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  • Leçon de chose:Sauterelle,suite.

     

             Leçon de chose: Sauterelle

         Le lendemain je mettais le holà à mon imagination. J'ai passé  une nuit à élucubrer des appréhensions  sans intérêt. Tiendra-t-elle au rendez-vous ? Cette brune femme ambrée, telle l’oasis à l’ombre des palmiers, m’est momentanément un énigme. J’aime les femmes qui ont beaucoup de tenue et qui en même temps sont faciles disait Montherlant. Moi aussi j’aime ces minuscules plaisirs qui éclairent le quotidien. Moi aussi  j’aime les fleurs. C’est fâcheux de ne pas trouver un marchand de fleurs dans cette ville. J’aurai aimé offrir un bouquet de  huit roses léonida et une bianca placée au milieu. Moi aussi j’aime les histoires à tiroir. Moi aussi j’aime les grosses farces. Une fois j’ai offert un bouquet de fleurs artificielles à un ami plaisantin.

        L’heure du rendez-vous approchait. Pressé de regagner vite « l’oriental » je ne savais que faire, pour éviter le grand embouteillage impromptu de voitures et  deux roues. Ah si j’avais un gyrophare, je serais à temps. Tant faire se peut, j’arrivais au parking  à l’heure convenue.

        Le loup-gare-où sa voiture 403 cabriolet ? me demandai-je.  Une ancienne voiture, fiable que je préfère aux récents modèles. De nombreux amis me demandaient, vu ma situation sociale, d’acquérir une nouveauté. Je répondai que ce sont leurs mémoires qui sont antiques. De leurs réflexions, je récoltai des adjectifs et épithètes « Colombo », bien que je ne porte ni son imperméable, ni son cigare, ni domestiquer un chien .Ainsi  donc, je cherchais une place loin du salon, pour éviter toute indiscrétion et arrivée de quelques intrus  amis. Je  voulais être seul avec le professeur. J’ai soigné mon look et ai joué la perfection depuis le bout des ongles jusqu'aux chaussures. J’ai nettoyé à fond ma 403. J’avais pris des cours de diction et appris par cœur le Bottin mondain.

        Ouf, après avoir garé minutieusement  ma 403, j’entrai  au salon. Je me dirigeai vers le coin d’hier dans la terrasse verte plantée. Le temps était brumeux et des embruns, ces gouttelettes d’eau de mer suspendues dans l’air, gênaient la vue sur mer. Le ciel était nuageux, l’océan agité. Au moment où je m’apprêtai à m’asseoir, j’apercevai sa silhouette  estompée par la brume.

    -Ah vous voilà !disai-je, plein de joyeuseté.

       Par politesse, je faisai un pas pour l’accueillir. Notre salut fut un baiser familial, un furtif attouchement de joues. Son parfum Burberry, sans doute, m’embauma en l’accompagnant à notre table, et par galanterie j’avançai la bergère pour qu’elle s’y mette à l’aise.

     –Comment vas-tu depuis, je tutoyai !                                                    

    -Bien, merci et toi ? Hier nous oubliâmes de nous présenter. Je m’appelle jade.

    - Charmé, j’ade’or .Moi c’est Abèss.

    - Abaisses ton charme dit elle. J’allai faillir à cette rencontre. Mon  frère ainé est arrivé hier nuit. Il est venu voir ma mère pour lui raconter ses malheurs. Sa femme a accouché une troisième fille. Il espérait procréer un garçon. Choqué, Il en veut à son épouse.

    - Ah bon !  Est-il au courant de la déclaration du PNUD à l’occasion de la Journée internationale de la femme pour mettre un terme à toutes les violences envers les femmes et les filles ? J’ai lu récemment un roman d’Amine Maalouf, où il relate l’aventure d’un conférencier européen en Egypte. En flânant un soir dans les rues du Caire, il trouva de jeunes gents qui vendaient des fèves. Cette légumineuse a un pouvoir magique. Ceux l’ayant consommé procréent des mâles avec des attributs.  L’auteur se demande si tous les hommes optaient pour des garçons. Ce sera un suicide collectif !

        Le serveur qui tardai à venir, interrompit notre discussion.

    -Pour moi ce sera cookies aux pépites de chocolat, demanda-t-elle.

    - Avez-vous la poudre de caroube pour une tisane ?

    -Non, répond le serveur me regardant avec stupeur. Il souriait quand Jade se tourna pour cacher son rire, l’air badin.

    -Bon, je vais commander une infusion de chicorée.

    - Soit !vous serez servis.

    -Drôle, c’est la première fois que j’entends une boisson de caroube,  dit-elle.

