19488

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Et compagnie (18 ème Episode)

     

        En descendant les escaliers, j’avais un esprit de l’escalier. Je me demandai où me mènera cette allégorie de la conquête amoureuse. En sortant de l’immeuble, par crainte que l'on m'aperçoive dans le coin, je cachai mon visage avec le quotidien que j’avais acheté du kiosque. J’appréhendai qu’il fût beaucoup de monde dans la salle d’attente. Je ne pouvais rester assis sans lire. Si je n’ai une lecture sous les yeux, je me fâchai pour passer le temps. Je me dirigeai vers ma voiture laissée au loin pour brouiller la piste. En ouvrant la portière de ma voiture, mon portable mis dans le profil sons discret, quand je consultai la voyante, vibra. C’était Rahima.

    -  Bonjour Abdou, où es-tu ?

    - Je suis dans le quartier Mellah à la recherche d’un poste radio  chez un brocanteur, dis-je. (Rahima sait que je suis un radiophile et que j’aie une collection d’une quarantaine de postes de collection, ma façade mensongère est légale).

    -  Ah toujours à la brocante et épris des anciens postes TSF. Je serais heureuse d’épouser un Abdou antiquaire.

    - Ah bon et pourquoi ? Dis-je.

    - Bonne question. Quand la femme de l’antiquaire vieillit, Elle est revalorisée par son mari.

    - Je ne te le fais pas dire.

    - Passons au sérieux Abdou, je suis dans l’embarras. La mort subite de Mimoune m’ébranle. Tu sais que je suis encore dans la période de viduité et ce délai ne se termine que dans  vingt neuf jours. De son vivant, je pouvais te rencontrer. Mais par respect à sa mémoire, je ne dois sortir de la maison durant cette période.

    - Oui La providence te poursuit. Moi aussi, je dois patienter jusqu'à ce que cette période  Idda termine, répondis-je l’air grave.

    - Voilà! Il est strictement interdit de demander la main d’une femme durant sa période de viduité.

    - Soit! Rétorquais-je. C’est raisonnable et c’est prescrit par la jurisprudence islamique. Restons en contact via le téléphone.

    - Je te remercie pour ta compréhension Abdou. Tu me manqueras c’est sur. Prends ton temps pour faire les papiers, nous avons le temps. Je ne veux pas que tu me vois habillée en blanc. Le port du deuil m’handicape.

    - Toi aussi, tu me manqueras. Moi aussi, je suis condamné à une éphémère viduité.

    - A plus Abdou et prends soins de toi.

    - Merci, Toi aussi Rahima, bon courage !

      Nous coupâmes la discussion. Tu ne vieilliras point avec moi,pensais-je. Mon esprit rebelle  tendit de facto vers l’autre, que la voyante me conseilla. Influencé, je composai sur le clavier du portable, le numéro de la vraie désirée. Je la priée de me rejoindre si elle était libre. Elle acquiesça ma proposition. Elle venait juste de sortir de son bureau.

      En l’attendant, je marchai. Je me sentis libre de cheminer. Je déambulai devant les magasins en faisant le lèche-vitrine. Vingt minutes passées, elle me rejoignit devant la grande poste.

    - Ah te voilà, mon cher ami, me dit-elle de vive voix.  

     De nouveau je me trouvai en face de Nejma (étoile). Une implacable nostalgie agissante me consumait. Une délicieuse figure virginale. Une fille d’une fraîcheur d’âme. Elle m’afficha un large et serein sourire en ouvrant ses bras. Je fis de même. Et nous nous embrassâmes à tour de bras et nous nous étreignîmes avec toutes les démonstrations de vive amitié. 

    A suivre../...

  • Et compagnie (17 ème Episode)

     

    - Oui, dis-je d’un air ouvert et souriant. Elle est cultivée et intelligente, mais cette fille est déjà liée, pensai-je. 

    -  Pourquoi cette humeur bougonne ? me dit-elle.

    - Madame, dis-je l’air rébarbatif, j’ignore de quelle femme vous parlez ? Excusez moi pour le dire, je suis venu pour avoir les intentions d’une autre femme et non pour celle de l’officine.

