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  • Leçon de chose:Sauterelle,suite IV.

    9387034d3b8bc1692603081f07f906d7.jpgSalé, le 29/01/2008 à 21h30 de relevée. 

           Nous quittâmes Mirleft vers 13h environs. Nous prîmes le trajet retour pour  Sidi-Ifni. Mon guide proposa un crochet à Legzira. Une plage à visiter pour terminer l’excursion en toute beauté avance-t-elle. 

        Legzira, c’est en tout et pour tout deux hôtels, perchés sur une falaise qui surplombe une très jolie crique. Une grande plage sauvage.

    - Avant tout, dis-moi abbès, cela fait trois jours que nous sommes ensembles. Je n’ai pas eu encore l’honneur de connaître ni d’où tu es, ni ce que tu fais dans la vie. J’ose espérer que tu me le dises avant que je ne te le demande. Mais, mon petit doigt me dit que tu es un homme sérieux, assagi et responsable.

    - Je préfère être à table pour en parler. Je conduis en ce moment.

    - Soit !Je suis curieuse de te connaître. Portes-tu un short ? 

       Elle m’apostrophait en abaissant la vitre de la portière du coté passager. Les lunettes mises sur le front adornées sa chevelure que brossait le vent. Le nez au vent .Elle se coiffait au coup de vent. Une absolue féminité.

     - Non, mais j’ai une culotte-short avec mes effets laissés à l’hôtel. Pourquoi ?

    -C’est très simple, dans cette plage féerique, plusieurs couples s’y baignent édéniquement nus.

    - Est-ce une proposition ? J’aurai aimé le refaire. Lors de la préparation des examens du brevet, il y a belle lurette, mes amis et moi prenions des bains de minuit sur le Bouregreg.   Ces baignades furent édéniques sous la pleine lune. Mais pourquoi m’as-tu demandé si je portai un short ? A l’instant, tu disais que je suis sage et responsable, répliquais-je avec un sourire, les lèvres aux coins abaissés.

    -  Echec et mat, dit-elle avec un rire contagieux. Je voulais faire comme fit Eve à Adam. J’ai beau faire pour t’induire cette tentation, mais en vain. Je te taquine.

    - Ah bon ! Sans transition, quelques mois avant ma retraite anticipée pour départ volontaire, Sara, une collègue du travail m’offrit une pomme reinette. La prenant, je faisais semblant, la sensation de froid. Brrr ! Brrr ! Brrr !

    - Quoi ? me demanda-t-elle.

    - J’ai pensé à mon ancêtre Adam lorsqu’Eve lui offrit une pomme. Mes poils s’hérissent et j’ai la chair de poule.  Un incoercible rire s’empara des présentes.

    À l’entrée de la ville, elle me prescrit d’emprunter la rocade.

    -Il y a des embouteillages monstres à cette heure-ci, dit-elle. Evitons donc les « hajouj et majouj » et la cacophonie. 

    - Des « Hajouje et majouje »Sais-tu l’origine de cet adage Jade ? Les gog et magog, c'est par ces noms que l'Ecriture a désigné des nations ennemies de Dieu. Ceux qui se sont mêlés d'interpréter l'Ecriture, qui ont donné libre carrière à leur imagination. Certains commentateurs du Coran ont écrit que le mur dont il est question dans le récit de Dhu-l-Qarnayn  est une muraille derrière laquelle Gog et Magog seraient enfermés et prisonniers, qu'ils creuseraient chaque jour dans le but de la détruire. Alors qu'ils sont sur le point d'y parvenir, ils s'endorment en se disant qu'ils achèveront le travail le lendemain, mais Dieu rend à la muraille son épaisseur initiale. Un jour, cependant, ils y parviendront, et pourront alors s'échapper et détruire le monde.

    -Je sais, je lis le Coran pour m’apaiser. 

