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Et compagnie (9 ème Episode)

      Au moment où, elle termina ces paroles, son portable sonna. Elle le prit et lit l’appelant en faisant une grimace. Elle changea de teint. Je sus qu’elle avait une colère facile et flamboyante. En gesticulant, les deux fins bracelets d’or de son bras droit s’entrechoquèrent et résonnèrent. Elle prit son verre à pied d’eau et bu à petites lampées.

 -  Que veux-tu encore ?  Gronda-t-elle. C’est fini entre nous et ne m’appelle plus. Je ne veux plus te voir. Je veux plus te souffrir. Adieu !

    Elle décrocha le portable, l’éteignant et le jetant dans son sac en déclamant une tirade de mécontentement.

-  Excuse-moi Abdou, pour cet emportement. Aviné et saoul, il s’excusait de la scène de tout à l’heure. Les dépenses excessives des bacchanales vont l’abîmer. Il est devenu ivrogne, s’il m’était permis, je lui accorderai une couronne de pampre.

-  Ce n’est grave, dis-je. Ce n’est point la peine d’alambiquer ton esprit inutilement pour un homme qui délaisse sa moitié pour un demi. L’abus du vin le conduira à la bière !

    En mon for intérieur, je fus ravi qu’elle le fasse. Elle m'a touché par l'abandon qu'elle mit dans ses confidences. Elle est belle et charmante et encore intacte. Elle a une bonne situation. C’est la femme tant désirée.

     Le serveur nous rejoignit pour le choix du dessert. Je demandai mocho chocolat qu’elle aimait et le gingembre confis pour moi.

-  Où étions nous ? dit-elle, en me tirant de ma léthargie.

-  Là, où tu ne parlais que bilingue.

- Non, avant je parlai de la Sadaqa (repas de charité). Après cela mon père et ses acolytes du village, établirent leur document de voyage et regagnèrent la France. Parmi ses compagnons, il y a celui qui fit copier-coller.

-   Ah monsieur fac-similé! 

-  Bref mon père revint en congé, l’année suivante. En renouvelant son contrat de travail, il demanda le regroupement de famille comme le firent ses camarades. Ainsi, mon frère, ma sœur et moi, nous partîmes avec ma mère rejoindre mon père. Je fis ma scolarité primaire, secondaire à Lille. Après le baccalauréat, je pus m’inscrire à l’IUT dans la même ville. J’eus le diplôme universitaire de technologie (DUT), spécialité Gestion de la Communication Publique. Je ne me sentais pas bien, dans ce coin. Le froid rigoureux et la discrimination me rendirent malade. Les puits de charbon fermèrent les uns après les autres en 1985. Le plan social de fermeture des mines, des préretraites et reconversions furent offertes aux mineurs. Et ceux qui souhaitent repartir au Maroc peuvent bénéficier d’une aide au retour. Mon père en bonne santé saisit cette opportunité. Nous regagnâmes le pays. Il faut dire que de nombreux Marocains revinrent au pays sourds et silicosés.

 

    Elle s’arrêta de parler, en voyant le serveur poser le dessert sur la table. Une pause pour qu’elle reprenne le souffle. Un moment d’arrêt dans cette soirée imprégnée de sa douceur. Elle goûta le mocho chocolat. Elle le délecta avec plaisir. Elle se pourlécha les lèvres et passait sa langue sur les lèvres fines maquillées. C’est exquis, susurra-t-elle.Un sourire d’aise s’afficha sur ses babines. Je souris de connivence. Pendant ce silence, je fus suspendu à ses lèvres. Sans la quitter des yeux,  j’entamai mon dessert sans desserrer les dents.    

 

-  De retour au douar devenu une ville prospère, grâce aux investissements des émigrés, reprit-elle, mon père m’aida à installer un fond de commerce. Un jour, le fac-similé vint demander ma main pour son fils cadet, Sdi mimoune, ainsi le chérissait-il. Comme il était le grand ami de mon père, j’acceptai ce mariage qui ne dura que deux ans.

 

- Quelle étrangeté du destin ! Deux années de lune de fiel. Rahima. Le système de sélection mis en place par Mora fut bien rodé pour recruter les mineurs marocains. Si j’étais ce monsieur, je devais choisir une belle femme, charmante et sociable. Qui a une dentition blanche éclatante et bien alignée. Qui a un long cou, une abondante chevelure noire. Une séduisante aux yeux châtains et la poitrine mahousse. Une ravissante à la belle stature. Le Mora ci-devant veut rompre le contrat de deux mois qui le liait avec toi. Je le rejette et le refuse.

 

     Elle rougit. Elle fut la proie d’une frayeur qui émut son esprit. Elle fut saisie d’une crainte qui corrompit le plaisir de cette soirée. Un lourd silence stagna.

-   Où veux-tu en venir  Abdou? dit-elle la voix mouillée.

 

   Elle n’a pas saisi la portée de mes dires. Ces mots troublèrent ses sens. Cependant, Rahima troubla mon cœur.

 

- Si Mora recruta des travailleurs, je propose à Rahima que nous travaillons ensemble la main dans la main pour construire ensemble notre avenir et fonder un nid douillet. Je t’offre mon nom si tu le consens.

- Tu m’as fais peur Wallah, cria-t-elle, en lâchant un ouf de soulagement. Avec plaisir, Je veux être ta complice. Moi aussi, avec toi, j’ai cette chance de trouver la pie au nid continua-t-elle. Elle rapprocha son visage, esquissa un petit sourire en croisant mon regard et me récita trois vers de Raymond Sebond, dit-elle :

C’est ainsi que dans leur file brune.

Les fourmis se touchent l’une l’autre du museau.

Peut-être pour savoir leur voie et leur fortune.

 

A suivre. /….

Commentaires

  • Il faut du talent pour réussir ce fabuleux jeu de mots comme: fac-similé, être suspendu à ses lèvres ( dans les deux sens), lune de fiel, Mora (positivement exploité), trouver la pie au nid...et du talent vous en avez à revendre tbarkellah.
    Mais il y a une question qui m'intrigue. Comment un long cou peut il être un signe de beauté? Décidément, toutes les beautés que je connais ont un long cou, mais qu'elle est secret?

  • Merci Anouar pour la visite et le commentaire. En réponse à ta question, la forme du cou évoque souvent deux notions opposées, celle de la grâce et celle de la force, notions traduites par l'image du cygne. André Gide pour sa part a écrit:Bague au doigt, corde au cou. Merci beau cou!

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