    - Ah ! dit-elle souriante. Je sais que ton violon d’Ingres, c’est de courir plusieurs lièvres à la fois. Tu as noué une récente liaison avec une autre femme. Cette dernière est maligne. D’un mariage blanc, elle tend à un mariage d’intérêts.

    -  Comment cela madame ? Dis-je, l’humeur soucieuse.

    - Mon homme, Tu es sortable, mais tu ne veux guère une union sortable. Tu es correct et honnête. Tu es convenable, seyant, bien né et timide comme un cheval. Retourne à ta vraie désirée. Parfois des grappes de colère lui pondent au bec. Elle a rompu momentanément, une relation d’amitié douloureuse. Sache que dans la plupart des cas, lorsque c’est la femme qui veut rompre, elle agit avec beaucoup de tact, car dans la majorité des évidences, elle sait qu’une rupture amoureuse brutale peut être source de beaucoup d’ennuis. Pour passer à l’action, elle s’y prend lentement. Elle prépare tout d’abord le terrain en douceur en donnant quelques vagues indications. Elle ne se lance que lorsqu'elle sent que vous avez compris ses messages codés. Si tu remarques qu’elle a des réactions inhabituelles, cela devrait faire tilt dans ta tête. C’est probablement le signe classique le plus subtil : sa vie devient trop intense ; elle n’a pas le temps de répondre au téléphone et même lorsqu'elle le fait c’est pour te dire qu’elle est trop débordée pour pouvoir te parler ou te voir. Certes, cela ne veut pas forcément dire que c’est fini entre vous, mais lorsqu'elle est de moins en moins disponible, c’est qu’il y a anguille sous roche. Elle commence à te faire des cachotteries. Pour un oui ou pour un non elle s’énerve et la discussion vire aux grandes disputes sans une raison véritable, sachant qu’elle mettra tout sur ton dos. Et ce n’est guère le cas de ta vraie désirée.

        Je souris oyant ces mots. Elle dit la vérité. On tombe du coté où l’on penche.

    - Mon homme, dit-elle, le sourire embarrassé. Fuis celle que tu as connue récemment. C’est une fille chipie. Elle ne mérite pas tes sentiments honorables et sincères. Tu as donné une grande importance à une femme déméritant. Sache que tu as laissé en son âme une empreinte indélébile durant ces quelques jours après la fortuite rencontre. Tu as marqué ton passage. Un beau passage de fraternité, d’amour, de joie, de gaieté. Par certain moment, elle fut ta muse. Tu as rimé en son honneur plusieurs poèmes et de nombreux écrits et idées innées qui ne seront guère dans l'oubliance. Oublie-la et évite la compliquée.

       Ce dit ne me plaisait pas en mon âme et conscience. Je suis dans l’embarras du choix. Mais je ne suis actuellement, que dans un passage de manque d’affection. Je ne vais pas payer les violons pour ce passage émotionnel.       

        La diseuse d’aventure parlait, je ne l’écoutai point. Elle s’arrêta un moment pour reprendre la parole. Elle remarqua mon absence momentanée d’esprit et changeât de ton et de sujet.

    - Mon homme, Tu dois aimer une seule et désaimer l’autre. Selon Stendhal, Il y a quatre amours différents: l'amour-passion, celui de la religieuse portugaise Mariana qui de son couvent attend son amant, celui d'Héloïse pour Abélard, celui du capitaine de Vésel, du gendarme de Cento. L'amour-goût, celui qui régnait à Paris vers 1760, et que l'on trouve dans les mémoires et romans de cette époque, dans Crébillon, Lauzun, Duclos, Marmontel, Chamfort, Mme d'Épinay. L'amour-physique, à la chasse, trouver une belle et fraîche paysanne qui fuit dans le bois. Et enfin l'amour de vanité, l'immense majorité des hommes, désire  une femme à la mode, comme on a un joli cheval, comme chose nécessaire au luxe d'un jeune homme. Penses-y et revient me voir. 

