoin de vous voir en ce moment.

    - Il y a de quoi, me dit-elle. C'est sa bonne réplique continuelle pour me taquiner. Je sus que c'était de bon augure et j'entendis quotidiennement cette raillerie ingénue.

    - Je ne vois pas mon héritier ? N'est-il avec vous de voyage?

    - Tu me fais rire. Il te ressemble comme deux gouttes d'eau. Le même caractère impulsif, lubie enfant, ajouta-t-elle avec un sourire d'aise. Il est resté avec mon père, qui m'encouragea à venir te rejoindre pour nous concerter et trouver la solution adéquate. La séparation ou la reprise sont les clefs, pour le bien des enfants, et aussi pour nous même.

    Cette rétorsion me troubla. Mais comme les poètes, Antara entre autres, je me trouve dans une situation inférieure à madame, au souvenir de notre amour « Il se doit dépasser les obstacles qui surgissent devant lui ». Elle fit des kilomètres pour venir me voir. Il ne fallait pas par politesse repousser ces avances ou accepter la dure séparation. Mais j'optais pour une autre stratégie. Il faut qu'elle dégage toute son énergie négative. Qu'elle extériorise tous ses râles et mauvaises humeurs, pour tout me dire ce jour. Je me dirigeai à la buvette du centre. Attablés, je demande au gérant un soda pour ma fille, un jus d'orange sans paille pour Asmae, sa boisson préférée et pour moi, une tasse de café avec l'eau pétillante Oulmès.

    Une fois servi, je demandais à Asmae.

    - Je vais te demander de me dire en toute franchise mes défauts, raisons de notre éloignement l'un de l'autre. Cette séparation m'a fait du tort. Nous nous sommes séparés sur un coup de tête, après des scènes et locutions familières. Et franchement je n'en peux plus. Ce n'est pas une vie !

    Je tirai à grande bouffée sur ma cigarette comme un pompier, le stress fumait mon cerveau.Elle resta momentanément muette, et pensive, l'air hagard. Elle but une gorgée du jus et répondit :

    - Ton problème c'est que tu sautes directement aux conclusions sans même donner à l'autre la parole de se justifier ou demander à l'autre ce qui ne va pas. Tu as dépassé le seuil de la tolérance.

    - Oui et quoi encore Asmae?

    - C'est comme si tu penses à sa place et la plupart du temps ce sont des jugements hâtifs et infondés.

    - Oui! Et.....pour ne point l'interrompre dans ses idées.

    - Il ne faut pas croire que toutes les femmes sont pareilles. Tu me traites comme les filles qui travaillent avec toi. Il y a une nette et grande différence entre le foyer et le travail. Il faut comprendre l'autre et vice versa. Le dernier coup de tête, tu m'as défendu de m'abonner au club Fitness pour soigner ma ligne et mon bien être.

    - Oui tu as raison. J'ai tort de penser et d'agir ainsi. Je concevais te préserver, je sais que c'est un complexe. Je reconnais que ma jalousie est débordante.

    - Je ne suis pas contre la jalouseté. Mais je n'aime guère la jalousie féroce. La communication a été très facile entre nous au début de notre mariage, mais au fur et à mesure, elle se détériorait.

    - Asmae, cette déchirure m'a sidéré en pensant mal de ce qui fut beau! Je suis médusé, dis-je la voix blanche. Dois-je en ce lieu et instant former mes excuses et te demander pardon ?

     

    Durant cette discussion, elle et moi ignorâmes notre fille, qui suivait les explications de part et d'autre. Elle posait des petits regards en coin sur nous. Asmae, avait les yeux mouillés et sur le point de sangloter. Moi, je détournai mes yeux pour ne point montrer mes larmes au bord des paupières. Je tirai un mouchoir en papier de ma poche, que je lui remis. Ma fille sur le point de larmer, me demanda elle aussi un mouchoir. Mais elle ne pouvait, la petite, cacher ses perles de larmes. Elle comprit la situation, mais ne pouvait agir. Son seul acte, sa contribution était de partager nos larmes.