        En affichant un sourire rusé, sure de mes propos j’étalai mes connaissances du net. J’expliquai en disant :

    -La caroube s’appelle aussi Carouge, Pain de saint Jean-Baptiste, figuier d'Égypte et fève de Pythagore.  Le caroubier est un arbre méditerranéen, produisant des gousses à la saveur douce et caramélisée et dépourvues de théobromine et de caféine .On s’en sert comme succédané de chocolat. Plutôt que de la considérer ainsi, ce qui n’est pas très valorisant, je préfère l’appréhender comme un délicieux aliment en soi. Un aliment de surcroît pauvre en matières grasses et ne nécessitant pas d'adjonction de sucre. Avec la caroube, pas de crainte de crise de foie et on peut s'en donner à cœur joie. Son origine est l’Arabie Saoudite et on la trouve en Somalie, en Asie mineure et aujourd'hui elle est répandue dans tout le bassin méditerranéen. Elle est cultivée principalement en Sicile et en Espagne. En 1856, 8000 caroubiers ont été importés d'Espagne vers le Texas, l'Arizona, la Californie et la Floride. L'espèce s'est répandue largement en Californie où elle est même considérée comme parasite, car l'arbre recèpe quand on le coupe et ses graines sont trop largement disséminées par les coyotes. Les graines du caroubier, dures, sont assez régulières pour avoir longtemps servi comme unité de poids. Le mot Carat tire son étymologie de "querat", nom que les Arabes donnaient à la graine de caroube. Un carat, unité de mesure de masse utilisée dans le commerce des diamants et des pierres précieuses, correspondait donc au poids d'une graine de caroube (entre 185 et 205 mg, 1 carat = 200mg). De même, siliqua, nom latin de la caroube, fut chez les Romains le nom d'une unité valant 1/6 de scrupule. En Allemagne, les graines de caroube torréfiées sont utilisées en substitution du café.

    -Je tire chapeau très bas. Moi qui disais que seuls les baudets aimaient la caroube.  Dés lors pour ses apports médicinaux, j’en  boirai volontairement avec une pensée pour toi.

    - Moi aussi, j’ai constaté que les élèves, qui révisaient sous l’ombre des caroubiers jonchant les remparts du lycée Moulay Youssef étaient des cancres. Les rayons du soleil transperçant les branches induisaient par ionisation, sans doute, leur matière grise. Où étions-nous  avant la commande ?

    - Oui, nous parlions de filles et  garçons.

    -  Au juste sais-tu qu’un fermier élevait ses vaches dans l’étable. Il leur donnait à manger la luzerne et la meilleur verdure de prés amplofiant une musique douce dans l’air. Ses vaches vêlaient des futures vaches laitières. Aussi as-tu constaté que les femmes nanties, que leurs époux gâtaient, lors de leurs envies. Elles suivaient un régime lacté, des poissons de toute sorte, des fruits en abondance, enfin de compte elles accouchent des fillettes. Par contre as-tu vu que les démunis, se contentant du thé et du pain, des ers et des haricots héritent des bambins. Elle m’écoutait comme une vache regardant le train passer.

    - C’est vrai, affirma-t-elle. J’ai une question à te demander, es-tu lié ?

    - Oui, jai épousé un ventre comme disait Napoléon. Et toi ?

    - Je te raconterai mon histoire demain inchallah .

    - Entendu Chahra-Jade !Demain nous ferons une randonnée en voiture.

                                                                                                                          A suivre...

  • Leçon de chose:Sauterelle.

                                             

                            Leçon de chose: Sauterelle

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        Que de fois je me rendais au salon de thé « L'Oriental » pour prendre une tasse de café et m’adonner à la lecture. Que de fois je rencontrais une habituée. Une femme génialement désirable au visage qui attire les regards comme attire une rose, l'abeille. Solitaire elle lisait, et de temps à autres elle levait ses yeux pour contempler la mer et redire sa lecture  silencieusement.

       Que de fois je voulais l’approcher, mais en vain ! Mon engouement immodéré me suscitait d’aller lui parler, mais je me résignais à le faire.Je me demandais comment agir et sauter la sauterelle pour ouvrir sa porte. Le hasard faisant bien les choses. Ce jour là  délaissant ma lecture, son chapeau éventé atterrit prés de moi.Le plan c'est l'homme. Saisissant l’unique aubaine, je le prenais à la va-vite pour le lui remettre en gentleman.

      -  Merci, me dit-elle avec un sourire angélique.

      -  Un devoir, répondis-je avec un sourire enjôleur. Sans indiscrétion, êtes-vous de Sidi-Ifni ?

      -  Non, retorqua-t-elle, je suis de Tiznit.