       Nous arrivâmes au port. Dans le quai, une multitude de bateaux aux belles couleurs  accostaient. Nous descendîmes. Par là c’est des chalutiers qui déchargent les sardines. Les pêcheurs alignés en queue-leu-leu, lançaient l’un à l’autre, des paniers de sardines, fraiches. Les écailles des clupéidés brillées au soleil. Ils chantaient des ritournelles à haute voix «Halons le bateau  tous ensemble !!! ». Là-bas, c’est les bateaux sardiniers. Des machines remplissaient, par vannes les sardines dans des conteneurs sans doute pour les usines. Elles seront conservées en boite, ou après cuisson, pression, pressage, séchage, et broyage ;en faire une farine qui peut également être utilisée comme fertilisant ou aliment de bétail. Sans oublier aussi l'extraction de l’huile de sardine. Des études ont démontré que le taux du cholestérol et d’accidents cardio-vasculaire est inferieur chez les esquimaux.

       Jade, belle et charmante dandinait. Regardait avec attention ce rituel, joyeusement. L’acre odeur de la mer agita ma faim.

    -     Si on allait déjeuner, Jade .J’ai une faim de loup!

    -     Moi aussi, ma faim s’est réveillée! Que penses-tu de ce restaurant là « L’Atlantique »?

    -     C’est un boui-boui. Le menu serait d’une simplicité primitive.

    -     Soit ! Allons donc en ville, dit-elle en lançant un coup d’œil furtif et gêné. 

       Nous partîmes à Sidi-Ifni, sur les chapeaux de roue. Nous arrivâmes sur la côte sud. Un hôtel-restaurant moderne. Par galanterie, je la laissai devant, pour admirer son panier. J’en suis friand (honni soit mal qui pense). Nous entrâmes, un serveur tout sourire nous accueilli. Je lui donne mon pardessus, qu’il accrocha au valet de nuit. Il nous indiqua une table ayant vue sur mer.

     

                                       A suivre…

     

     

  • Leçon de chose:Sauterelle,suite trois.

     

      Salé, le 21 Janvier 2008 à 22h30 de relevée

     

                       

                     Leçon de chose (suite) 

     

        La tendre amitié nouée, m’enjoint d’être le surlendemain prêt à 10h de relevée au rendez-vous. Cinq minutes, que voici, une Mercédès bleu-royal, qui s’apprêta à stationner. Jade rayonnante au volant la conduisait. Elle prit place à coté de ma 403. Elle descendit souriante. Elle vint à ma rencontre. Nous échangeâmes salut et baisement. Je l’invitai à prendre place dans la Peugeot. Elle proposa, son véhicule pour la randonnée. Je déclinai sa suggestion, juxtaposant que sa 190 est sans doute connue et que par délicatesse, il serait souhaitable d’utiliser la mienne. Elle acquiesça avec gaieté. J’ouvris la porte de devant. Elle s’y assit. 

       Ce jour elle portait une magnifique robe-bustier noir au petit pois qui découvrait les deux gloires de la femme. Une véritable princesse comme disait Andersen. Cette fille de sang  qui avait senti un pois à travers vingt matelas et vingt édredons. Quelle femme, sinon une princesse, pouvait avoir la peauaussi délicate ? Le prince, bien convaincu que c'était une princesse, la prit pour épouse, et le pois fut placé au musée. J’aimai sa douce peau sous cette robe sans falbalas. Ce fut un moment de  silence, chacun s’apprêtait à prendre la parole. Par politesse et étant le conducteur, par sécurité, je m’abstins à parler. 

       - Comment va notre Colombo ? dit-elle d’une voix chuchée presque un murmure.

       - Couci-couça, murmurai-je le sourire aux lèvres. Seuls mes proches amis m’appellent ainsi pour me taquiner. Que proposes-tu, toi qui es de la région ?

       - Nous irons à Mirleft. C’est un village assez important.   

    - Bonne idée mon guide. Je pense m’ «ajader» ce jour et boire tes mots expliquant le parcours. Tu m’as promis hier de me parler de toi.

       - Oui ! Après avoir passé deux années à l’Ecole Normale Supérieur, je fus affectée en qualité de professeur de premier cycle dans un collège à Takerkoust. Ce  village  dépend de la délégation provinciale de Marrakech. Je passai deux autres années scolaires loin de mes parents. Ce fut une rude période. Esseulée, je m’ennuyai.  Une connaissance me conseilla de faire un mariage blanc avec un homme résidant Tiznit. Ce mariage putatif me permettait de participer au mouvement de mutation des corps enseignant. Je contractai donc un mariage avec un cousin. Je bénéficiai de cette mutation pour rapprochement de conjoint. D’un accord tacite, nous divorçâmes une fois chez mes parents. Voilà Abbès mon histoire.