     

    Conscient de la circonstance en public, et pour esquiver la vue d'une famille pleureuse, je réglai les prix des consommations et nous sortîmes dehors, le pas pressé pour donner libre cours à nos larmes. Nous nous conciliâmes, nous nous promîmes à l'avenir d'éviter ces bêtisiers. La main dans la main, nous dirigeâmes les trois à la voiture d' Asmae, pour rejoindre mon hôtel. Mais contents pour un couple retrouvé!

    Je pensai discrètement: Vive Assilah !

    Je pensai bruyamment: Vive Asmae !

    Fin. /.

    « Mécontemporain ». Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé n'est que pure coïncidence

    Salé, le 31 Juillet 2010 à 19h de relevée.

     

     

  • Mecontemporain Episode 15

     

    Il prit congé et quitta le café. Je fis de même. Chemin faisant, je cherchai le lieu ou je devrai fondre ma désolation. Je me dirigeai à ma demeure, mon gîte. Je pris une douche pour délasser le corps et l’esprit. Je passai à la cuisine pour manger le dîner que la servante m’avait préparé. Je mangeai lentement mal pensant, réfléchissant sur les propos de mon ami. Défatigué, je me dirigeai au lit pour dormir, bien que les pensées de cette femme, sommeillaient encore en mon for intérieur.

    Durant la nuit, je ne pus rencontrer le marchand du sommeil. Je dus compter les moutons pour croiser l’endormissement. Le lendemain matin endimanché, je partis en randonnée pour m’évader virtuellement. J’abhorre rester à la maison, depuis que je me suis séparé momentanément, de ma femme. Maintes fois, je pensai me réconcilier avec elle pour le bien de nos deux enfants tant chéris. Cependant, son entêtement n’eut raison de fléchir mon obstination. Dire que c’est à la suite d’’un concours, que je présidai que je fis sa connaissance. Il y avait deux gagnants à départager. Elle méritait la consécration et elle s’adjugea le prix d’honneur. Je pus par la suite l’inviter dans un restaurant. Nous fîmes connaissance, nous nous entendîmes, nous nous aimâmes et nous nous mariâmes. Néanmoins, je renonçai en déplorant son opiniâtreté. Bien des fois, je voulus refaire ma vie avec un autre demi. Tant de fois, j’eus la nostalgie des agaceries d’une femme, pour m’accompagner le restant de ma vie. Mais j’appréhendai le dessein. J’aspirai au retour de ma progéniture.

    Dans mon parcours, en revenant de chez mon bouquiniste, je passai du coté des marchands de fripes. Je vis des milliers de vêtements mis en étal sur de grandes tables. Le brouhaha des vendeurs inondait la place. Sur cette table ce sont des chaussettes, par-ci c’est des chemises, par-là, c’est des culotes et strings. Là, ci-git, des soutiens gorges. Je m’approchai pour admirer ces vestiges que plusieurs femmes triaient suivant leur taille de poitrine. Chacune choisissait  sa dimension en l’arborant sur sa poitrine, bien que vêtue en djellaba ou en robe ou pantalon. Je souris dans mon intimité, je pensai tel un obsédé dénudant les fureteuses.


    Je savais que depuis l'antiquté, les femmes utilisent différents dispositifs pour soutenir leur poitrine : l’apodesme, le fascia, mastodeton,  mamillare, brassière, bandeaux, corsets et corselets. Le soutien-gorge est un sous-vêtement-féminin composé de deux bonnets servant à soutenir et mettre en valeur les seins. Il est habituellement assorti aux autres pièces de porte-jarretelles, slip. Les femmes de la Crète antique sont représentées avec un corsage ouvert sur le devant jusqu’à la taille, laissant les seins nus portés par des lamelles de cuivre. Ces lamelles affinaient la taille et offrait un galbe à la poitrine nue. Par contre, en Somalie il est interdit. Sous peine de coups de fouet, les seins doivent être nus sous le voile des musulmanes. (Ce sous-vêtement est anti-islamique, impur et offensant. «Les islamistes disent que la poitrine d'une femme doit être ferme)

     

    Je restai un moment hésitant, et il est bien sûr impossible de penser à ces milliers de vêtements usagés et ces soutiens-gorge sans penser aux personnes qui les ont portées. De vieux vêtements cédés ou vendus, comme si c'était aussi se séparer de quelque chose de soi et de sa vie, ou renier des souvenirs. Il y a le classique, le provocateur
    et les osés. Et là, j’entendis à voix basses des confidences faites par ces corsets. Je restai sur ma gorge. Elles causaient entre elles.


