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Que sont mes amis devenus !

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           Salé, le 16 Avril 2008

       Que sont-ils mes amis devenus !

   

       Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie?

       Tout ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant;

       Et rien qu'en regardant cette vallée amie

       Je redeviens enfant.      ( A. De Musset)

          Que sont mes amis devenus ? En écoutant ce poème de Rutebeuf, la nostalgie agissante s’amassai et gonflai mon cœur. Maintes fois, je me remémorai de mes amis, collègues et acolytes du travail. Parfois, que n’eussé-je donné pour les revoir !

         Nous primes habitude de déjeuner ensemble au réfectoire. Mes commensaux furent presque tous des érudits, des lettrés, des avertis. Je fus parrainé  dans le groupe, par Bajqillou. Un gars jovial, l’ami de tout le monde et donc l’ami de personne. Ainsi notre table fût la cible de beaucoup de gent,  intéressés d’y participer aux calembredaines. Mais le clan abhorrait les simagrées, les benêts, les grandiloquents et les fanfaronnades arrivistes. Mes amis furent courtois, humbles, modestes, larges et aimèrent la simplicité.

        Lors du premier jour, attablé avec le groupe, ce fut mon ‘’bizutage’’. L’équipe comptait entre autres, Bajqilou, Abou Tariq,Abou hicham, Abou Lafa, Abou Rochd, Abou Noutq , Abou Annasr (le casanier) et moi. Heureusement qu’à cette époque, les Abou n’étaient guère utilisés comme nom de guerre. Ni Abou Gharib .Ce fut ceux d’Abou Nawass , Abou Firass Al hamadani et Abou Temmam pour ne citer que ceux-là. Tous furent ravis, que j’eusse rejoint « les chevaliers de la table ronde ». Le chef de file Abou Noutq, lança  gentiment une question-réponse, aux compagnons de table. Sous-entendu, je me devais y répondre :

-          Quels sont les deux seuls noms en français qui se terminent par un Q sans l’U ?

-          Cinq et Coq, répondis-je en primesautier, tel un élève en classe.

       Je fus enchanté par  le hochement de  tête approbatif des attablés. Nos déjeuners furent l’occasion d’échange d’idées, des débats littéraires, philosophiques et aussi parfois, ils eurent le goût de la gaudriole, des jeux de mots et des arcanes d’histoire. 

       Bajqilou aimait découcher chaque vendredi. (Me lisant, il m’excusera si je relate ces faits). Il avait le goût délicat. Je remarquais qu’il fumait les jours de semaine du tabac noir. Mais le vendredi, il optait pour les blondes. Non pas les femmes blondes auxquellles préférait le genre Silvana Mongano. Ces bacchanales sont des bouées de sauvetages, m’explicitait-il.

       Nous projetions ensemble de passer des soirées. Après avoir bien dîné, optant pour des brochettes, c’est au tour d’une plaisante beuverie. Ne dit-on pas remplir la panse et penser à la danse ! C’était des ‘’orgies’’ bien organisées et modérées. Les spiritueux ne coulaient pas à flot. Nous étions bons enfants.  Chacun versait son écot pour le manger et la dive bouteille. Il y avait une certaine entraide, une solidarité et une aide mutuelle entre « soiffards hebdomadaires ». Notre vendredi noir. Nous nous contrôlions. Point d’ébriété ou de dépassement. Nous fûmes responsables.   D’aucuns de la « bande » ne coïtèrent  jamais. Souvent, nous rencontrions plusieurs pimbêches callipyges, mais nous ignorâmes leur prétention. Nous évitions les gynécées. Nous préférions rentrer « propres » à la maison.   

      Un vendredi, lors du déjeuner, pourléchant les badigoinces,  je demandai à  Bajqilou, quelle serait notre destination ce soir.

-          Nous irons à Casablanca.

-          Soit ! Après nous irons à Tanger, dis-je plaisamment.

-          Sans problème, me dit-il.

     Abou annasr qui entendit la conversation, intervint, avalant sa salive et agitant sa pomme d’Adam :

-          Waili !! Vous irez à Casa puis Tanger ! Quelle audace pour un verre, 90 km puis 278km, nonobstant le retour ?

-          Pourquoi pas !dis-je sans préciser, qu’il y a une guinguette à Rabat qui porte ce nom.

     Jusqu’à ce jour, je pense qu’Abou Annasr ignore que les deux antres à Bacchus sont mitoyens à Rabat. Abou Annasr, souvent retenu au travail, de retour chez lui, il ouvrait doucement la porte de la chambre où dormaient ses enfants. Il était heureux et rassuré quand il sentait la flatulence des pets. Les bambins ont bien mangé, se disait-il.

     Quantes nuits, nous allions dans une boîte sise à Mehdia, village non loin de Kenitra. Nous allions dans ce Night-club pour voir des troupes de Chaâbi. Lors de notre retour, Bajqilou voyant que j’appuyais trop sur le champignon, me disait l’air enjoué et folâtre:

-          Comment vont les enfants ?

      En entendant cela, je réduisais la vitesse. Aussi parfois, quand le volume du radiocassette, était fort, il disait :

-          Augmente un peu le volume, veux-tu !

     Je devinais. J’abaissai les décibels, bien que j’adore écouter les Jarra ( chants  populaires). Une fois en route, sur le point de croiser un poids lourd, il me lança :

-          Aammi Jaye (mon oncle arrive)

     Je prêtai attention, car « Aammi » en arabe classique, veut dire aussi analphabète.  Il avait raison. Ce sont des chauffards.

                                                                      

 

Commentaires

  • Oh ! Nostalgie quand tu nous tient !!! Franchement, je n’ai rien à dire, ça me rappelle aussi mes amis que je ne vois plus, ces bons moments inoubliables…on pourrait quand même provoquer des retrouvailles, mais ça ne sera jamais comme jadis !!! Hélas !

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