        Durant toute cette narration, je l’écoutai l’ouïe attentive. Elle parla sereinement. Par moment, je me retournai pour contempler son regard. Un regard curieux, ardent et enflammé.  La douceur de sa peau. La douceur de sa voix. La douceur de son parfum. La douceur de la musique. La douceur de la voiture. Ces mansuétudes m’exhalèrent une douceur virgilienne. 

       - A raison, une issue échappatoire de l’isolement, rétorquai-je.

        Apres une heure de route nous arrivâmes à bon port. Outre sa belle plage, les pêcheurs s’adonnaient à la  « pêche à la belote ». C’est aussi l’endroit rêvé du surf à la planche, ou à voile qui fait la  renommée des environs de Mirleft.  Les adeptes de ces sports nautiques sont souvent très exigeants : à l’affût des meilleures vagues.

       Un fort militaire, de Tidli,  construit en 1935, surplombe majestueusement le village. Du haut du fort on bénéficie d'une vue superbe sur Mirleft et le bord de mer. Je pris  des photos de galets multicolores, érodés par le flux et le reflux des lames. Une vue du rocher  qui ressemblait à une patte d’éléphant sur la grève. Un bonhomme  ramassa  les galets  ronds et plats dans un sac en plastique. C’est pour l’ornement de l’entrée de la villa, nous fit-il entendre, en parlant à son compagnon. Jade trébuchai sur les cailloux. Elle chaussait  des souliers à cothurne. Ces Chaussures de cuir enserrant la jambe jusqu'à mi-mollet et à lanières lacées par-devant. Moi je chaussai un brodequin Caterpillar. Je pris un galet glauque en forme de cœur, que je tendis à Jade. 

    -     Merci cœur de pierre. Qui s’assemble se ressemble, dit-elle Souriante. As-tu du cœur ?

    -      C’est un cœur  jade, répondis –je l’air sibyllin. Je  narrais trois vers de Musset :   

       L'océan était vide, et la plage déserte,
       Pour toute nourriture il apporte son cœur.
       Sombre et silencieux, étendu sur la pierre.

    - Touche-là, bonne réflexion ! me dit-elle, me donnant sa  main gauche aux doigts effilés.

    - De grâce Jade, dis-je et je topai sa main tendue.

    Nous quittâmes la plage, tous deux ravis de cette parade.

     Au volant, ma 403 refusa de démarrer.

    -  Si nous n’étions pas en plein village, j’eus pensé que tu me fasses le coup de la panne, dit-elle le sourire taquin.  

      L’entendant, le moteur ronfla. Nous quittâmes le village .

                                       A suivre…

  • Leçon de chose:Sauterelle,suite.

     

             Leçon de chose: Sauterelle

         Le lendemain je mettais le holà à mon imagination. J'ai passé  une nuit à élucubrer des appréhensions  sans intérêt. Tiendra-t-elle au rendez-vous ? Cette brune femme ambrée, telle l’oasis à l’ombre des palmiers, m’est momentanément un énigme. J’aime les femmes qui ont beaucoup de tenue et qui en même temps sont faciles disait Montherlant. Moi aussi j’aime ces minuscules plaisirs qui éclairent le quotidien. Moi aussi  j’aime les fleurs. C’est fâcheux de ne pas trouver un marchand de fleurs dans cette ville. J’aurai aimé offrir un bouquet de  huit roses léonida et une bianca placée au milieu. Moi aussi j’aime les histoires à tiroir. Moi aussi j’aime les grosses farces. Une fois j’ai offert un bouquet de fleurs artificielles à un ami plaisantin.

        L’heure du rendez-vous approchait. Pressé de regagner vite « l’oriental » je ne savais que faire, pour éviter le grand embouteillage impromptu de voitures et  deux roues. Ah si j’avais un gyrophare, je serais à temps. Tant faire se peut, j’arrivais au parking  à l’heure convenue.