    Les juifs avaient leurs Madeleines ;

    Les fils d’Homère leurs Phrynés.

    Délaçons pour toutes les baleines

    De nos corsets capitonnés.

    Rousses, blondes, brunes et noires,

    Sous tous les poils, sous tous les teints

    Qu’ils pourraient raconter d’histoires.

    Eug.Imgbert


    Le   soutien-gorge à balconnet « jardin suspendu » murmura, sous les appels stridents du marchand, « talôou al îyalate, âachra drahem » (Approchez les femmes tout à 10 Dh), à peine audible je perçus ;  je vêtis une femme professeur de Sefrou. Elle avait  vingt- neuf ans. C'est une beauté filalia, plus de majesté que de finesse, de l'embonpoint, quoique bien faite, un corps superbe, le derrière singulièrement croupé et pouvant servir de modèle, les cheveux et les yeux très noirs. Elle a de l'esprit et ne sent que trop toute l'horreur de son sort. Un grand fond de vertu naturelle que rien n'a pu détruire.

    L’autre  marque «bouquet  sauvage », chuchota. J’habillais une femme mariée. C'est une jolie dame, elle avait trente ans; elle est blonde, les yeux très tendres et d'un joli bleu animé. Elle a toute la tournure d'une héroïne de roman. Le col long et bien détaché, la bouche un peu grande, c'est son seul défaut. Une petite gorge et un beau panier, mais tout cela, quoique délicat, est blanc et moulé. L'esprit romanesque, le cœur tendre, elle est excessivement vertueuse et dévote.

    La marque « soir de l’opéra », marmonna, je soutenais les seins d’une femme. Elle a vingt-quatre ans, grasse, potelée, de beaux yeux bruns, un joli nez aquilin, des traits marqués et agréables, mais une bouche effarante. Mais son mari l'aime à cause du défaut de sa bouche. Je fus souvent baissé à demi pour la tétée de son époux.

    Celle « après minuit »susurra, j’accoutrai une fille de caïd. Elle a dix-huit ans, une physionomie très piquante, beaucoup de fraîcheur, les yeux bruns, le nez retroussé, l'air mutin, quoique foncièrement indolente et paresseuse. Chaque fois, quand mademoiselle est en rut, elle tripotait ses deux seins.

     

    De femmes qui montrent leurs seins ;

    Leurs tétins, leurs poitrines froides,

    On doit présumer que de tels saints

    Ne demandent que chandelles roides

    G. Coquillart

     

     

    A suivre …./…

     

     

     

     

  • Catherine

     

       

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    Rendons à César, ce qu’appartient à César !

    Je saisis cet anniversaire et son hasard.

    Pour souhaiter mes chers vœux à Caitlin

    En rimant, en rythmant ces vers en lignes.

    Elle est belle femme, charme et jeunesse

    De toute beauté et aussi de délicatesse.

    Fêtons ensemble ces deux événements,

    Qui se suivent l’un et l’autre ardemment.

    Celui du huit mars, journée de la femme. 

    Et aussi, le neuf mars, fête de nôtre Dame.

    Elle égaya tous ses amis de commodité,

    Elle enjoua les Casablancais et leur cité.

    Convoquons donc, le ban et l’arrière ban.

    Et partager sa fête, l’air est serein et bon !

     

                           

    Qu'est ce qu'une catherinette ?

    Le 25 novembre, jour de la Sainte Catherine. Ce jour là, on célèbre les Catherine mais aussi les Catherinette, une tradition qui remonte au le XVIème siècle et persiste encore dans quelques villes et villages et surtout à Paris.

    Qu'est-ce qu'une Catherinette ?

