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Et compagnie (5 ème Episode)

    

 

-    Bien le bonjour monsieur, dis-je aimablement, pour dessiller son regard.

    Rahima demanda la permission de disposer, pour aller préparer le thé, regagna      la cuisine ; nous laissant seuls en tête à tête.

-   Rahima m’a parlé de toi et n’a cessé de louer et de relater ton généreux     concours, me lança-t-il.

-  De grâce Si Mimoune, c’est avec grand plaisir, rétorquai-je sèchement.

      Je pensais à son mot « louer ». Mais c’est moi qui dois « louer »  mes services pour sauvegarder ce ménage, ou faut-il louer l’accueil qu’il me fit. Me prend-il pour un butor ? Si j’acceptai ce jeu, ce n’est pas que je fusse un cagot, un arriviste ou un profiteur. Un silence succéda au silence. Je ne pus aborder la relance de la discussion. Bavarder à la manière d’une caillette, ne m’a jamais tenté. Je me dis souvent que le silence vaut de l’or et je laissai à mon commensal le droit de prendre la parole, puisque lui et moi sommes des invités.  

       Il faisait chaud dans le salon. Le climatiseur sans doute, ne pouvait assainir  une fraicheur ambiante. Je le vis tantôt prendre un kleenex pour essuyer la sueur de son front, tantôt tourmenter ses chaussettes et tantôt se gratter la tête. Je devinais son embarras. Rahima revint souriante apportant un superbe plateau en argent et la théière  en inox flamboyante.

-  Mais pourquoi ce long silence, balbutia-t-elle. En principe, le salon est fait pour converser et deviser continua-t-elle.

 -  Nous attendions le rituel et cérémonial  verre de thé, pour parler, dit Mimoune. Hier je n’ai fermé l’œil de la nuit. Une lombalgie douloureuse me fit souffrir.

-  Un tour de rein sans doute, dis-je. C’est facile de remédier ce mal. Tu prends une gousse d’ail. Tu l’incises. L’entaille doit être en longueur. Tu l’imbibes d’huile d’olive pour en faire un suppositoire, avant de te coucher.

-  Non Mimoune ! répliqua Rahima, l’air sournois. C’est l’abus du vin qui menace l’affection rénale. Tu es devenu soiffard ces derniers temps !

-  Arrêtes veux-tu !hurla-t-il. Tu m’agaces avec  tes moqueries continuelles.  C’est toi qui m’as mis dans tous ces états. Il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Tu ne cesses de me chanter goguettes.  

      Fort irascible, coléreux, de go il quitta le salon sans saluer. La colère le fit rougir. Au sortir, il  claqua fort la porte derrière lui. Rahima et moi restés seuls, nous nous regardâmes surpris. Rassurée de son départ en jetant la vue à travers la fenêtre sur la ruelle. Sereine, elle me dit :

-  Abdou ne t’inquiète pas. Qu’il aille au diable.

-  Je me demande pourquoi Mimoune, prend-il la tangente. Tu n’as rien dit de mal. Pourquoi ces balivernes ?

-  Abdou, l’heure est venue de te dire toute la vérité. J’ai menti en te racontant une version inexacte. Je ne veux nullement m’enfoncer dans le mensonge.

-  Je suis toute ouïe, dis-je primesautier. 

-  La sexualité joue un rôle important dans la vie d’un couple. Et être mariée à un homme impuissant est un grand problème.

-    Oui, l’impuissance sexuelle et disfonctionnement érectile touchent bons nombres d’homme. Mais, je pense que le traitement existe. (J’appréhendai qu’elle parle de Mimoune)

-   Abdou, cela fait deux ans que nous sommes mariés, et je suis vierge.

-    Je pensais que tu es lionne, dis-je l’air naïf.

-    Son pivot naturel est en panne, ajouta-t-elle avec un sourire. J’ai fait tant d’efforts pour qu’il puisse me dévirginer et me féminiser, mais walou(Rien) !

-    Waili ! (Bah !) dis-je, étonné ! Ce n’est pas possible! Je ne comprends plus rien. Donc l’histoire de géhenne, de boutades, de jalouseté que tu m’as raconté le premier jour, n’était que des simulations. Je m’y perds dans tout cela. Tout ce que tu m’as avancé, n’est que galimatias !

 -    Non, répliqua-t-elle. Mais c’était un mensonge transparent. Je ne suis pas entrain de dorer la pilule pour te convaincre. J’ai souffert en silence. J’ai trente trois ans. Maintes fois, la nuit j’entendais le bruitage du grincement du lit des voisins de l’étage en haut, lors de la lutte des corps et du commerce conjugal. Un frémissement parcourait mon corps, et je me sentais toute agitée. J’étouffais. Je suffoquais. Je haïssais mon sort. Je me disais en mon for-intérieur « Farhathoum » (Ils sont comblés).

    Durant sa narration, j’eus une soudaine absence d’esprit en pensant à Clélie, l’histoire romaine. Clélie et Sulpicie, jeunes amants doivent célébrer leur noce lorsqu’un tremblement de terre les sépare. Mais ce  « tremblement de terre » entre Rahima et Mimoune est d’une autre envergure.

-   Je devine ta désolation « Mademoiselle». Il faut que je t’offre des fleurs d’oranger, dis-je l’air enjoué.

-    Pourquoi les fleurs d’oranger ? rétorqua-t-elle stupéfaite.

-    Des fleurs blanches qu’une fille porte sur la tête le jour de son mariage, pour dire à tout le monde qu’elle est encore pucelle, dis-je affectueusement.