        Le loup-gare-où sa voiture 403 cabriolet ? me demandai-je.  Une ancienne voiture, fiable que je préfère aux récents modèles. De nombreux amis me demandaient, vu ma situation sociale, d’acquérir une nouveauté. Je répondai que ce sont leurs mémoires qui sont antiques. De leurs réflexions, je récoltai des adjectifs et épithètes « Colombo », bien que je ne porte ni son imperméable, ni son cigare, ni domestiquer un chien .Ainsi  donc, je cherchais une place loin du salon, pour éviter toute indiscrétion et arrivée de quelques intrus  amis. Je  voulais être seul avec le professeur. J’ai soigné mon look et ai joué la perfection depuis le bout des ongles jusqu'aux chaussures. J’ai nettoyé à fond ma 403. J’avais pris des cours de diction et appris par cœur le Bottin mondain.

        Ouf, après avoir garé minutieusement  ma 403, j’entrai  au salon. Je me dirigeai vers le coin d’hier dans la terrasse verte plantée. Le temps était brumeux et des embruns, ces gouttelettes d’eau de mer suspendues dans l’air, gênaient la vue sur mer. Le ciel était nuageux, l’océan agité. Au moment où je m’apprêtai à m’asseoir, j’apercevai sa silhouette  estompée par la brume.

    -Ah vous voilà !disai-je, plein de joyeuseté.

       Par politesse, je faisai un pas pour l’accueillir. Notre salut fut un baiser familial, un furtif attouchement de joues. Son parfum Burberry, sans doute, m’embauma en l’accompagnant à notre table, et par galanterie j’avançai la bergère pour qu’elle s’y mette à l’aise.

     –Comment vas-tu depuis, je tutoyai !                                                    

    -Bien, merci et toi ? Hier nous oubliâmes de nous présenter. Je m’appelle jade.

    - Charmé, j’ade’or .Moi c’est Abèss.

    - Abaisses ton charme dit elle. J’allai faillir à cette rencontre. Mon  frère ainé est arrivé hier nuit. Il est venu voir ma mère pour lui raconter ses malheurs. Sa femme a accouché une troisième fille. Il espérait procréer un garçon. Choqué, Il en veut à son épouse.

    - Ah bon !  Est-il au courant de la déclaration du PNUD à l’occasion de la Journée internationale de la femme pour mettre un terme à toutes les violences envers les femmes et les filles ? J’ai lu récemment un roman d’Amine Maalouf, où il relate l’aventure d’un conférencier européen en Egypte. En flânant un soir dans les rues du Caire, il trouva de jeunes gents qui vendaient des fèves. Cette légumineuse a un pouvoir magique. Ceux l’ayant consommé procréent des mâles avec des attributs.  L’auteur se demande si tous les hommes optaient pour des garçons. Ce sera un suicide collectif !

        Le serveur qui tardai à venir, interrompit notre discussion.

    -Pour moi ce sera cookies aux pépites de chocolat, demanda-t-elle.

    - Avez-vous la poudre de caroube pour une tisane ?

    -Non, répond le serveur me regardant avec stupeur. Il souriait quand Jade se tourna pour cacher son rire, l’air badin.

    -Bon, je vais commander une infusion de chicorée.

    - Soit !vous serez servis.

    -Drôle, c’est la première fois que j’entends une boisson de caroube,  dit-elle.

        En affichant un sourire rusé, sure de mes propos j’étalai mes connaissances du net. J’expliquai en disant :

    -La caroube s’appelle aussi Carouge, Pain de saint Jean-Baptiste, figuier d'Égypte et fève de Pythagore.  Le caroubier est un arbre méditerranéen, produisant des gousses à la saveur douce et caramélisée et dépourvues de théobromine et de caféine .On s’en sert comme succédané de chocolat. Plutôt que de la considérer ainsi, ce qui n’est pas très valorisant, je préfère l’appréhender comme un délicieux aliment en soi. Un aliment de surcroît pauvre en matières grasses et ne nécessitant pas d'adjonction de sucre. Avec la caroube, pas de crainte de crise de foie et on peut s'en donner à cœur joie. Son origine est l’Arabie Saoudite et on la trouve en Somalie, en Asie mineure et aujourd'hui elle est répandue dans tout le bassin méditerranéen. Elle est cultivée principalement en Sicile et en Espagne. En 1856, 8000 caroubiers ont été importés d'Espagne vers le Texas, l'Arizona, la Californie et la Floride. L'espèce s'est répandue largement en Californie où elle est même considérée comme parasite, car l'arbre recèpe quand on le coupe et ses graines sont trop largement disséminées par les coyotes. Les graines du caroubier, dures, sont assez régulières pour avoir longtemps servi comme unité de poids. Le mot Carat tire son étymologie de "querat", nom que les Arabes donnaient à la graine de caroube. Un carat, unité de mesure de masse utilisée dans le commerce des diamants et des pierres précieuses, correspondait donc au poids d'une graine de caroube (entre 185 et 205 mg, 1 carat = 200mg). De même, siliqua, nom latin de la caroube, fut chez les Romains le nom d'une unité valant 1/6 de scrupule. En Allemagne, les graines de caroube torréfiées sont utilisées en substitution du café.