    C'est une jeune femme qui ayant atteint 25 ans n'est toujours pas mariée. L'Etymologie grecque de ce
    prénom est katharos qui veut dire pur.
    Le 25 novembre les Catherinettes arborent un
    chapeau de couleur verte et jaune car on dit qu'elle "coiffent Ste Catherine". La tradition voulait en effet que les jeunes femmes renouvellent la coiffure de la statue de la sainte dans les églises. C'est aujourd'hui la fête des modistes (les créateurs de chapeaux).
    Pour en ... sur la Sainte Catherine

    Aujourd'hui, de plus en plus de jeunes femmes et jeunes hommes se marient tard ou ne se marient plus du tout. On reste plus tard chez ses parents (phénomène "Tanguy", le dernier film d'Etienne Chatiliez) et on vit en concubinage. Si être célibataire à 25 ans et plus n'est plus une honte, de nombreux films traitent tout de même du problème de célibat et de solitude chez les femmes ("Bridget Jones", "Irène"). Les jeunes hommes célibataires ont d'ailleurs également leur Saint protecteur avec Saint Nicolas ("porter la crosse de Nicolas")

    Bonne fête aux Catherine et Catherinette

     

     

  • A la fourbe

    Voyons, me dit-elle, que fais-tu au chat ?

    Cette apostrophe avilissante, m’amocha.

    Sacredieu, question qui me désenchanta.

    Moi aspirant à l’amitié, elle me dérouta.

    Quoi, je restais, ébaubi aux propos insanes,

    Outre de colère, mesquinement; mélomane,

    Moi l’écrivaillon, le verbeux gaudriole.

    J’abhorre ledit écart, lancé au vitriol.

    Ton docte entretien, puisé dare-dare,

    Ta désolation plaintive, me laisse hagard,

    M’ébranle et je ne suis pas un ringard.

    La nuit porte conseil, dis-je, honni cafard.

    Ce pamphlet accouché pour ma plaisante,

    Y trouvera mots et passim, Ô l’attirante.

    Oyez, nos noms s’embrassèrent « fi samae »

    Avant de descendre sur terre, chère Asmae !

    J’aime à dire, tes traits et ta « hafrate zine »

    M’embaument, me dis, «achdak lezine?»

    Je m’ébahis, hébété, Moi le mesquine !

    Je rime ces iambes, muse que je taquine.




    Salé, le 03 Mars 2010 à 02h 30 de relevée

  • Mecontemporain suite 14

    - Papa, cria Randa lançant un haro ! C’est lui mon agresseur de l’autre jour devant le GAB.

    Le père se rua sur le machiavélique, avec impétuosité. Il l’empoigna par le collet et s’en saisit, jusqu’à l’étrangler. Le malotru s’essouffla pour se défendre et ses yeux allaient sortir de la tête.

    - Qu’est ce que tu as, lâches moi, dit-il sans voix avec une expression noire.

    - Espèce de fripouille, rétorqua l’empoigneur. Tu t’attaques à des filles sans défense.

    - Je suis un marin. Enlève ta main, si non tu regretteras cette empoignade.

    - Quelle audace et quelle méthode apagogique pour se disculper! Dis-je à Brahim pour lui donner le temps de reprendre son récit.

    Après avoir bu une gorgée d’eau, il reprit la narration.

    - Oui, dit le père, tu es un pirate et un passe-volant! Arrêtes de Feindre, tu es pris cette fois-ci. Tu feindras devant le poste de police.

    - Je me rappelle fort de toi volereau, ajouta Randa. Ton ignoble figure est restée incrustée et indélébile dans ma mémoire. La même tenue d’un mamamouchi pour arnaquer les innocents. C’est moi la victime d’il y a un mois devant la banque. J’ai en main le billet de déposition au commissariat. Selon la loi, une arrestation est précédée d'une plainte portée à la police par un citoyen qui est victime d'une infraction criminelle. Je suis capacitaire en droit.

    - Je ne t’ai jamais vue, ce n’est pas moi, avança-t-il. Il voulait pleurer en se débattant pour fuir.

    - Et Lina ? Lui dis-je interrompant la parole.