-   Merci Abdou ! Sais-tu aussi, que parfois dans mon désarroi, je laissais la fenêtre ouverte en espérant qu’un rôdeur, vienne me violer. La stupidité du manque. Des fois dans la ruelle, je regarde avec soupirs et jalousie les chatons qui suivent nonchalamment leur maman. Tant de fois, je vivais et subissais ce qu’a écrit Karine glorieux : Mademoiselle de Tuillerie dissimule sa tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire à elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui peut dire : j’aurais été une bonne mère » C’est atroce de vivre ainsi. J’aspire à procréer et avoir des bébés roses à la maison.

 -   Il n’est jamais trop tard Rahima, tu es encore jeune, dis-je pour la rassurer.

 -   Abdou le premier jour où je t’ai vu, j’ai remarqué tes larges épaules et la sveltesse de ton allure. En te regardant de près, je sus que tu es bien né et que tu as un grand nez. Ta virilité est apparente.

 -   Compliment touchant m’allant droit au cœur. Tu sais que notre Prophète Mohammed, que le salut soit sur lui a dit «un homme demande à un autre homme d’épouser sa femme puis ensuite de la répudier pour la récupérer. Ces deux hommes sont maudits » Je n’étais pas chaud pour jouer le jeu. Je ne suis pas riche. Je n’ai de biens.

-   Je ne veux pas de richesses, ni de biens. Je veux seulement un géniteur, affirme- t- elle.

-   C’est la seule et l’unique qualité que je possède. Veux-tu me prendre pour époux ? Dis-je sereinement. Tu procréeras Inchae Allah !

-   Avec plaisir, dit-elle réjouie. Je veux bien gouter ton miel et que toi aussi, tu goutes mon miel.

-   Rahima, j’ai une proposition à te faire, lui dis-je.

      Je notai qu’elle fut préoccupée, en entendant cela. Elle se demanda au fond d’elle-même ce que j’allais dire.

-    Oui, réagit-elle, le regard soucieux.

-   Nous passâmes les trois, une heure d’horloge pleine de convulsions et de crispations. Je propose que nous dînions dans un restaurant. Que penses-tu d’aller au Nippon sushi, le restaurant japonais ?

-   Je ne vois pas d’inconvénient, soupira-t-elle d’aise. Une occasion  de nous présenter sincèrement l’un à l’autre.  A mesure que  nous nous connaitrons, de plus en plus nous assiérons  les bases de notre vie commune et de plus en plus nous éviterons les contrariétés.

-   Charmé d’accepter mon invitation. L’ordre du  jour et les sujets à   débattre seront utiles.

-  Ah Nippon sushi, dit-elle souriante. Je n’ai jamais goûté à la gastronomie japonaise. La coutume nippone de quitter ses chaussures pour enfiler des chaussons prêtés par le restaurant afin de  se mettre à table, est pour moi  chose extatique. Accordes moi, cinq minutes pour me changer et me préparer.

        Elle se rendit dans sa chambre à coucher. En cherchant dans sa garde-robe, elle chantonnait la chanson «  fog ghosnek ya limouna » (sur ta branche ô l’oranger !) de Farid El Atrache. Je me suis dit que maille à maille fait-on le haubergeon. J’approchai de mon but. Je voudrai être à la hauteur de ses espérances. Elle mérite une vie meilleure, et mon rôle est d’être à ses côtés en ces moments difficiles. Je voudrai qu’elle retrouve sa joie et son sourire. Mon humble expérience de la vie, lui sera d’une grande utilité. Tout de même, sa façon et sa manière de servir, restent pour moi une énigme.

        L’attente ne fut pas longue. Elle me rejoignit au salon. Elle portait une robe de soirée bustier. Un sublime habit de couleur noir à petites rayures blanches. La robe moulait sa belle silhouette. La belle peau des épaules nues, la chevelure longue en chignon de banane, reflétèrent sa magnificence. Je me dis, Abdou, lève hautement ta tête, tu es bien pris !

-    Me voilà Abdou, me dit-elle, pleine de coquetterie.

 

 

 

Commentaires

  • Eh oui!! l'amour est la plus noble des faiblesses de l'esprit!!! comme vous nous avez habitué, bravo l'artiste!!!!. je ne sais pas pourquoi j'ai un pressentiment que la fin sera triste! peut être parce que les bons moments sont toujours courts!!! j’espère bien me tromper!!! on attend la suite sur des braises!

  • Merci Anouar pour la visite.
    C'est ce qui devait advenir qui sera devenu.

  • Vous me faites plonger dans une douce béatitude à travers votre style « marivaudesque » (j’ai beau chercher ce mot pour vous faire plaisir); ce que j’aime chez vous, et qu’on peut difficilement trouver chez des plumes plus aguerries, c’est cette description si châtiée et pleine de nuances. S’agissant du contenu, l’illustration est si merveilleuse de cet eternel combat qu’oppose les deux hémisphères. Monsieur « Raison » se demande : est-ce une marie-couche-toi-là ? Mais le « Cœur d’artichaut » réplique : « Veux-tu me prendre pour époux ? dis-je sereinement ». Avec un plaisir évident, j’attends la suite sachant que vous allez confectionner des « croustillants sucrés » pour décorer les desserts de votre prochain épisode.

  • Monsieur Omar.
    Peux-je marivauder? Peux-je exprimer cette tendre et marivaude amitié? Bienvenu dans mon gîte virtuel Si Omar. Merci pour votre visite.

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