    -Je tire chapeau très bas. Moi qui disais que seuls les baudets aimaient la caroube.  Dés lors pour ses apports médicinaux, j’en  boirai volontairement avec une pensée pour toi.

    - Moi aussi, j’ai constaté que les élèves, qui révisaient sous l’ombre des caroubiers jonchant les remparts du lycée Moulay Youssef étaient des cancres. Les rayons du soleil transperçant les branches induisaient par ionisation, sans doute, leur matière grise. Où étions-nous  avant la commande ?

    - Oui, nous parlions de filles et  garçons.

    -  Au juste sais-tu qu’un fermier élevait ses vaches dans l’étable. Il leur donnait à manger la luzerne et la meilleur verdure de prés amplofiant une musique douce dans l’air. Ses vaches vêlaient des futures vaches laitières. Aussi as-tu constaté que les femmes nanties, que leurs époux gâtaient, lors de leurs envies. Elles suivaient un régime lacté, des poissons de toute sorte, des fruits en abondance, enfin de compte elles accouchent des fillettes. Par contre as-tu vu que les démunis, se contentant du thé et du pain, des ers et des haricots héritent des bambins. Elle m’écoutait comme une vache regardant le train passer.

    - C’est vrai, affirma-t-elle. J’ai une question à te demander, es-tu lié ?

    - Oui, jai épousé un ventre comme disait Napoléon. Et toi ?

    - Je te raconterai mon histoire demain inchallah .

    - Entendu Chahra-Jade !Demain nous ferons une randonnée en voiture.

                                                                                                                          A suivre...

  • Leçon de chose:Sauterelle.

                                             

                            Leçon de chose: Sauterelle

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        Que de fois je me rendais au salon de thé « L'Oriental » pour prendre une tasse de café et m’adonner à la lecture. Que de fois je rencontrais une habituée. Une femme génialement désirable au visage qui attire les regards comme attire une rose, l'abeille. Solitaire elle lisait, et de temps à autres elle levait ses yeux pour contempler la mer et redire sa lecture  silencieusement.

       Que de fois je voulais l’approcher, mais en vain ! Mon engouement immodéré me suscitait d’aller lui parler, mais je me résignais à le faire.Je me demandais comment agir et sauter la sauterelle pour ouvrir sa porte. Le hasard faisant bien les choses. Ce jour là  délaissant ma lecture, son chapeau éventé atterrit prés de moi.Le plan c'est l'homme. Saisissant l’unique aubaine, je le prenais à la va-vite pour le lui remettre en gentleman.

      -  Merci, me dit-elle avec un sourire angélique.

      -  Un devoir, répondis-je avec un sourire enjôleur. Sans indiscrétion, êtes-vous de Sidi-Ifni ?

      -  Non, retorqua-t-elle, je suis de Tiznit.

      - Ah la ville de la fabrication des bijoux d’argent. Ce patrimoine ancestral, qui ne laisse aucun visiteur insensible à la méticulosité de ses artisans. Alliant leur savoir-faire à leur créativité, ils ont donné vie à un art dont ils détiennent seuls le secret.(Mais la drague n'est qu'un palliatif pour gens inorganisés, me rappelais-je)
      - Je vois que vous connaissez ma ville natale monsieur.