    - Durant ce laps de temps, poursuit-il, Lila ébahie par cette scène, ne sut à quel saint se vouer. Doit-elle croire son ami ou l’empoigneur ? Elle pressentit un instant que son ami bluffât pour se défendre. Elle ne savait s‘il était de la marine marchande ou un pêcheur en eau troublée. Elle ne se douta point qu’il fût un imposteur et pourquoi pas un monte-en-l’air. Durant ses ambages, le peccable ne mentait pas, il est pécheur. Elle voulut quitter l’algarade par crainte d’être impliquée dans cette magouille. En son for intérieur, elle remercia le ciel, l’homme et sa fille de la sauver de ce débauché. Elle bénissait ses parents et la chance ce triumvirat qu’ils l’obvient à ce voleur de grand chemin. Elle baissa les yeux pour afficher sa désapprobation, dégoutant son bégum. L’empoigneur l’emmena au poste de police, sous les yeux terrifiés de la foule et de Lina ahuries, de voir l’hydre, ce happe-bourse arrêté.

    - Un vrai pagnote. On ne discute pas avec un voleur. On le cambriole (Arthur), dis-je. C’est un sans feu ni lieu et un sans foi ni loi. Et que c’est-il passé après ?

    - Je ne sais, je suis parti chez moi.

  • Mécontemporain Episode 13

         Le lendemain, je repris le chemin du travail comme de coutume. Je dus trimer sans répit. Notre journal avait lancé un concours pour les jeunes écrivains en herbe. Le sujet consistait à écrire un article sur l’histoire du Maroc ou une histoire vécue de prés.

          Le courrier est énorme, car plusieurs prétendants ont participé à ce concours mémorialistes. Ils y avaient des chroniqueurs, des annalistes et aussi des scribouilleurs. Les écrits de deux jeunes lauréats attirèrent mon attention. Souki, fille originaire du sud a un style originel.

          Dans son récit vécu, elle narra un fait fortuit  survenu l’été dernier lors du transport d’un groupe d’hommes et de femmes  vers un village voisin, dans un Mitsubishi. Sur la carrosserie le groupement chantait  au son du Taskiwin , une forme particulière de l’ahwash . Une danse accompagnée de flûtes (Ghitaa) et de tambours  qui mit en transe les convives au mariage. Les hommes hissaient des drapeaux aux couleurs vives. Les femmes brandissaient des roseaux au bout desquels elles accrochèrent un bouquet de fleurs et de menthe ainsi que des billets  de banque de 100(Elqarfi) et de 200 dh(Zriga).

            Le véhicule alla à toute vitesse. Le hasard voulu qu’une cigogne, ce jour, n’eut trouvé de proies qu’un serpent, au lieu de musaraignes,  vers de terre,  poissons,  têtards ou grenouilles. En survolant  le Mitsubishi, le serpent  après une série de tractations, força l’échassier à ouvrir ses mandibules, et à lâcher l’ophidien, un serpent cocu qui vint tomber juste sur le groupe. La liesse et la joie muèrent en  panique et affolement. Les femmes crièrent de frayeur et d’effroi. Les hommes sautèrent de par-dessus la carrosserie. Les femmes  firent de même « sauve qui peut ». Une invitée en sautant se fracassa le crâne décéda sur le coup.

             Le chauffeur pris au dépourvu gara et freina  subitement le camion, descendit de la cabine et vint constater les dégâts. Deux corps gisaient non loin à 100 m. Des rescapés vinrent expliquer le mélodrame. Le bilan deux morts et quelques blessés.

             Les invités indemnes prirent leurs portables pour aviser les leurs, en évitant lors de leur discussions de dire Mitsubishi. Cette appellation est indécente dans le Souss, (l’accueil de la femme). Ils disaient avec un sourire maquillé « Le grand camion blanc ». Quant au serpent cocu, il fut piétiné par un « courageux » qui le prit par la queue en disant à haute voix : On a tué le serpent qui causa cet accident ! (qatalna Attouebane).  

     

     

         Après la sortie du travail, je me dirigeais vers le café. Je demandais un soda. Quelques minutes, que voici mon ami.

    -  Bonjour. Cela fait longtemps que tu es là.

    - Non. Mais il y a juste cinq minutes

    - Cet après midi, je n’ai travaillé. Les élèves ont séché un cours. Je suis passé par là et j ai trouvé un incident que les loubards ont tous vu à midi.