      - Ah la ville de la fabrication des bijoux d’argent. Ce patrimoine ancestral, qui ne laisse aucun visiteur insensible à la méticulosité de ses artisans. Alliant leur savoir-faire à leur créativité, ils ont donné vie à un art dont ils détiennent seuls le secret.(Mais la drague n'est qu'un palliatif pour gens inorganisés, me rappelais-je)
      - Je vois que vous connaissez ma ville natale monsieur.

      - Peu ou prou ! Mais sans tarabiscoter, c’est une belle ville. Ses habitants  et ses artisans sont des argentiers. Je vous laisse pour ne point vous déranger, lançais-je à contre cœur, en terminant ma ratiocination.

     - Du tout ! Vous ne me déranger guère. Rejoignez-moi à cette table si vous le permettez ! Vous discourez admirablement.

     - De grâce madame. Vos désirs sont des ordres.

       Je prends mon livre, et je demande au serveur de déplacer ma tasse près de la dame. Nous nous échangeâmes et arborâmes le sourire. Je lui demandais ce qu’elle faisait dans ce bas monde.

     - Professeur de sciences naturelles.

     - Ah vous disséquez les amphibiens et les orthoptères.

     - Oui, dit-elle, en lançant un sourire en coin.

     - Vous me rappelez Monsieur Nicoli, un Corse, mon professeur des sciences.

     - Parlez-en-moi de cette personne, je vous prie !

     - Soit ! Un beau jour en garant sa voiture, notre professeur de sciences naturelles, Monsieur Nicoli aperçut la majeure partie de sa classe en train de jouer un match de mini-foot .Ils jouaient avec une balle de tennis sur le gazon. Un espace vert ornant la devanture de la belle mosquée Assouna . Celle-ci se trouve en face du portail du lycée Moulay Youssef. Seuls quelques potaches arrivés en retard n’y participaient .Parmi eux Fannouri. Il était le mal aimé de  ses collègues. Il apprenait ses leçons par cœur, les récitait  avec monotonie.  Comme disait Bouvard : motamoter !

       La cloche sonna quinze heures de relevée. Tous les joueurs et spectateurs se hâtaient pour prendre leurs effets et cartables délaissés dans le capharnaüm prés des buts.  Si les uns étaient essoufflés, les autres suintaient de sueurs.

       Enjambant les escaliers à toute hâte, rangés par deux, nous voici devant l’entrée de la classe. Un amphithéâtre, laboratoire des expériences des sciences naturelles, où notre Nicoli disposait la rainette, face dorsale contre la planche à dissection, et l'épingler par l'extrémité de ses quatre membres. Aussi la dissection  des souris et des vertébrés notamment celle du criquet pèlerin. Le Maroc menait depuis lors une lutte anti- acridienne contre ce fléau dévastateur.

       Nous entrâmes et prîmes  place. Le professeur scruta ses élèves par dessus ses lunettes. Il était mécontent du jeu devant le « portail » et ne voulait par ce regard,  user ses verres.

     - Fennouri au tableau, lança-t-il.

      Un sourire enroba la classe. Il devait réciter la leçon de la semaine dernière « Le criquet  ».  

    Une fois devant le professeur, harassé, balbutiant des mots avec accentuation, il débita  roulant les R :

     - Le criqui, le criqui, le  criqui, le criquite, le criquite ! Il se tut, cherchant ses mots. En se tournant vers  nous il suppliait :

     - Juste la tête, akhouti irhame lwaldine(que Dieu bénisse vos parents,  frères !

         Bouche cousue, aucun ne prêta ni aide ni assistance. Des crescendos de rires fusaient à sa lugubre position.

     - Monsieur Fannouri  à ta place, tu n’as pas appris ta leçon, tu as un zéro !

     - Mais j’ai appris ma leçon Monsieur, il me faut juste la tête, adjurait-il.disant, criqui..criquite!

     - Quittes là, j’ai dit un zéro, et c’est méritoire.En sus tu m’écriras cent fois la leçon comme punition, Pelé!

       Rageant,  rabroué, abattu, triste et dolent à cette vitupération, il regagna sa place sous la risée de tous, lui qui ne jouait point.

    - Ah le pauvre, dit-elle avec son sourire au transfert d’enthousiasme, comme les dents de peigne. Je suis en retard, vous m’excuserez si je pars.Nous n'avons cependant pas parler de vous, mais demain l'on parlera de tous.

    - Promis, je ne vous retiens pas.

      Nous consentîmes de nous revoir le lendemain.

    Je suis mon belleau, celui

    Qui veut vivre ce aujourd'hui

    L'homme ne sauroit connoitre

    Si un lendemain doit être.(Ronsard) 

                                                            Salé,le 08 janvier 2008 à 21h de relevée