      - Peu ou prou ! Mais sans tarabiscoter, c’est une belle ville. Ses habitants  et ses artisans sont des argentiers. Je vous laisse pour ne point vous déranger, lançais-je à contre cœur, en terminant ma ratiocination.

     - Du tout ! Vous ne me déranger guère. Rejoignez-moi à cette table si vous le permettez ! Vous discourez admirablement.

     - De grâce madame. Vos désirs sont des ordres.

       Je prends mon livre, et je demande au serveur de déplacer ma tasse près de la dame. Nous nous échangeâmes et arborâmes le sourire. Je lui demandais ce qu’elle faisait dans ce bas monde.

     - Professeur de sciences naturelles.

     - Ah vous disséquez les amphibiens et les orthoptères.

     - Oui, dit-elle, en lançant un sourire en coin.

     - Vous me rappelez Monsieur Nicoli, un Corse, mon professeur des sciences.

     - Parlez-en-moi de cette personne, je vous prie !

     - Soit ! Un beau jour en garant sa voiture, notre professeur de sciences naturelles, Monsieur Nicoli aperçut la majeure partie de sa classe en train de jouer un match de mini-foot .Ils jouaient avec une balle de tennis sur le gazon. Un espace vert ornant la devanture de la belle mosquée Assouna . Celle-ci se trouve en face du portail du lycée Moulay Youssef. Seuls quelques potaches arrivés en retard n’y participaient .Parmi eux Fannouri. Il était le mal aimé de  ses collègues. Il apprenait ses leçons par cœur, les récitait  avec monotonie.  Comme disait Bouvard : motamoter !

       La cloche sonna quinze heures de relevée. Tous les joueurs et spectateurs se hâtaient pour prendre leurs effets et cartables délaissés dans le capharnaüm prés des buts.  Si les uns étaient essoufflés, les autres suintaient de sueurs.

       Enjambant les escaliers à toute hâte, rangés par deux, nous voici devant l’entrée de la classe. Un amphithéâtre, laboratoire des expériences des sciences naturelles, où notre Nicoli disposait la rainette, face dorsale contre la planche à dissection, et l'épingler par l'extrémité de ses quatre membres. Aussi la dissection  des souris et des vertébrés notamment celle du criquet pèlerin. Le Maroc menait depuis lors une lutte anti- acridienne contre ce fléau dévastateur.

       Nous entrâmes et prîmes  place. Le professeur scruta ses élèves par dessus ses lunettes. Il était mécontent du jeu devant le « portail » et ne voulait par ce regard,  user ses verres.

     - Fennouri au tableau, lança-t-il.

      Un sourire enroba la classe. Il devait réciter la leçon de la semaine dernière « Le criquet  ».  

    Une fois devant le professeur, harassé, balbutiant des mots avec accentuation, il débita  roulant les R :

     - Le criqui, le criqui, le  criqui, le criquite, le criquite ! Il se tut, cherchant ses mots. En se tournant vers  nous il suppliait :

     - Juste la tête, akhouti irhame lwaldine(que Dieu bénisse vos parents,  frères !

         Bouche cousue, aucun ne prêta ni aide ni assistance. Des crescendos de rires fusaient à sa lugubre position.

     - Monsieur Fannouri  à ta place, tu n’as pas appris ta leçon, tu as un zéro !

     - Mais j’ai appris ma leçon Monsieur, il me faut juste la tête, adjurait-il.disant, criqui..criquite!

     - Quittes là, j’ai dit un zéro, et c’est méritoire.En sus tu m’écriras cent fois la leçon comme punition, Pelé!

       Rageant,  rabroué, abattu, triste et dolent à cette vitupération, il regagna sa place sous la risée de tous, lui qui ne jouait point.

    - Ah le pauvre, dit-elle avec son sourire au transfert d’enthousiasme, comme les dents de peigne. Je suis en retard, vous m’excuserez si je pars.Nous n'avons cependant pas parler de vous, mais demain l'on parlera de tous.

    - Promis, je ne vous retiens pas.

      Nous consentîmes de nous revoir le lendemain.

    Je suis mon belleau, celui

    Qui veut vivre ce aujourd'hui

    L'homme ne sauroit connoitre

    Si un lendemain doit être.(Ronsard) 

                                                            Salé,le 08 janvier 2008 à 21h de relevée