    - Quel incident ?

    - Une dame qui travaille dans l’assurance en face eut un problème. L’homme qui était avec elle, était recherché pour escroquerie. 

    - Quelle dame ? Envahi par la peur et la désillusion. Je pensai à ma future dulcinée.

    - C’est une femme qui travaille dans cette assurance. Elle s’appelle Lila, une femme de père marocain et de mère tunisienne. Son père lors de son voyage à la Mecque a rencontré une tunisienne à Sfax, tomba en relation avec elle et décida de se marier renonçant au pèlerinage. Ils procréèrent trois enfants, deux filles et un garçon. Lina l’aînée, celle qui travaille en face, fit la connaissance d’un autre marocain natif de Soussa (Tunisie), qui rejoignit le Maroc après l’obtention d’un diplôme de journalisme. Ils célébrèrent un faste mariage à Agadir. Ils résident dans le quartier voisin.

    - Eh ben, mon ami tu es mqaddem al houma (employé municipal). Tu connais tout le monde !

    - Non, mais c’est que leur fille Jouhaina, orpheline de 5 ans, prend des cours d’intensification le soir chez moi.

    - Donc sa mère est veuve !

    - Oui, son pauvre mari est décédé il y a presque six mois dans un accident de circulation sur la route côtière entre Tanger et Tétouan. Il était en compagnie d’amis tunisiens. Le chauffeur qui conduisait une voiture de location, avait bu un verre de trop. Et comme on dit le cent appelle le sang, ils périrent les trois dans la catastrophe en percutant un arbre.

    - Oui mais quelle est la corrélation entre la veuve et l’incident de ce matin.

    - Je vois que tu t’intéresses à ce sujet ? Me dit-il, affichant un léger sourire. Vas-tu faire une chronique des faits divers pour ton journal ?

    -  Une simple curiosité, rétorquai-je.

    -  Le corrélatif c’est qu’un homme remarqua la dame il y a peu. Il l’approcha, je ne sais comment  elle finit par faiblesse ou par solitude à se plier à son charme. Ainsi chaque soir à sa sortie du travail, il l’attendait devant le siège, pour l’accompagner à la maison.

    -   Sans doute un flibustier dis-je, sans vouloir lui couper la parole.

    -   Mais cet homme est un imposteur. C’est un brigand. Un jour il se posta devant le guichet automatique d’une banque attendant sa proie. Voyant et épiant une fille esseulée. Il l’a vit  composer son numéro de code après qu’elle introduisit sa carte bancaire, et tira 700 dh flambant neufs. En comptant ses billets le filou s’approchât de sa victime et lui dit :

    - Mademoiselle cette somme est à moi.

    - Non rouspéta-t-elle c’est mon argent !

    - Faites voir. Elle s’exécuta innocemment et le gars lui happa les billets de sa main, les mit dans sa poche et commença à la gronder et à crier à haute voix

    - Salope, tu m’as ruinée. A cause de toi, j’ai délaissé ma famille et mes enfants. Tu ne cesses de me harceler.

     

        Emportée par le courroux de cet énergumène, elle ne savait à quel saint se vouer et craignait que les flâneurs qui commençaient à se rassembler ne croient aux mensonges de ce malandrin.

     

    -         Fous moi la paix et cesse de me tracasser veux-tu et quitta sa victime.

     

         Elle abomina  cet ostrogoth, ce rabat-joie et appréhenda qu’un voisin du quartier  n’assistât à ce mélodrame. Elle dédaigna l’ignominie de ce chenapan, sa vilénie humaine et sa crapulerie. Elle resta coite, béate et aphone.

     

         Elle le regardait s’éloigner en le poursuivant des yeux ce ramassis en se remettant au Ciel. Elle voulait décharger son cœur de cette cupidité et de sa malchance devant cette hogra.

     

         Le hasard veut que, Randa, la victime en passant par cette avenue, reconnaisse le goujat, saluant par bise de joue Lila à sa sortie.  Elle le désigna à son père en criant.

     

    -         Papa cria Randa lançant un haro, c’est lui mon agresseur de l’autre jour devant le GAB.

                                                                                      A suivre...