    - Promis, rétorquais-je. 

       Après avoir payé ses honoraires, je quittai Naima. 

     

     

     

  • Et compagnie (16 ème Episode)

     

           De qui parle-t-elle de Rahima ou d’une autre femme. J’hésitai à surmonter ce dualisme. De temps à autre la diseuse de la bonne aventure, s’arrêtait un laps de temps pour reprendre sa narration. Je voulais dire à la prédicatrice que tous ce qu’elle disait, fut vague pour moi.

    - Mon homme, cette femme d’office est généreuse, continua-t-elle en poussant un soupir. Proprette et  gentille, elle est belle et son cœur est vide d’embrouillaminis. Bien que des fois elle commence sérieusement à avoir le ras-le-bol de sa situation. Celle-ci l’arrange plus ou moins. Ton arrivée sur son chemin lui a donné l’espoir de survie.      

        En entendant le mot office, je devinai de quelle femme elle parlait. Il s’agissait de  la princesse, dont les initiales de son nom est H.J, et que pour la taquiner  je l’appelai Hygie, l’une des deux filles attribuées à Esculape, dieu de la médecine. Penacée désigne tous les médicaments pour les maladies et Hygie est l’ancêtre de l’hygiène mais aussi protectrice des pharmaciens. Pour l’aguicher je traduisais en arabe sa fonction « protège pharmacien», ‘‘hamiat saidaly’’   en hamiat saida, liya (protectrice de la dame qui me revient). Une fille que j’aie connue il y a presque deux ans et que suite à un futile malentendu, nous nous séparâmes. Elle a une petite fossette au milieu du menton et un grain de beauté sur la lèvre supérieure.

       Généralement la position du grain de beauté donne un aperçu sur la personnalité et un attrait qui confère le charme et la séduction. Celui au coin du cil, est une femme majestueuse. Le mitoyen des paupières est une passionnée. Sur la joue elle est galante, mais d'un caractère superficiel et vaniteux. Sur le nez, c’est une effrontée. Au coin de la bouche, coquette avec l’attire baiser. Sur la basse mâchoire, elle est sensuelle et croquante. En bas des lèvres elle est volage et sur le montent elle est discrète. 

      Les femmes dont la nature ne les a pas gratifiées de grain de beauté  recourent à la mouche, un faux grain de beauté fait de mousseline noire et collé sur le visage. Les mouches sont utilisées pour faire ressortir la blancheur du teint. L'usage des mouches était déjà connu au XVIIème siècle. C'est au XVIIIème siècle qu'elles vont devenir les symboles de la parure. La localisation de la mouche sur le visage possédait une symbolique particulière qui donnait des précisions sur le tempérament et la personnalité de l'utilisatrice à un moment donné. La discrète ou la friponne colle la mouche sous la lèvre. L'assassine ou la passionnée la colle près de l'œil. La galante sur la joue. L'enjouée dans le creux du sourire et la passionnée, sur le haut de l'œil.  

      La pharmacienne, a un « névus » réel sur la lèvre supérieure qui attire constamment mon regard. Je me demandais souvent si elle était gourmande et libertine. Mais je savais qu’elle avait un caractère d’une grande douceur. Elle soignait sa fine ligne. Elle est toujours coquette et s’habille à l’étiquètte moderne. Ce que j’admirais en elle, c’est son attachement à la lecture de Machiavel. Elle me justifiait son engouement en me disant que Nicolas Machiavelli entra de plain-pied dans les grandes compositions littéraires et prit pour ainsi dire possession de son génie. Le Traité du prince, les Discours sur Tite-Live, les Comédies, les Sept livres sur l’art de la guerre, la Vie de Castruccio l’occupèrent en même temps que des œuvres plus légères qui devaient assurer sa renommée dans tous les genres. les œuvres de Platon, Parménide d'Élée, Socrate et Thalès sont ses livres de chevet.

      Errant d’esprit, je faisais semblant d’écouter et pour donner raison à la dame, je hochais la tête en signe d’approbation.